‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 94 sur 136 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

briques, et revêtus du stuc appelé Chunam. Ils sont élevés sur des plates-formes, où l’on monte par des degrés. Ils sont vastes, couverts d’un grand toit en terrasse, et à chaque angle s’élève une petite coupole délicatement enduite du même genre de stuc. Quelques-uns sont surmontés d’une espèce de dais carré et très-élégant, des quatre côtés duquel pendent des rideaux de riche étoffe. Ces dais sont supportés par de légères arcades en ogive, et offrent un délicieux abri contre la chaleur du jour.

L’intérieur de ces pavillons est divisé en appartements pour les différents employés chargés de veiller à l’entretien des jardins. Au reste, bien que l’aspect extérieur de ces bâtiments soit assez important, ils n’offrent pourtant rien de bien piquant à la curiosité des voyageurs, et n’ont d’autre mérite que de faire partie d’une ville remarquable sous plus d’un rapport. Cela n’empêche pas que dans leur structure économique ils n’aient quelque chose de plus pittoresque que beaucoup d’édifices plus grandioses. Dans le lointain, on aperçoit la mosquée dont j’ai déjà parlé plus haut, et qui fut fondée par Asoph-ud-Dôlah.

En partant de Lucknow, nous nous dirigeâmes vers Juaupour. Sur notre route, nous trouvâmes plusieurs des grands nullahs (torrents) qui la coupaient, tellement gonflés par les dernières pluies, que nous eûmes toutes les peines du monde à les franchir. Nous en vînmes pourtant à bout, au moyen d’un procédé fort simple. Nous nous procurâmes dans le village voisin un charpay, ou bois de lit étroit, dont nous

TABLEAUX DE L’UN DE

fixâmes les quatre pieds dans des vases de terre de forme ronde, en ayant soin de bien boucher l’ouverture, pour ne point y laisser pénétrer l’eau. Ces pots s’appellent des cucljri.

Lancé à l’eau , cette espèce de radeau y flottait légèrement à la surface, et nous en profitâmes avec succès pour opérer notre passage, avec nos palanquins et nos effets, guidés par une corde jetée en travers du torrent. Nous emportâmes avec nous ce pont volant , qui fut confié aux soins de deux coulis, parias. A ce propos, je ne puis me rappeler sans un sentiment d’intérêt pénible pour ces malheureux proscrits , l’indignation avec laquelle un Indou de caste pure jeta à terre une jatte de lait, et la réduisit en mille pièces, parce que l’ombre du paria l’avait effleurée au moment où il passait près de là.

La tribu des parias est fort nombreuse, et plongée dans l’état de dégradation le plus abject. Le plus dur esclavage serait un bienfait en comparaison de la situation de ce peuple au milieu des castes qui l’entoureut. Toutes ces castes les considèrent non seulement comme des objets de mépris ici-bas, mais encore comme entièrement exclus de toutes les joies du monde à venir. Les humiliations dont on les abreuve, par suite de ce préjugé, partout où on les rencontre, révoltent riiumanité, et passent toute imagination. On leur interdit le moindre privilège de l’homme en société; on les ravale à la condition des plus vils animaux. Le paria n’a de communication qu’avec les seuls individus de sa caste, et toutes les fois que son

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