CHAPITRE XVHI
Arrivé près de l’estrade consaci-ée où étaient déposés les restes de son fils unique, il lui tourna le dos, appliqua sa torche aux matières combustibles , les yeux œnstamment dirigés vers le ciel, jeta son vase d’eau à terre h l’instant où il entendit le pétillement des flammes , et s’éloigna précipitamment comme s’il eût été poursuivi par quelque malin esprit. Le feu prit avec une telle rapidité, qu’en peu d’instants le corps fut enveloppé dans les flammes, et ne tarda pas cà se consumer. On avait eu soin d’enduire le bois de substances grasses et inflammables pour hâter la combustion, et presser le dénoûment de la cérémonie. Quant au vase d eau jeté à terre, c’est une épreuve superstitieuse qu on ne néglige jamais dans ces sortes d’occasions. Le peuple 'crédule s’imagine que si ce vase ne se brise pas en tombant, c’est un signe qu’avant la fin de l’année un autre membre de la famille périra, et que s il se brise, ce qui manque rarement d arriver, a cause de la violence avec laquelle il est jeté, les parents n’ont pas à craindre une nouvelle perte.
A l’instant où la torche est appliquée au bûcher, la personne chargée de cet office court au plus prochain lavoir, et s’y plonge pour se purifier au plus vite de l’approche impure du corps mort. Elle est bientôt suivie de toutes les autres personnes du deuil, qui en font autant.
Quand le corps fut consumé, on ramassa les cendres soigneusement, et on les enferma dans une grande jarre de terre où elles devaient rester en dépôt, jus-
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TABLEAUX DE L’INDE
([u’à ce que l’occasion se présentât de les aller jeter dans les eaux du Gange. Ce fleuve, prenant sa source dans le ciel , selon la croyance des Indous , et y retournant après avoir purifié sur terre les âmes des hommes, devait ramener dans ce séjour d’immortalité et de béatitude éternelle ces atomes insensibles, après qu’ils s’y seraient réunis à l’esprit dégagé de la matière.
Ces cérémonies sont pour le brabmine qui y préside l’occasion d’un casuel considérable. Pour peu que la famille soit un peu aisée, il ne croit pas trop exiger en prenant cent roupies (aSoofr.). Du reste, on lui donne sans murmure tout ce qu’il demande, dans la persuasion qu’un si saint personnage est incapable d’extorquer au-delà de ce qui lui est dû. Aussi les funérailles sont-elles une dépense de luxe pour quiconque est en état de payer. Dans la circonstance que je viens de décrire, il n’y eut pas de suttie , bien que le défunt laissât une jeune veuve. Cette barbai-e coutume était h peu près abolie dans la contrée.
Sonnerat rapporte qu’en certains cantons, la veuve, au lieu de se brûler sur le même bûcher avec le corps de son mari, s’enterre toute vive, afin d’être immédiatement réunie à lui dans le paradis. Dans ce cas, le cérémonial préparatoire est le même. Mais quand elle est arrivée au lieu de l’enterrement, la victime descend dans une fosse creusée en forme de petit caveau , et prend dans ses bras le corps de son mari. On remplit de suite le creux avec de la terre , de manière que sa tête seule reste dehors. On étend un