‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 47 sur 101 · LIV. il. — FAIBL888K M L'^TABUMEmMT ANGLAIS. S · texte numérisé non relu

LIV. il. — FAIBL888K M L'^TABUMEmMT ANGLAIS. S

lutte contre une nature sauvage et indomptée. L'isole^ ment) la solitude ^ les périls sans cesse renaissants ^ lï'o&t rien qui Tétonne ou le trouble. U se saisira du gouvernail et de la boussole du navigateur; il abordera les rivages les plus divers et les plus éloignés. U travers sera en touriste tous les états de l'Europe > leur jetant son or et gardant sonennui^ U s'assoira dans Tlnde en conquérant superbe au berceau de la plus ancienne civilisalion du globe. Le monde lui appartient ; ivais, s'il* peut habiter partout, U ne sait se modifier nulle part. U peut SMCcessivement se mêler à tous les peuples de la terre, sans leur avoir rien emprunté^ sans avoir participé en quoi que ce soit à leur communion sociale. U aura persisté parmi eux dans ses idées, dann ses préjugés, dans ses habitudes. Partout il aura vécu au iQilieu d'une solitude dont Torgueil et les préjugés nationaux interdisent sévèrement Feutrée à tout étranger. C'est Israël dressant sa tente et célébrant la pâque au milieu du désert, snx sein de la captivité, dans sa dispersion parmi les gentils.

La situation des maîtres de l'Inde les met en mesure de se livrer san$ obstacle à ce}Jte antipathie naturelle en eux pour tout ce qui est étranger. A.vs)aL l'aOermissç-f ment de leur domination , au milieu des vicissitudes de leur fortune , ils se trouvèrent à la vérité dans l'obligation de Êiire vfoience sur ce point à leurs tendances naturelles. Des intérêts puissants les contraignirent, au temps de ces grandes luttes, de mettre quelque peu de côté préjugés et habitudes natioiiale^^ La nécessité de s'assurer le concours des populations indigènes les contraignit d'en ménager les mœur$ et les çroyapces. D'un autre côté ce n'était alors qu'un nombre d'Anglais reiativemeat peu considérc^ble qui

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se trouvaient en contact avec les indigènes. Mais aujourd'hui , sous tous ces rapports , les choses ont changé de face. La domination anglaise paraît afTermie sur ses bases récentes. L'Anglais n'a plus le même intérêt à ménager des peuples qu'il croit soumis. Dès lors il est retourné tout naturellement, presqu'à son insu ^ à des préjugés, à des habitudes, à des antipathies qui ont cessé de lui paraître dangereuses. D'ailleurs , cer^ tains individus que nous nommerons d élite peuvent bien se dépouiller, jusqu'à un certain point, des idées et des habitudes nationales, mais cela n'est pas possible à des masses, à des multitudes.

Or, les Anglais sont sans doute bien peu nom-* breux par rapport à la population indigène, ils n'y paraissent pour ainsi dire qu'une goutte d'eau dans l'Océan, sous quelques rapports, ils ne s'y trouvent pas moins en corps de nation. La société anglaise , partout où elle existe, se trouve constituée assez fortement pour se sufSre à elle-même, dès lors aussi elle peut obéir à l'esprit qui lui est propre. Mais qui l'ignore? l'esprit de cette société est éminemment exclusif. L'importance > le bonheur, y ont une mesure; pour chacun c'est le nombre de gens auxquels il a droit de se croire supérieur. Or dans l'Inde les derniers rangs de la société anglaise se trouvèrent supérieurs aux nremiers rangs de la société indoue ; ils les dominèrent de plus haut qu'euxmêmes ne l'étaient par aucune classe de la société nationale. L'occasion d'une revanche éclatante vis-àvis deux cents millions d'hommes devait les tenter. Ils se sont hâtés de la saisir. Tantôt ils s'enferment scrupuleusement dans le sanctuaire infranchissable de rétiquette nationale ; tantôt ils font peser sur l'Indou , quel qu'il soit, à quelque rang qu'il appartienne,

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dans'la hiérarchie de sa propre nationalité, tout le poids d'un otgueil impitoyable.

