‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 55 sur 136 · CHAPITRE VIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIll

aucun signe d’emotion. Les spectateurs s’imaginaient que cette imprudente boutade serait suivie d’une mort immédiate, quand tout à coup, au grand étonnement de tout le monde, l’éléphant se laissa saisir par la trompe, plia les genoux, courba la tête, et invita ainsi le soldat ivre à grituper sur son cou. Celui-ci ne se fit pas prier et ramena en ville de cette manière sa monture radoucie, aux acclamations de la foule.

En quittant l’intéressante capitale de cet empire jadis florissant, aujourd’hui déchu, nous passâmes par le cotilla * de Feroz-Schah , à quelques lieues de Delhi. En cet endroit, notre attention fut attirée par une colonne d’un seul bloc de pierre de quarante-six pieds de haut et de plus de dix pieds de diamètre à la base. On prétend qu’elle était encore plus haute autrefois, mais que la foudre en a fait tomber un tronçon , il y a plusieurs années. Il est vrai que l’extrémité du fût porte des marques visibles de dégradation , ce qui donne à la tradition le caractère de la vérité. Cette colonne est d’un beau poli dans toute sa longueur, jusqu’à un espace de quelques pieds au-dessus de sa base; les curieux et les amateurs d’antiquités ont rogné cet espace, les uns pour s’assurer niaisement si la matière est véritablement de la pierre, les autres, pour grossir leurs collections de fragments remarquables. Triste sort des plus beaux monuments du génie romain , trop souvent profanés

' Habitation fortifiée.

TABLEAUX DE L’INDE

par les mains de stupides maniaques, dans la vue d’ajouter quelque parcelle sans valeur à une série d’objets entassés sans goût!

Cette curieuse colonne a paru à quelques-uns n’être qu’une composition réduite par le temps en une masse solide ayant l’apparence d’un granit impénétrable. Mais cette oj)inion est sans fondement réel, puisque les stratifications sont visibles et qu’elle a toute la compacité du marbre avec la faculté de recevoir le plus parfait poli. On y voit plusieurs inscriptions qui ont fait le désespoir de tous les savants, car elles sont indéchiffrables : non pas que les caractères ne soient parfaitement lisibles, mais le sens en est perdu, ce qui prouve, en passant, la haute antiquité du monument.

Comme la journée était plus chaude que de coutume, nous ne fûmes pas peu satisfaits d’apercevoir, en entrant datis un petit village, une échoppe de fruitier d’une apparence fort présentable, et où étaient étalés^un certain nombre des meilleurs fruits de ce beau climat. C’était tout simplement un abri élevé à la hâte sur quatre minces bambous, et couvert de longues herbes entortillées. Le devant de cette boutique était ouvert; le derrière était fermé par un cadre léger de bambou, recouvert de chaume vert comme le toit : un drap grossier garnissait un des côtés. Mais dans ce temple grossier de la Pomone indienne présidait une jeune fille charmante de seize ans. Elle était appuyée contre le buffet où ses fruits étaient rangés en profusion, et d’une manière appétissante;

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