CHAPITRE XIII
comme un homme possédant à la fois les qualités les plus précieuses de l’esprit et du corps. D’une taille de six pieds et un pouce, droit comme une colonne, ses membres, peu remarquables par la grosseur des muscles , étaient cependant liés dans toutes leurs parties avec une compacité qui réunissait dans un degré , peu ordinaire l’élégance et la force. Les proportions de son corps n’avaient rien d’exagéré, et, quoiqu’un peu de maigreur s’y fît remarquer, ses formes anatomiques se dessinaient par les contours les plus gracieux, tandis que la puissance et la flexibilité de ses muscles le rendaient capable de résister à des fatigues plus qu’ordinaires. En un mot, il était extrêmement bien fait de toute sa personne : il avait le nez délicat et d’une parfaite régularité, les lèvres un peu épaisses, et les yeux animés d’un éclat extraordinaire. Il portait de légères moustaches frisées, et n’avait que peu de barbe. Admiré de toutes les femmes de Lucknow, il n’excitait pas à un moindre degré, quoique par des motifs différents, l’admiration des hommes. Cependant il ne laissait percer en aucune manière le sentiment de sa supériorité. Ce sentiment ne se trahissait que par cet esprit d’indépendance distinctif de sa race, et qui le rendait fier de porter le nom de Rajpout. Il était petit-fils d’un chef Hara, dont la fin sanglante avait été causée par une catastrophe des plus tragiques. Le récit de cet événement offre une peinture si fidèle du caractère rajpout, qu’on me pardonnera sans peine de l’insérer ici.
Une haine irréconciliable avait existé durant plu-
TABLEAUX DE LTNDE.
sieurs générations entre les familles de deux chefs, 1 un Hara et l’autre Rahtore. Rien ne peut surpasser l’animosité qui s’empare de ces austères et implacables guerriers , lorsqu’un tel héritage d’inimitiés mortelles leur est légué pour le conserver sans altération. ^11 est à peu près impossible d’opérer une réconciliation; et, si l’on y parvient, ce n’est jamais que lorsque leurs cruels ressentiments ont déjà produit les plus funestes résultats. Le chef Hara avait une fille aussi célèbre par sa beauté que par l’énergie de son caractère et la virilité de son intelligence. Quoique soumise aux lois sévères et à la retraite jalouse auxquelles sont généralement astreintes les filles des princes rajpouts, elle avait su pourtant se soustraire en partie à un assujettissement si peu en harmonie avec son naturel impatient, mais résolu; et non seulement elle avait sa place dans les conseils de son père, mais il prenait ses avis sur toutes les conjonctures pressantes. Elle était d’un esprit aussi ardent que déterminé, et son père regrettait à peine de n’avoir point de fils, ce premier de tous les biens pour les Rajpouts qui se marient, en se voyant possesseur d’une fille aussi éminemment douée des plus hautes qualités de sa race.
Cette femme extraordinaire avait vu sa main recherchée par plus d’un hardi prétendant; mais aucun des chefs qui résidaient dans son voisinage n’avait réussi à toucher son cœur. Sa beauté et la trempe peu ordinaire de son aine faisaient le sujet de tous les entretiens.
La belle Rajpoutni avait un jour accompagné son