‹ L'Inde (sans les Anglais)Chapitre 35 sur 45 · DANS LES RUINES · texte numérisé non relu

DANS LES RUINES

Tout le pays qui fut habité par les empereurs mogols est aujourd'hui un immense ossuaire de villes et de palais. L'Egypte même n'a pas autant de ruines sur ses sables que cette région sur sa terre mourante. Là-bas, au bord du Nil, c'est le monde des granits monstrueux; ici, les marbres ciselés, les grès à jours, les dentelles de pierre, au milieu de la morne campagne, gisent partout comme choses perdues. Dans cette Inde, où la pensée et l'activité humaines fermentèrent magnifiquement pendant des siècles, les débris des âges antérieurs sont innombrables, et leur profusion, leur beauté, confondent nos imaginations modernes. En plus des villes qui s'anéantirent à la suite de guerres et de massacres, il en est d'autres dont la construction fastueuse fut décrétée par le caprice de tel ou tel souverain et que l'on n'eut

pas le temps de finir ; il est des palais destinés à telle sultane du temps passé, qui usèrent des peuplades de sculpteurs et n'eurent jamais d'habitants.

Entre Delhi et les ruines d'une capitale des vieux âges, dont la tour de granit rose ^ est peut-être la plus haute tour du monde, on rencontre tout le long du chemin des fantômes de villes ou de forteresses : murs crénelés de trente ou quarante pieds de haut, fossés et pont-levis ; là dedans, personne ; du silence, ou, si l'on entre, des fuites éperdues de singes parmi des pierres éboulées et des broussailles.

Il y a des nécropoles aussi, des nécropoles dont on ne voit plus la fin. La terre, sur des lieues de long, a été remplie de morts ; les kiosques funéraires, les tombeaux de toutes les époques se succèdent, s'enchevêtrent en dédale, au milieu des écroulements, des décombres.

Il en est, de ces tombeaux, que Ton entretient encore avec une piété prodigue, bien qu'ils soient cachés, noyés derrière les milliers d'autres, derrière les abandonnés qui s'effondrent. Les sentiers qui y mènent, parmi les pierres, les trous, les vieux caveaux béants, seraient à peine reconnaissables, s'ils n'étaient jalonnés par toute la truanderie des ruines, estropiés ou lépreux, guettant les pèlerins pour avoir des aumônes. Et c'est une surprise d'apercevoir tout à coup, après ces che-

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