‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 33 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

neigeux, dont les pics, qui semblent vouloir s’élancer jusque dans les deux, comme s’ils défiaient la loi primitive qui leur donna des limites , produisent un effet vraiment sublime. Ces pyramides glacées , que couronne une neige éternelle, ont quelque chose d’éminemment imposant, au milieu de leur froide et repoussante solitude ; car l’œil, aussi bien que la pensée, ne peut se fixer sans une profonde émotion sur ces régions, où régnent une stérilité et un silence immuables, où le pas de l’homme n’a jamais pénétré, où nul être vivant n’a jamais trouvé un asile permanent. 11 n’est point de paroles qui puissent représenter de telles scènes; il n’est pas de description qui puisse rendre les im'pressions qu’excite la contemplation de cette nature dans sa saisissante majesté.

La contrée qui s’étend au pied des montagnes est bien cultivée et très-fertile. Les travaux du laboureur, qui sont faciles et promptement achevés, sont bientôt récompensés par une abondante moisson. Les hauteurs qui bordent la plaine, et qui forment le rang inférieur de cette chaîne de montagnes qui sépare l’Indostan du Thibet et de la Tartarie, sont à environ huit lieues de l’endroit où nous nous étions arrêtés, quoiqu’elles n’en paraissent pas éloignées de plus de six milles. Telles sont leur élévation et leur masse, que cette courte distance ne les diminue en rien à l’œil qui les contemple , et que trompe d’ailleurs l’extrême transparence de l’atmosphère.

Près du tombeau de Nujib-ud-Dowlah , s’élève un bouquet d’arbres majestueux qui ombragent quelques

TABLEAUX DE LTNDË.

belles ruines, dont plusieurs touchent aux faubourgs de la ville. Derrière ces arbres , on trouve un mausolée d’une rare beauté , richement orné de mosaïques en marbre noir et blanc; cependant, l’objet le plus digne d’intérêt est le tombeau du fondateur de Nujibabad. Les éléphants sauvages et les tigres abondent dans les environs, où les jongles sont d’une grande étendue, et, en quelques lieux, totalement impénétrables. La nuit , on entend le glapissement perçant et lugubre du chacal, prolongé par l’écho des montagnes, à la grande incommodité du voyageur. Il semble au contraire ne causer que fort peu de gêne h ceux que l’habitude a familiarisés avec cette discordante musique.

Avant de quitter Nujibabad, nous eûmes l’occasion d’assister à un combat de taureaux, genre de divertissement que permettent souvent les petits rajahs dans les districts des montagnes. Ces taureaux avaient été amenés du Bontan , et furent produits en spectacle par une troupe de jongleurs, qui réclamaient une faible gratification de chaque spectateur. La taille de ces animaux était à peu près celle d’un bœuf du Bengale, ou d’un taureau anglais de deux ans et demi. Ils n’avaient pas cependant, entre les épaules, l’excroissance de chair commune aux bœufs du Bengale, et différaient de cette espèce en général, par leur poil lisse, leur grosseur, et leur humeur intraitable. Leurs cornes , petites et effilées , étaient parfaitement unies et du plus beau poli. Ils avaient les jambes de devant si courtes, que, sans la distance prodigieuse qui se

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