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Le mal est profond et très répandu

2. L’Inde n’en est pas fondamentalement responsable. Il lui à été en quelque sorte imposé par les nations « chrétiennes »

d’occident.

3. L'Inde déplore ce mal, en comprend la gravité et défendrait dès aujourd’hui la fabrication et la vente des boissons alcooliques, en eut-elle le pouvoir. Mais elle n’est pas libre et la puissance étrangère qui la gouverne a besoin de l'argent que lalcool lui rapporte et reste sourde aux protestations, aux pétitions, aux suppliques.

Quand l’Angleterre entra en scène, l’Inde était par excellence, et depuis des millénaires, une nation sobre. Les raisons en sont aisées à découvrir. L’Inde est un pays où la foi religiéuse joue un rôle primordial. Toutes ses grandes religions prescrivent la tempérance, deux d’entre elles exigent l’abstinence absolue. Si lVHindouisme sous certaines formes spéciales (Fantrik et Sakti) emploie des boissons alcookïques dans certaines cérémonies reli-

gieuses, son action n’en est pas moins dans l’ensemble en faveur de la tempérance. Un ee. des huit commandements bouddhiques + défend l’usage de l'alcool. L’Islamisme, on S le sait, ne l’admet pas non plus. Vasco de s Gama arrivant aux Indes après la décou- + verte du Cap de Bonne Espérance remarque que livresse y est inconnue. Le Gouver- : neur Warren Hastings nous a laissé ce Æ- témoignage : « Le peuple hindou est frugal,

et ne fait usage d'aucune boisson alcoo- Hique, ni d’aucune autre substance enivrante.

Voilà quel était l’état des choses dans ce domaine, au moment de l’arrivée des Européens. On sait que les Portugais débar- 2 quèrent d’abord, puis les Hollandais, les Re Français et enfin les Anglais qui chasserent peu à peu tous les autres et s’installèrent dans la place. Dès les premiers comptoirs, ‘les bars s’ouvrirent., Des marchands sans conscience commencèrent à prôner les liqueurs des pays soi-disant civilisés de la chrétienté (À).

La complicité des conquérants anglais est une sombre histoire, plus sombre encore sous le règne du Gouvernement britannique que sous celui de la Compagnie des Indes.

Longtemps l'Inde a espéré qu’en pré- 5e sence des ravages croissants du fléau, une ee. nation qui se prétendait chrétienne et supé- Es rieurement civilisée, prendrait des mesures pour arrêter le mal. Non seulement d’in-

(4) EH n’est pas rare, aujourd’hui encore, d’entendre appeler les cafés « Christian Saloons ».

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nombrables protestations individuelles ont été ignorées, mais des corps constitués ou des collectivités tels que le Congrès National hindou, les conférences industrielles et sociales, la Société théosophique, les Eglises chrétiennes ont adressé en vain leurs pétitions et leurs suppliques au Gouvernement. Celui-ci avait besoin d’argent pour mener à bien ses projets impérialistes et ses campagnes d'expansion «et tous les gains lui étaient bons. Or l’impôt sur l’alcool lui rapportait en une seule année (1922-1923) un revenu de 12.282.000 livres sterling. Qu'on me permette de raconter ici quelques-uns de mes souvenirs personnels. Au cours de l’un de mes voyages aux Indes, peu de temps avant la guerre de 1914, je fis un séjour à Ceylan (qui est de facto, une partie de l'Inde). Je devais faire au collège bouddhiste de Colombo «et dans d’autres institutions quelques conférences, et cela me conduisit dans différentes parties de l’île et me fit faire la connaissance de plusieurs personnalités. J’appris ainsi qu'une campagne de tempérance était en

cours. L’alcoolisme progressait dans le

pays et les proportions qu'il avait prises avaient amené les chefs de grandes relisiond : bouddhiste hindouiste, musulmane, chrétienne, à unir leurs efforts pour le faire reculer. La campagne avait deux buts : Le premier, créer un courant d'opinion publique contre Vlivrognerie, tenter d’en faire perdre l'habitude à ceux qui l’avaient contractée et enrayer la formation du vice particulièrement parmi

les jeunes; l’autre, obtenir du Gouvernement britannique son concours, si possible au moyen d’une prohibition générale (ou tout au moins laissée à la discrétion des autorités locales), ou sinon, par la limitation des bars et débits de boisson. Mais on se heurta à un refus formel du Gouvernement. Parfois lappel recevait un accueil courtois; il arrivait même qu’on exprimât de la sympathie pour le but de l’œuvre et le souhait pieux de voir la tempérance progresser; mais faire quoi que ce soit qui put mettre les revenus de l’impôt sur lalcoo!l en péril, non, il ne pouvait en être question.

Lorsque remplissant la mission qui m'avait été confiée par lEglise Unitarienne d'Angleterre je visitai les différents centres du « Brahmo Samaj » (1) pour leur demander de quelle façon nos Eglises pourraient le plus efficacement les aider dans leur œuvre de réforme éducative, sociale et religieuse, le plus souvent ce qu’on m'a indiqué comme étant la tâche la plus urgente, fut la lutte contre Palcool. Et lorsque je m'informais des moyens, celui qu’on me désignait souvent avec le plus d’insistance, consistait à susciter en Angleterre, par leffort combiné de toutes les Eglises chrétiennes, un courant d'opinion publique assez fort pour modifier la politique du Gouvernement de l'Inde, et, chose à peine moins importante,

(1) Secte hindouïste réformée, dont l’un des fondateurs fut le père de Rabindrahath Tagore.

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