‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 76 sur 136 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de lui interdire tout espoir d’assistance de leur part pour l’avenir, et trop heureux de se débarrasser à si peu de frais de celui qu’ils regardaient comme un fardeau importun.

Sans protecteur, sans ami, le jeune homme, abandonné à lui-même, avait peu de chances de pouvoir s’établir dans le commerce, à l’aide d’une alliance respectable, car un homme de couleur avait à combattre une sorte de préjugé de convention, dont le dernier acte du parlement en faveur de cette classe méprisée parviendra, il faut l’espérer, à triompher bientôt. Dans cette position, il ne tarda pas à tomber dans un tel état de dénûment que, pour éviter les atteintes de la misère, il se fît marchand de thé ambulant, et tâcha de trouver dans cette humble profession les moyens de subsister; moyens bien incertains, et qu’il rendit encore plus précaires, en ajoutant à ses charges personnelles cette source de dispendieuse félicité, qu’on appelle une femme. Il épousa la fille d’un charpentier, dont il fît par hasard la connaissance et qui ne possédait pour tout bien que sa beauté et ses ressources d’économie. C’était une trèsjolie personne, et, heureusement pour lui, c’était une habile ménagère; de sorte que son mariage n’augmenta pas sensiblement ses dépenses de première nécessité. Cependant, ayant été recommandé aux domestiques d’un riche particulier du pays, comme un honnête garçon qui vendait de l’excellent thé à trèsbon compte, il trouva chez eux un facile débit de sa marchandise. Quoiqu’ils se monti’assent à son égard

TABLEAUX DE LTNDE.

des pratiques peu généreuses, près desquelles il ne pouvait espérer qu’un gain fort médiocre, néanmoins comme la maison était considérable , qu’il y fournissait du thé pour de fortes sommes , et n’attendait jamais long-temps son paiement , il était fidèle à venir leur offrir ses services. On appréciait d’ailleurs ses manières honnêtes, de sorte qu’il était toujours le bien venu, et recevait un accueil jovial de la part des domestiques.

Il était un jour sur le point de quitter la maison, lorsqu’il vint à rencontrer le maître du logis, au moment oïl ce dernier montait les degrés du vestibule. Sa vue parut frapper le gentilhomme, qui fixa les yeux sur lui avec une curiosité vive et, pour ainsi dire, impatiente. Le pauvre marchand se sentit intimidé en voyant l’attention sévère et inattendue dont il était l’objet. Il porta la main à son chapeau d’un air craintif et respectueux, en passant devant le maître du manoir, et il se hâta de regagner sa demeure, appréhendant que celui-ci n’eût conçu à son égard quelque soupçon défavorable. Aussitôt qu’il se fut retiré, le maître demanda aux domestiques ce qu’ils savaient sur son compte, et quoique les renseignements qu’il en obtint se réduisissent à peu de chose , ils furent suffisants pour lui faire désirer de revoir le marchand de thé ambulant, et il donna des ordres pour qu’on l’avertît la première fois qu’il reviendrait. On eut soin de se conformer à sa recommandation. Lorsque le pauvre garçon se vit en présence d’un liomme dont le rang était si supérieur au sien , il se

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