‹ L'Inde (sans les Anglais)Chapitre 37 sur 45 · Restaurée en · texte numérisé non relu

Restaurée en

la monotonie rousse des grandes pierres. Musulmans du Nord, Afghans reconnaissables à leurs bonnets pointus ; des tarbouchs, enroulés très bas, cachent leurs oreilles et les coins de leurs yeux, laissant surtout paraître le nez en bec d'aigle, la barbe couleur de jais. Ils marchent vite, vite, l'air faux et mauvais. Invisible dans ma niche, insoupçonné là-haut, je m'amuse à les | observer. Ils sont de pieux pèlerins que la foi seule ? amène, c'est manifeste. Dévotement, ils s'arrêtent devant les beaux portiques des mosquées défuntes, ils se prosternent pour baiser des tombes, et puis, toujours en hâte, s'en vont plus loin, je ne sais où, s'évanouissent H dans les ruines.

Trois heures bientôt : le recommencement de la vie. Des perruches vertes sortent de tous les trous de la voûte, crochant leurs grilTes aux sculptures, pour pencher et regarder, puis s'élancent, prennent leur avec un cri de vitalité inquiète et féroce. Les trois! chèvres s'éveillent à leur tour, emmènent leurs petits à la. recherche de l'herbe, de l'herbe rase et desséchée. Et je descends moi-même pour errer dans la ville fantôme.

Ruines de maisons, ruines de temples, ruines de | palais et de mausolées ; çà et là, de maigres troupeaux, essayant de brouter parmi les pierres, se dispersent auxj lointains de la funèbre lande murée. Les pâtres sau-j vages qui les mènent jouent du pipeau en sourdine ; ilsiv ont l'air recueilli, Fair intimidé par tant de sanctuaires

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VERS BENARÊS 391

effondrés alentour. Et de partout on voit se lever la tour rose, qui semble faire le guet, au milieu de Tuniverselle désolation.

A de vagues carrefours, aux entre-croisements de ce qui fut des avenues, il reste des balcons, sur des pans de murs; des espèces de loggias avancées subsistent encore, d'où les belles d'autrefois regardaient passer les éléphants en robe de pourpre, les cortèges de grands parasols, les défilés des cavaliers de guerre, les foules des vieux temps magnifiaues...

Oh ! la tristesse de ces miradors, aux angles des rues mortes!...

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