CHAPITRE XXII
du côté opposé de cette baie, connu sous le nom du canal de Garden-Hoiise , qu’est prise la vue représentée dans la gravure. Ce canal tire son nom du voisinage de plusieurs maisons de campagne élégantes, qui s’élèvent aux environs, et dont chacune est entourée d’un grand jardin; c’est là que leurs opulents propriétaires se rendent chaque soir après avoir terminé les affaires de la journée et quitté leurs bureaux. Le quartier de la ville où résident les Européens offre un aspect plein de magnificence dû aux portiques spacieux et élevés qui décorent presque toutes les maisons, et qui, supportés par de nombreux pilastres, leur donnent quelque chose de la grandeur des monuments grecs. Pour les étrangers qui arrivent d’Europe, les édifices sont d’un effet imposant, à cause du style entièrement neuf de leur construction , de leurs dimensions et de la richesse de leurs ornements d’architecture. On est frappé de la symétrie et de la simplicité de leurs proportions, quoique cette simplicité même fasse peut-être un contraste trop tranché avec les pompeuses façades et les nombreuses colonnes dont elles sont généralement décorées. L’absence de cheminées est une singularité qui ne peut échapper à l’œil d’un Européen, et qui associe à l’idée de grandeur que fait naître l’extérieur de ces bâtiments , celle d’un manque de commodité intérieure qui s’accorde peu avec les idées que nous nous sommes faites des jouissances sociales. Les fenêtres sont grandes et ne sont pas garnies de vitres; mais elles ont pour fermeture des stores destinés à donner accès à l’air
TABLEAUX DE LTNDE.
sans laisser en même temps pénétrer la lumière, car dans ce climat brûlant la lumière est inséparable de la chaleur. Le toit de toutes les maisons, sans exception, est en terrasse, et entouré d’une élégante balustrade. L’architecture, basée sur les principes de l’école italienne, est bien appropriée à la région des tropiques, quoiqu’en plus d’une occasion, le goût ait été sacrifié à des caprices vulgaires. C’est ainsi que beaucoup de maisons ont deux frontons, comme si, par la raison qu’un seul fronton produit un agréable effet, il suffisait d’en doubler le nombre pour accroître, dans la même proportion, la magnificence de l’édifice.
Dans l’intérieur de la ville se trouve une place qui a plus d’un quart de mille d’étendue dans tous les sens, et au milieu de laquelle on voit une grande fontaine entourée d’un mur peu élevé et protégée par une grille en fer pleine d’élégance. Le haut du mur est au moins à cinquante pieds au-dessus du niveau de r 'eau, à laquelle on descend par une large et superbe rampe.
On se sert généralement d’eau de pluie à Calcutta pour la cuisine, ainsi que pour d’autres usages domestiques; il y a, en conséquence, dans toutes les maisons , un endroit réservé dans lequel on range un certain nombre de grandes jarres de terre qui s’emplissent, pendant la durée des moussons, de l’eau qui tombe des toits en terrasse. On la conserve en jetant au fond de chaque vase du charbon de bois réduit en poudre très-fine : le charbon prévient les progrès de