‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 95 sur 136 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ombre effleure seulement un objet appartenant à un membre d’une caste supérieure , il en résulte une profanation. Si c’est un aliment, il est à l’instant jeté; si c’est un meuble fragile, on le casse; si c’est un bijou de prix, on n’en fait disparaître la souillure qu’à l’aide des purifications les plus rigoureuses.

Le meurtre d’un paria n’a point de peine correspondante dans la loi; on se contente d’infliger au meurtrier une légère amende, qui est rarement perçue, si ce n’est dans des cas tout- à -fait graves. Les travaux les plus dégoûtants sont le partage de ces êtres abhorrés. Ce sont eux qui relèvent les immondices dans les villes et dans les villages. La nature malsaine de leurs occupations, et leur manière de vivre misérable , les rendent sujets à des maladies dégoûtantes. Ils se regardent eux-mêmes comme si impurs, en comparaison d’un bralnnine, qu’ils n’osent paraître en sa présence qu’en se dévouant à une mort expiatoire, ou tout au moins à quelque supplice équivalent. Si un membre d’une autre caste veut bien descendre jusqu’à adresser la parole à un paria, celui-ci, pour lui répondre, se couvre la bouche de sa main, dans la crainte que son haleine ne souille l’atmosphère que respire son interlocuteur. Jamais ces malheureux proscrits n’entrent dans un temple, ni ne prennent part aux cérémonies de la religion. Le même Indou de caste pure, qui croit faire un acte méritoire en épargnant la vie d’un reptile dangereux, n’attache pas moins de prix à se défaire d’un paria.

Bien qu’un brahniine, qui, lorsqu’il a spiritualisé

TABLEAUX DE LTNDE.

sa nature par la pénitence , se regarde comme égal à un avatar de son dieu , n’accorde pas même au paria la portion de sympathie dont il honore la plus vile des brutes : telle est la vénération profonde qu’éprouve ce dernier pour le saint homme, qu’il rend un culte aux traces que ses pieds ont laissées sur la terre.

Ainsi, méprisés par les autres classes, exclus de tout commerce avec leurs semblables, ces malheureux sont réduits à une vie errante, et privés de toutes ressources, puisque c’est une œuvre pie de les humilier, et un péché de les secourir. Plongés dans le plus profond dénûment , ils sont exposés à périr dans l’épuisement d’une longue agonie, à moins qu’ils ne recourent, pour se sustenter, à des moyens violents, qui ne font qu’accroître l’horreur qu’ils inspirent. Ainsi délaissés, et frappés des stygmates d’une injuste dégradation , souvent ils se retirent au fond des jongles, fuyant la vue des hommes qui les poursuivent de si abominables traitements; et là, ils achèvent leur misérable vie , réduits à la condition des brutes , perdant l’exercice de leurs qualités morales, et cherchant leur proie à l’instar des bêtes sauvages.

Si la société est en perpétuelle hostilité avec eux , ils n’usent que trop de représailles. Souvent ils finissent par se livrer à ce pillage organisé qui est un des fléaux de l’Inde, Réduits à ce point , ils deviennent les plus désespérés, les plus féroces des brigands appelés dacoïts. Faut-il s’en étonner? et ne doit-on pas quelque indulgence à des malheureux que leiu’s semblables condamnent sans raison à l’ostracisme, à

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