POUR MES FRÈRES INCONNUS
J'ai prêté le facile serment que ron me demandait, et les Sages de la petite maison silencieuse m'ont admis pour l'un de leurs disciples.
Ce qu'ils ont commencé de m'apprendre, je n'essaierai pourtant pas de le redire.
D'abord, suis-je assuré que l'on me suivrait dans ces régions eibstraites, qui paraîtraient si en dehors de ma voie? On n'attend de moi, je le sais, que l'illusion du voyage, le reflet des mille choses sur lesquelles j'ai promené mes yeux.
Ensuite et surtout, après un semblant d'initiation qui a duré si peu de jours, comment me croirais-je capable d'enseigner ? Le peu que je saurais dire ne pourrait que déséquilibrer, mener peut-être jusqu'aux terreurs du seuil, mais non plus loin.
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D'ailleurs, pas plus que je n'ai découvert l'Inde, je ne prétends avoir découvert les Védas ; depuis quelques années, commencent à se répandre parmi nous des traductions, — encore bien incomplètes, il est vrai, — de ces écrits surhumains.
A mes frères inconnus, qui se comptent par légions au siècle où nous sommes, je veux donc seulement dire ceci : au fond des doctrines védiques, il y a plus de consolation qu'on ne le pense au premier abord ; et la consolation puisée là, au moins n'est pas destructible par le raisonnement, comme celle des religions révélées.
Ce recueil des Védas, qui est l'œuvre, non pas d'un homme, inais de toute une race ; qui, à côté de choses transcendantes et merveilleuses, contient aussi tant d'obscurités, de contradictions, de naïvetés enfantines ; ce recueil, touffu comme la jungle et insondable comme le gouffre éternel, les Sages de Bénarès, qui l'étudient dans le recueillement jamais troublé, sont peut-être les seuls capables de nous le rendre un peu accessible. Personne avant eux ne m'avait jamais entr'ouvert de tels abîmes, je n'avais entendu de telles paroles nulle part ; sur les mystères de la vie et de la mort, les Sages de Bénarès détiennent les réponses qui satisfont le mieux à l'interrogation ardente de la raison humaine ; et ils font passer devant vous de telles évidences, que Von ne doute plus d'une continuation presque indéfkiie
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de sa propre durée, au delà des destructions terrestres.
Cependant, il ne faut pas s'approcher à la légère de la petite maison blanche, toujours si ouverte et accueillante dans son jardin de rosiers, car elle est avant tout l'asile du renoncement et de la mort ; on ne redevient jamais tout à fait soi-même, lorsqu'une fois on a été touché, si légèrement que ce fût, par la paix qui règne là. Et c'est une épreuve terrible que d'entrevoir, même ■ de bien loin et de bien bas, Brahm l'absolu, qui réside j au fond de Vablme obscur ; le dieu sans rapport conce- j vable avec Vunivers manifesté ; Brahm ressmiiellemeîU i ineffable, Celui qui est au delà de toute pensée, dont rien ^ ne peut être dit, et qui m s'exprime que par le silence.