‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 128 sur 136 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

vînmes à recouvrer en grande partie nos effets; le reste fut perdu. Dans le courant de la journée on nous envoya le budgero, sur lequel nous transbordâmes tout ce que nous avions pu repêcher, et nous reprîmes notre navigation. Le temps était superbe, mais le regret de nos pertes nous disposait peu à en jouir.

La descente du Gange est assez dangereuse pour les bateaux quand le vent souffle et s’unit à la rapidité naturelle du courant ; souvent une embarcation est jetée sur un des bancs qui obstruent le lit du fleuve, et nul effort ne peut l’en dégager. Il faut, dans ce cas , attendre la saison de la mousson. Alors les eaux venant à se gonfler, remettent bientôt le bateau à flot.

Le lendemain au soir, un budgero dans lequel se trouvait un officier anglais, nous joignit, se dirigeant vers Bénarès. Ayant amarré au même endroit que nous, l’officier nous invita à passer sur son bord. Sur le toit de sa cabine était étendue la peau d’un énorme tigre qu’il avait tué la veille. Il nous raconta qu’au moment où ses dandis se préparaient à partir, au matin, son étant encore tout contre le bord

du fleuve , tout à coup un tigre s’était élancé d’un hallier voisin, et, sautant dans le bateau, était allé se poser sur le toit de la cabine. Les bateliers disparurent à l’instant et coururent se cacher. L’officier chargea sa carabine et ordonna à l’un de ces hommes d’attacher une corde à une solive du bateau. Luimême fit, à l’autre bout de la corde, un nœud coulant et y passa avec précaution la queue de l’animal qui

pendait en dehors de la cabine. Dès que celui-ci sentit la pression de la corde, il sauta en bas tout effarouché, et, dans la violence de son élan, il détacha et entraîna après lui la solive sur le rivage. Tandis qu’il se roulait et hurlait avec rage pour se débarrasser de cet obstacle, l’officier le visa de la fenêtre de la cabine et l’étendit mort.

A mesure que nous approchions de Calcutta , le Gange devenait de plus en plus large. La beauté de ce grand fleuve me rappelle une description charmante , en vers anglais, qui fait partie d’un volume de poésies composées par un jeune Indou appelé Kasiprasad-Gliosch. Ce jeune poète est d’une race de Brahmines. Ses ancêtres se distinguèrent dans des emplois élevés et responsables sous les souverains indigènes du Bengale. Après la conquête de cette vaste province par les Anglais, ils ont continué d’occuper un rang également supérieur parmi les membres de leur classe. En 1821, Rasiprasad , âgé de quatorze ans seulement, fut envoyé au collège anglo-indien de Calcutta établi sous la surintendance de M. Horace Hayman Wilson, maintenant professeur de sanscrit à l’université d’Oxford. Le jeune Indou apprit alors la langue anglaise et se distingua, pendant six années d’études , par des compositions de mérite qu’il fit sur les indications de M. Wilson. Un Essai critique sur l’ouvrage de Mill {Vlnde anglaise^j, essai lu dans une séance d’examen public, en 1829, fut regardé comme faisant tant d’honneur à ses talents, que la Gazette du gouvernement de Calcutta en reproduisit des ex-

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