CHAPITRE VIII
temps. Dans la seconde cour est le diwan-aum , ou salle d’audience publique. Le rnusnud (trône) sur lequel siégeaient jadis les empereurs mogols, était un ouviage tres-precieux. Il avait la forme d’un paon, avec une queue épanouie et entièrement couverte de diamants et de pierres fines. On évaluait son prix à T 'y 5 millions de francs. Cette riche pièce d’ameublement royal fut enlevée par le spoliateur Nadir-Schali. Depuis 1 epoque de ce pillage barbare, les empereurs de Delhi se sont contentés d’un trône infiniment plus modeste.
Dans la troisième cour, est le diwan-kauss , ou salle d audience particulière, toute de marbre et ornée de riches sculptures représentant une grande variété de fleurs. Rien d’élégant comme cet édifice, dont l’intérieur, par sa magnificence, égale presque celui du diwan-aum. Sur les arceaux qui soutiennent le toit, on lit 1 inscription suivante en caractères persans, incrustée en argent sur un fond de marbre noir du plus beau poli : — « S’il est un paradis sur la terre, c’est « ici! — c’est ici! — c’est ici! » Les caractères sont grands et supérieurement formés : c’est assurément le plus bel échantillon d’écriture persane que j’aie jamais vu. Dans cette salle il y avait un énorme bloc de cristal sur lequel l’infortuné Schah-Allam avait coutume de s’asseoir quand il tenait son conseil privé avec ses ministres. Ce bloc avait une superficie de quatre pieds sur trois , et une épaisseur de seize pouces. L’appartement jadis destiné à l’usage particulier du monarque , et où personne n’avait le droit de pé-
TABLEAUX DE LTNDE.
nétrer, si ce n’est pour des motifs de la plus haute importance, est conligu au diwan-kauss. Il était somptueusement orné. Il est couvert d’un dôme dore; c’est le plus grand de tout le palais.
Quant aux jardins, ils sont entièrement dégradés. Au centre est un bassin qu’on dit avoir été, dans l’origine, encadré de cristal. Il contient des poissons dorés et argentés. A côté il y avait un siège de marbre à l’usage de l’empereur lorsqu’il visitait les jardins. Un peu plus loin était une vaste baignoire taillée dans le marbre et semblable, par sa forme extérieure, à un grand sarcophage. Entre les jardins et le diwankauss, sont les bains de l’empereur. Ils sont construits entièrement en marbre, et couverts d’ornements recherchés. Le pavé et les parois sont incrustés de fleurs, représentées par des pierres de toutes les couleurs.
Quelcjues jours après notre arrivée à Delhi, un éléphant mâle ayant tué son conducteur, s’échappa de son écurie et se mit à parcourir la ville, où il répandit une vive alarme. Arrivé en dehors de l’enceinte, l’animal furieux s’arrêta, fixant sur la multitude qui l’avait suivi des regards sinistres accompagnés d’un mouvement menaçant de sa trompe. Il paraissait si déterminé à se défendre c|ue personne n’eut le courage de l’approcher, si ce n’est un soldat anglais d’un détachement qui passait par hasard , se rendant à Cawnpore. Cet homme, enhardi par les rasades di'ari'ack qu’il avait bues, s’avança d’un air intrépide vers la terrible bête, qui le voyait venir sans donner