‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 81 sur 136 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

père à la chasse, lorsqu’un tigre, s’élançant comme un trait du milieu d’un hallier, se jeta sur son cheval, et mit sa vie dans le plus imminent danger. Au lieu de s’abandonner à l’un de ces mouvements de frayeur naturels à son sexe, elle rejeta en arrière les longues tresses de cheveux noirs qui garnissaient ses tempes, puis , levant intrépidement là tête , les lèvres comprimées, et l’œil brillant d’une énergie sauvage, elle attaqua le tigre sans balancer avec un poignard quelle portait à la ceinture, et qu’elle plongea jusqu’à la garde dans le flanc de l’animal. Le tigre, irrité de se voir inopinément assailli, et rendu deux fois plus furieux par la blessure qu’il venait de recevoir, quitta le cheval et se tourna du côté de l’amazone. Le péril était grand, mais il ne la fît pas trembler; sa résolution, au contraire, semblait croître avec le danger. Il était néanmoins évident qu’elle ne pouvait soutenir une lutte égale avec un ennemi si redoutable, et son père était malheureusement trop loin pour lui porter secours. Dans ce moment critique, et lorsque son féroce adversaire, la gueule ouverte et écumante, s’apprêtait à la saisir par la tête, un jeune chasseur, monté sur un excellent cheval, s’élança avec la rapidité du vent, et fondant sur le tigre comme la foudre, d’un seul coup de sabre il lui sépara la tête du corps. Le tronc sanglant roula à terre, et l’intrépide chasseresse fut hors de péril. L’animal , dans sa courte agonie, avait enfoncé ses griffes dans les flancs du pauvre cheval, et les avait si cruellement déchirés, qu’on jugea nécessaire de le tuer

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bois, elle aperçut au loin un cavalier isolé, assailli par plusieurs individus qui semblaient sur le point de l’accabler. En approchant davantage, elle vit que c étaient , ainsi qu’elle l’avait soupçonné , quelques hommes faisant partie d’une bande de dacoits , qui attaquaient un chef Rahtore. Elle poussa aussitôt son cheval en avant, et décocha une flèche au premier des assaillants , qui la reçut dans la tempe droite, et tomba mort. Les brigands prirent la fuite dès qu’ils s’aperçurent qu’on accourait au secours de leur victime. En arrivant à l’endroit oh le combat entre les dacoits et le jeune Rahtore avait eu lieu, la belle libératrice le trouva etendu sur la terre , noyé dans son sang , et dangereusement blessé. Il avait été renversé d’un coup de sabre , et tout annonçait que la blessure devait avoir les suites les plus fatales. La courageuse Rajpoutni reconnaît a l’instant celui à qui naguère elle avait dû la vie, et qui gisait sous ses yeux privé de sentiment. Elle ne remplit point l’air de ses cris, mais déchirant avec calme le turban de l’un des gens de sa suite, elle banda fortement la blessure pour arrêter le sang qui coulait, puis elle commanda que le Rahtore fut place dans un palanquin qu’on avait heureusement reçu ordre de tenir à sa disposition sur la lisière du jongle , et le fit porter immédiatement à la maison de son père. Lorsqu’à l’arrivée de la petite troupe à la demeure du Hara , le blessé fut tiré du palanquin , le vieux guerrier reconnut dans l’hôte qu’on lui amenait, le chef de tribu avec laquelle sa famille était en guerre depuis si long-temps. Quelque pénible que fût cette

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