‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 32 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

clans la meme ruine. Dans les dernières années , son commerce s’est presque entièrement arrêté , circonstance qu’on doit peut-être attribuer au rude échec que les armes britanniques ont fait éprouver à la puissance des Robillas , durant la guerre du Népaul. Elle est maintenant habitée par peu de personnes possédant de la fortune ou de la considération, et menace de devenir, sous une autre génération, la demeure exclusive des taupes et des chauve-souris.

La ville a environ trois quarts de mille de longueur ; elle est agréablement située sur la rive septentrionale d’un petit lac. Les rues sont généralement larges , régulières , et remarquablement propres pour une ville indienne. Elles sont coupées par des barlieres a differents intervalles, formant ainsi des bazars distincts qui présentent un coup d’œil assez animé, quoiqu’on y remarque aujourd’hui beaucoup moins de variété que par le passé. Un trafic considérable se faisait habituellement à Nujibabad, en bois, en bambous, en cuivre, en tincol, en musc, et en miel qu’on tirait des montagnes. A son plus haut point de prospérité, elle était aussi l’entrepôt des marchandises que les provinces de Lahore, de Cachemire et de Cabul expédiaient vers l’est et le sud-est de l’Indostan.

Le terrain sur lequel la ville est assise est bas, et la contrée environnante marécageuse ;il en résulte que la condensation des vapeurs terrestres, due à la surabondance de la végétation et jointe à l’état d’active fermentation dans lequel se trouvent continuellement

TABLEAUX DE L’UN DE

les diverses substances végétales éparses sur la surface du sol, par suite de la chaleur que renvoient les montagnes voisines, rend l’atmosphère extrêmement pernicieuse pour la constitution de tout individu étranger au pays. Encore les indigènes eux-mêmes sont-ils loin de posséder cette énergie physique et ces formes robustes si communes parmi les habitants plus vigoureux des montagnes.

Les restes de quelques beaux édifices se rencontrent aux environs de Nujibabad, et, près des murs de la ville au dehors , on voit le tombeau de son fondateur, Nu]ib-ud-Dowlah. Quoiqu’il se distingue par une grande sobriété d’ornements, il est néanmoins d’un effet imposant, à cause même de l’élégante pureté et de la simplicité majestueuse de son architecture. C’est un bâtiment carré, flanqué de quatre coupoles revêtues de chunain, et au centre duquel s’élève un dôme couvert de la même matière. 11 est protégé par quatre murs massifs en pierres, formant une enceinte carrée, et munis à chaque coin de forts bastions également carrés; une porte d’entrée, sans aucun enjolivement, s’ouvre au milieu du mur de lace de cette enceinte, qui entoure le mausolée. Ce monument est situé sur le bord du lac, dont les eaux, gonflées par les pluies, viennent presque baigner le mur latéral du côté du midi , et prêtent une physionomie gracieuse à l’aspect sauvage de la scène environnante.

La vue lointaine des montagnes, prise de la plaine où s’élève ce mausolée, est frappante de grandeur. On distingue sans peine cette chaîne de sommets

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