‹ L'Inde (sans les Anglais)Chapitre 11 sur 45 · Sous sa forme dérivée, le pâli · texte numérisé non relu

Sous sa forme dérivée, le pâli

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leur sœur d'adoption, jusqu'au temps où la vieillesse, en éteignant leurs désirs, ramène chez eux tous la félicité parfaite, dans le sentiment du devoir accompli.

Pendant un entr'acte, je suis allé dans la loge de Balamoni, qu'on avait prévenue de ma visite, pour la remercier d'être si jolie et de jouer avec une mimique si pure son rôle virginal. Je l'ai trouvée dans une petite chambre toute simple, tapissée de nattes, où ses diamants et ses atours, épars çà et là, détonnaient comme les présents fantastiques de quelque génie dans une cabane de bergère. Dès la porte, ses serviteurs m'ont passé au cou, suivant l'usage, un épais collier de fleurs naturelles, entremêlées de fils d'or, et elle m'a tendu la main, avec une grâce aisée et comme il faut. Son projet, qu'elle m'a confié, est de ressusciter tout Je vieux théâtre sanscrit, composé de pièces admirables. Et elle a bien voulu se dire flattée quand je lui ai annoncé que je parlerais d'elle à mes amis de France.

Au lendemain de cette soirée, dans un lieu banal s'il en fut, j'ai rencontré la bayadère. C'était à la gare du chemin de fer de Madras, — car le chemin de fer, hélas I passe à Madura. Deux servantes l'escortaient. Elle venait prendre le train pour aller inspecter ses propriétés à la campagne, comme eût pu faire n'importe quelle petite bourgeoise bien modeste et bien sage. 11 est ^Tai, au milieu de la foule indienne qui se trouvait là en vêtements plutôt misérables, elle avait l'air

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d'une péri qui se serait égarée. On la voyait de loin scintiller comme une étoile. Elle portait des diamants aux oreilles, des diamants au cou et à la poitrine ; à ses beaux bras nus, des diamants depuis les poignets jusqu'aux épaules. Et d'autres, d'une limpidité rare, accrochés à la cloison de son petit nez frémissant, retombaient sur sa bouche. Entre son pagne jaune lamé d'or et son corselet très court en soie lilas, une partie de son torse, lisse comme une belle colonne de métal, apparaissait nu, avec un peu de la base impeccable de ses deux seins, qui s'indiquaient chastement plus haut, sous l'étoffe légère et tendue. (C'est le dessus de leur gorge que les femmes de chez nous montrent le soir ; je ne vois pas en quoi montrer le dessous est plus inconvenant ; cela permet moins d'artifices, voilà tout. ) Elle avait d'ailleurs tant de réserve et de dignité dans l'allure, la bayadère, que je l'ai saluée comme j'aurais fait pour une femme du monde. Elle m'a répondu à l'indienne, en se touchant le front de ses deux mains surchargées de rubis. Et puis, avec ses suivantes, elle est montée... dans un compartiment de dames seules I...

Et je gardais l'image de la bonne Balamoni dans les yeux, en quittant les horribles parages de cette gare pour me rendre au temple de la déesse. On m'avait, du reste, conté dans la journée plusieurs choses gentilles qu'elle a faites. Entre autres, celle-ci : le mois dernier, des dames européennes qui quêtaient pour un orphelinat

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de petites Hindoues étaient venues frapper à sa porte. Et Balamoni, avec son beau sourire, leur a donné un billet de mille roupies (environ deux naille francs). Elle est secourable à tous, et les pauvres connaissent bien la route de sa demeure.

Yîï

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