CHAPITRE Xll
troubla et craignit d’être victime d’une défiance curieuse. Le vieux gentilhomme commença par l’interroger sur sa naissance et sa famille, et se convainquit enfin, par les réponses qu’il en reçut, que l’humble marchand de thé était celui qui pendant quelque temps avait fait l’objet de ses recherches.
Il se trouva que ce gentilhomme avait résidé à Lucknow cà l’époque de l’union du capitaine avec la dame persane; il était même le seul Européen autre que son mari qui eût été hé avec elle. Il avait d’ailleurs assisté au mariage , et en était l’unique témoin vivant. La veuve lui avait écrit en dernier lieu de Lucknow plusieurs lettres pressantes, en le conjurant d’user de tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour retrouver le fils dont elle ignorait le sort depuis près de vingt ans. En recevant cette prière si vive et si touchante, l’ami compatissant fit tous ses efforts pour découvrir l’enfant regretté; mais n’ayant rien qui pût le guider dans ses perquisitions, et voyant ses démarches infructueuses, il avait abandonné toute espérance de succès , lorsque, vivement frappé de la ressemblance du brocanteur avec le jeune Indien qu’il cherchait, il se sentit sur-le-champ convaincu de l’identité , qu’une enquête ultérieure acheva de confirmer.
Il instruisit alors le mulâtre , ou celui qui avait été si long-temps repoussé comme tel , de tous les details relatifs à sa naissance; il lui apprit que la personne qui l’avait amené en Angleterre était son propre père.
TABLEAUX DE L’INDE
et qu’il avait encore dans l’Inde une mère qui soupirait apres le moment de le serrer entre ses bras. Elle avait déposé plusieurs mille livres à la banque de Calcutta, pour être remises à son fils dans le cas où 1 on parviendrait à le retrouver, et se montrait inconsolable de sa mystérieuse absence. Son affection pour lui ne s’était jamais refroidie. Elle l’avait pleuré comme mort, quoiquelle n’eût jamais entièrement renoncé à 1 espérance de le revoir ; espérance qui avait été pendant long-temps si amèrement déçue.
Cet éclaircissement fut comme un trait de lumière venu du ciel pour le malheureux paria. Pendant un moment il crut à peine à une si flatteuse réalité ; mais ce n était pas un songe ; celui qui , durant plusieurs années , s était vu réduit à la dure nécessité de parcourir péniblement un district d’Angleterre avec une permission de colporteur, était destiné à la possession d une grande fortune, dont ses privations passées 1 enseigneraient à bien jouir. Son nouvel ami s’empressa de lui donner des lettres pour son agent à Calcutta. Il arrêta sans plus de délai son passage à bord d un batiment, et, après une heureuse traversée, il arriva dans la ville des palais, où sa mère se rendit en toute hâte , accompagnée d’une suite nombreuse , pour le recevoir et le conduire dans sa magnifique demeure a Lucknow, Peu de temps après son arrivée, il envoya chercher sa femme, qui était restée en Angleterre , et qui s’embarqua , aussitôt après la réception de sa lettre, sur le premier vaisseau qui mit à la