‹ L'Inde enchainéeChapitre 94 sur 227 · FO "HET · texte numérisé non relu

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(1) « Opium as an International Problem », par le professeur W. W. Willoughby. (John Hopkins, University Press, 1925.)

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Il est singulièrement instructif pour les Hindous de voir la Grande-Bretagne, leur soi-disant gardienne, les gouvernant « pour leur bien », encourager et déclarer inoffensif aux Indes un poison dont elle sait fort bien par des lois sévères et une surveillance active protéger les Anglais.

6. L'Angleterre s’abrite derrière les autres pays producteurs : tant que l’étranger produit de l’opium, il ne sert à rien qu’elle y renonce; toute réforme doit être simultanée, dit-elle. Au surplus, elle ne pourrait arrêter le trafic de l’opium aux Indes et la contrebande succéderait au monopole. Elle en perdrait le revenu fiscal sans bénéfice pour personne.

Ici trois réponses s'imposent.

1° On peut arrêter le trafic de l’opium partout, et même en Orient. La preuve en a été faite : a) aux Philippines, b) en Chine de 1907 à 1917 (et sans la pression des nations d’occident, la contrebande n’aurait pas repris); c) aux îles Formoses, où le Japon exécute avec succès un plan décennal de suppression graduelle.

2° La contrebande peut être empêchée.

Comment ? Selon le plan exposé à Genève en 1924 par M. Foster, Président de Ia Délégation américaine (1).

(1) Limitation par accord international de la production mondiale aux besoins médicaux et scientifiques.

Voir, à ce sujet, les rapports des Conférences de l’opium à Genève, en particulier les déclarations chinoises. Voir aussi « Opium as an International Problem », de Willoughby (déjà mentionné),

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3° L’évêque Brent a mis la question sur

son vrai plan lorsqu'il a déclaré : « Il est monstrueux de prétendre que parce que des malheureux dans leur ignorance et dans leur faiblesse se laissent débaucher, il devient légitime de s’y employer, ou de dire, comme nous le faisons : nous serions bien sots de laisser à d’autres le profit d’un rafic immoral! » Citons encore la réponse non moins pertinente du Christian Patriot de Madras : « Pourquoi l'Angleterre attendelle pour bien agir que les autres nations agissent bien ?.… C’est comme si un voleur disait au juge : « Je ne puis cesser de voler tant que Jacques et Paul voileront. »

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Z. Le Gouvernement britannique des Indes prétend qu'il fournit de flopium parce que la population en désire. Mais qui en désire ? Ceux qui s’y adonnent et personne d'autre. Les classes élevées sont contre l’opium, toutes les religions du pays : l'hindouisme, l’islamisme, le bouddhisme et le christianisme également, et les opiomanés eux-mêmes, lorsqu'ils sont dans leur Jon sens, demandent qu’on les proteégent contre la tentation. Et certes voilà une protection qui serait du ressort d’un bon gouvernement. Le Rev. C. F. Andrews écrit :

« Le Gouvernement anglais impose à l'Inde le poison de lopium en prétendant hypocritement répondre au vœu des Hindous, et tout en faisant la sourde oreille à leurs protestations indignées. »

8. L’Angleterre prétend que l'Inde est trop pauvre en médecins pour quon puisse limiter à leurs ordonnances la distribution

de Fopium, S'il en est ainsi, il est d’autant moins pardonnable de laisser des gens ignorant tout de la médecine et privés de tout conseil se servir librement de lopium.

Le bon sens suggérerait d’abord de leur ôter des mains un remède dangereux, et ensuite d'améliorer le service médical.

9. Les Anglais partisans de la vente de l’opium prétendent qu’il n’est pas pernicieux pour les Orientaux comme pour les Occidentaux. C’est une opinion sans fondement et que toutes les autorités médicales condamnent.

19. En réalité, les Anglais savent que l’opium est néfaste aux Hindous. Warren tings, le premier Gouverneur Général qui ait songé à tirer un revenu de l’opium L ai pour si dangereux qu il voulait l'exporter entièrement et « en réprimer soigneusement la consommation intérieure ».

Etrange conscience qui, se faisant scrupule d’ empoisonner les uns, trouvait naturel de favoriser lPempois sonnement des autres et sanctionnait la vente en Chine contre la volonté du gouvernement chinois.

Les Anglais savent que Flopium est néfaste à tout le monde. On lit dans le Times du 7 avril 1935 : « Dans tous les pays de civilisation européenne, l'opinion est unanime sur les effets dèsas streux, tant physiques que moraux, des narcotiques, et parmi ceux-ci l’opium est le plus dangereux, »

11. Les effets de l’opium sur ses adeptes passent l’imagination. En 1880, le Haut Commissaire de Birmanie soumettait au

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gouvernement britannique un rapport contenant ce passage : « Ces poisons (Fopium

et ses dérivés) sapent les énergies phy-

siques et mentales, attaquent les nerfs, émacient le corps, prédisposent à Ia maladie, détruisent la dignité, entrainent la déchéance. Ils sont une des plus abondantes sources d’épidémies, de misère, de crimes, d'abandon du travail de la terre, une entrave au développement de la richesse et de la population du pays et preéparent des générations de dégénérés. »

Notez bien qu'avant l'occupation anglaise, lopium était sévèrement interdit en Birmanie, comme il l’est aujourd’hui au Japon, comme il l’est dans toute nation qui a le souci et la responsabilité de son avenir.

Mais le seul souci des conquérants anglais étant de se créer un marché, ils ont introduit l’opium en Birmanie avec les résultats ci-dessus mentionnés.

12. Les ravages de l’opium s’étendent de plus en plus aux Indes. Les nombreuses boutiques qui le vendent sont des boutiques ouvertes à tout le monde. La drogue y coûte un « anna » (dix centimes or) la dose, ce qui la met à la portée des plus pauvres. Un règlement fixe la quantité qu'on peut se procurer en une fois, mais on peut faire le tour des débits ou revenir au même cinq minutes plus tard.

Un des plus douloureux aspects de la question est l’habitude très répandue dans les classes pauvres, et surtout chez les femmes qui travaillent dans les fabriques ou dans les champs, de droguer leurs

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bébés. Les malheureuses qui n’ont pas assez de lait (n'oublions pas que cinquante millions d’Hindous sont sous-alimentés), empêchent ainsi leurs petits de crier de faim. Les autorités médicales estiment que parmi les bébés du premier âge, 90 % chez les Hindouistes, 75 % chez les Mahométans, sont ainsi drogués. C’est là une des causes de l'énorme mortalité infantile.

tnfin la vente n’est pas si bien limitée qu’on ne puisse se procurer une dose mortelle, et les suicides par l’opium sont frequents (1).

Voilà quelques-uns des effets de Popium dans un pays qui, étant aux mains des étrangers, se trouve dans l’impossibilité de réagir et de se protéger.

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(1) Dans le texte original, cette partie du paragraphe 12, dont la traduction n’est qu’un résumé succinct, est formé d’extraits d’un récit très vivant d’une voyageuse américaine, Gertrud Marvin Williams, qui s'appuie sur les autorités médicales lorsqu’elle cite des chiffres. L’indication sur la mortalité infantile est de Mgr Fisher, évêque de Calcutta; celle sur les suicides de C. F. Andrews. NS DEEE

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