Paroles de Brâhmachârin
saison, et une jeune femme parut sur le seuil, s'arrêta toute illuminée de soleil, petite vision étincelante parmi ces énormes granits moroses. Deux voiles la drapaient, l'un violet à broderies d'argent, l'autre jaune orange, jeté sur ses cheveux comme celui des dames romaines ; elle regardait je ne sais quoi dans la plaine d'en face, pourtant toujours déserte, et relevait son bras nu pour abriter avec la main ses grands yeux, — ces yeux d'Indienne, dont la séduction est indicible. Et les mousselines, la violette et la jaune, détaillaient sa belle gorge fière, la ligne de ses reins souples, toute l'harmonie de son jeune corps...
« Elle est moi, je suis elle, et nous sommes Dieu » — m'ont dit les Sages... Et il semble que leur sérénité déjà commence de m'envelopper.
Longuement je la regarde, elle qui est là, sans trouble ni regret sombre ; je repose mes yeux sur elle comme sur une jeune sœur dont la beauté me rendrait fier; une fraternité intime nous unit l'un à l'autre, et nous participons à la splendeur immense épandue ce matin sur le monde; nous sommes la lumière, la nature aux mille visages, et nous sommes l'Ame universelle. En cet instant rare, on les dirait presque un peu tombées pour moi, les « limitations illusoires qui produisent les désirs de l'être séparé.*. »