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126 L’INDÉ ENCHAÎNÉE 1871-72, contre les Nagas en 1875, contre les Afridis en 1877, contre les tribus de Rampu en 18/9, contre les Wuziris et les Nagas en 1881, contre les Akhas en 1884: deux expéditions dans la vallée de Zhob, en 1884:
les expéditions contre Sikkim, contre les Akazaïis; expédition de la montagne noire contre les tribus du Nord-Est, en 1888-1889:
seconde et troisième expédition de la Montagne Noire, en 1890-92; expédition de Manipur, en 1890; seconde expédition contre les Lushaïs, en 1891; expédition de Miratzel Valley, en 1891; campagne de Jirah, en 1897-98, avec quarante mille hommes: expédition contre le Kabata, en 1902; expédition au Thibet, en 1904. II faut y ajouter l'envoi de troupes à Malte et à Chypre, en 1878, et les deux millions de Hvres dépensés en opérations militaires contre une prétendue « menace russe », en
Remarquez bien que cette longue liste, d’ailleurs incomplète, ne commence qu’en 1858, laissant de côté toutes les guerres de la première moitié du siècle, et dont quelques-unes, nous l'avons vu, sont d’importance. Elle s'arrête au début du xx° siècle, laissant de côté la guerre de 1914-1918, pendant laquelle les soldats hindous combattirent vaillamment en France, en Palestine, en Mésopotamie, en Syrie et subirent de lourdes pertes.
Telle quelle, lénumération suffit à montrer avec quel acharnement la Grande- Bretagne a lutté pour agrandir son Empire,
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combattant toujours dans son intérêt, pas une seule fois dans celui de l'Inde, mais contraignant les fils de celle-ci à faire les plus grands frais de la lutte, à se battre, & souffrir et à mourtr.
Presque tous les Hindous qui font autorité et quantité d’Anglais éminents nient que la « Pax Britannica » ait été pour l'Inde un plus grand bien que la « Pax Romana »
pour le monde méditerranéen. Imposée par la force, celle-ci a été une paix d’impuissance et d’avilissement, une paix de nations trop affaiblies, épuisées, appauvries, à bout d'hommes et de ressources, de courage et d'espoir et vouées à une telle décadence physique, morale et intellectuelle, qu’elles ne pouvaient plus combattre, qu’elles ne pouvaient que se soumettre el devenir les sujettes, les esclaves politiques de Rome. Au regard superficiel, et dans ses effets immédiats, la « Pax Romana » peut avoir semblé bonne: mais au fond et vue à la lumière de l’époque qui la suivit elle apparaît sous un jour désastreux. Au lieu de favoriser le progrès des nations en cause, elle Va entravé pour plusieurs siècles.
La paix basée sur lintelligence, la justice et la bonne volonté est toujours excellente. Elle favorise toujours le progrès et la civilisation. Mais la paix basée sur la force, la guerre, la destruction de la puissance combattive d’une nation, sa misère, sa déchéance et son désespoir d’être réduite à l'impuissance, cette paix-là est un mal en elle-même, un mal que nul bienfait super-
ficiél ou apparent ne saurait contrebalancer (1).
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(1) Sous la rubrique Supplément, l’auteur envisage un autre aspect de la « Pax Britannica >». Cette paix, même lorsqu'elle ne couvre pas des expéditions militaires meurtrières, n’en est pas moins destructrice. « L'Inde est la plus pauvre, la plus illettrée, la plus malade, la plus affamée, la plus affaiblie des nations » écrit la Modern Review de Calcutta. De fait la mortalité y est stupéfiante. Le taux de mortalité de l'Inde est de vingt-quatre à vingt-cinq pour mille alors que celle de la Grande-Bretagne est de treize pour mille : la moitié. La vie moyenne est de quarante-huit ans en Angleterre, de vingt-quatre ans aux Indes. Le climat et la malaria invoqués par les Anglais sont-ils les seuls facteurs en cause ? Non, dit le Lieutenant Col. Dunm, du service médical des Indes : Si le gouvernement dépensait pour la santé publique la même proportion du budget qu’en Angleterre, si la misère ne faisait pas de la population la proie de la maladie, le taux de mortalité baisserait. Des régions comme Panama et Cuba où la mortalité par malaria, dysenterie, thyphus était aussi haute qu'aux Indes ont été assainies et ont l’un des taux les plus bas du monde. L'auteur ajoute en note que Cuba n’a pu entreprendre cet assainissement qu’une fois libérée de la domination espagnole. Un officier de santé anglais, après vingt-quatre années de séjour aux Indes affirmait à l’auteur que l’abaissement du taux de mortalité serait possible si le gouvernement voulait bien s’y employer; c’est une question d’organisation sanitaire, d’eau potable, de règlements, de relèvement des conditions de vie, de création d'écoles, toutes choses du ressort de l’administration.
L'auteur conclut sur ces paroles de Gandhi : « La paix que les Anglais ont apportée est pire que la guerre » et sur cette citation de Tacite au sujet de la <« Pax Romana >»: « Solitudinem facrunt pacem appelant. > Il ajoute : « Les Hindous peuvent dire en voyant leur pays « ils en ont fait un cimetière et ils appellent cela la paix. >
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