Sir John Shore, magistrat grave, écrivain consciencieux, nous raconte comme il suit la manière d'être des jeunes Anglais et leurs opinions sur ce point: «Ce n'est pas chose rare d'entendre dans la société des jeunes gens qui comptent à peine une ou deux années de séjour dans l'Inde, qui sont demeurés complètement étrangers aux mœurs et aux usages des indigènes, qui ne savent rien de leur langue , à cela près de quelques mots d'un jargon anglo-indostani qui leur est propre ^ s'écrier qu'ils détestent les indigènes, avancer qu'ils né possèdent aucune bonne qualité, qu'en revanche ils ont tous les défauts; qu'on ne saurait attendre autre chose d'une race abâtardie, dégradée, etc.; et beaucoup d'autres propos du même genre. Que de fois n'en ai-je pas entendu s'écrier qu'ils ne comprennent pas de plus grand plaisir que de battre, que de rosser ces drôles noirs (1) ! De semblables discours tenus en- Angleterre au sujet des habitants d'un pays quelconque, surtout par des jeunes gens absolument ignorants de la langue et des usages dont ils s'aviseraient de parler de la sorte, n'auraient d'autre résultat que de valoir à ceux-ci la réputation d'étourdis, d'écervelés, ou pis encore. Mais il n'en est pas ainsi dans l'Inde : tout homme qui s'exprime dé la sorte sur les indigènes n'a que trop souvent de son côté une bonne partie de ses auditeurs qui se hâtent de renchérir sur ce qu'il vient de dire. Mais que le contraire ait lieu, qu'un homme qui les a étudiés et fréquentés se montre convaincu

li)Slaek fhthWt expresélon doot se serfent souvent les Anglais en parlant des indigènes , et emportant en elle-même une idée de mépris fort marquée.

SiO L'rabB 8008 LA. MimCATIOB A1I0LAI8B.

qu*entrelui et eux la différence n-estpas teUemeirt;iin« mense à son avantage, qu'il s'aventure à parlei^ dans ce sens, il se verra presque inévitablement iionni par la majorité de ses compatriotes. Tel fut le cas de sir John Malcolm (l).... L'expression le plus en usage, en même temps que toujours prise en mauvaise part, à l'occ^ sipn de quelque employé civil ou nûlitaire, n'est -ca pas : « Oh ! il est entiché, il est foa des indigènes I »

C'est donc un parti pris de la part des Anglais de les traiter en hommes de race inférieure, ce qui se montre effectivement à tout propos , dans les moin^ dres paroles ou actions. Peu d'Anglais daignent rendre son salut à un indigène; à grand'peine prennent -ite sqr eux.de leur parler qudque peu civilement. Les plus légères fautes d'un serviteur du pays lui attirent sinon: des coqps, ce qui n'arrive pourtant que trop fréquemment, du moins les plus grossières injures. Le langage; de Billigstah est celui dont le maître se sert ordinaiFOr ment avec les sommeliers, valets de pied, fort souvent sans qu'il y ait autrement de leur &ute que de ne pas comprendre un inintelligible jargon. Souvent cipcore par la même raison , mais sous prétexte d'insolence , les serviteurs sont mis à la porte^ leurs gages non. payés. Ce prétexte d'insolence est en général l'allégation mise en avant par tout Anglais q^ui perd son sangfroid et maltraite ses gens sans motif (2). «

H Un indigène de rang distingué s'avise-t<-ij[de rendre visite à un Anglais et se fait-il annoncer, la réponse est, souvent: «Au diable ce drôle noir ( black fellow ) i »— .

(l) La sympathie montrée par air John Makolm aux lodigèoei ini fli beaucoup d'ennemis.

{2)Shore,t. I,p.lO-ll.

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