LIV. II. -^ FAI9LB89B D« L'ETABLISSEMENT ANGLAIS
Puis, §n jargot) à pooitié indostani, au domestique: «Qu'qd lui dise que je n'ai pas le temps de le voir. » — Est-il admis cep^dant, il ne reçoit qu'un négligent salut^ et peut-être aucun ; et s'il obtient une chaise , ce qui n'est pas sûr, ce ^era pour entenflre en mauvais indostani deux ou trqismots soigneusement purgés de toutes ces formules de politesse en iisage en Europe et dans l'Inde parmi les hommes des classes supérieures ; on lui dira toom au lieu de nap^ ce qui est la même chose que si un gentleman, s'adressant à un autre, au lieu de ^ir lui disait fellow (camarade). Quelqu'un de la société se prend-il à obsçryer que, puisque ce nouveau visiteur a été admis, encore faudra-t-il lui adresser quelques paroles, la réponse du maître du logis est sour vent:,« Pourquoi ce drôle à Japeau cuivrée s'avise-t-il »de venir ainsi m'assommer? Je ne sais que lui dire : de vquei parler avec «es gens-là t » Or celui dont on parle lde la sorte est peut-être un prince ou un descendant des anâens princes du pays ; peutrêtre au courant de l'histoire d'Angleterre, et, à la honte de bon nombre d'Anglais , plus instruit qu'eux - mêmes de nos lois, de nos institutions anglo-indoues; peut-être «nKn un homme dont un interlocuteur intelligent pourrait tirer des renseignements utiles pour le gouvernement et 4'administration du pays. Mais l'Anglais qui parle de la ^orte est, suivant toute probabilité, un de ces gens (de beaucoup :les plus nombreux) dont {a conversation n'a d'autre objet que les chevaux, les chiens, les manoeuvres dte leur bataillon , les promotions de l'isirmée, pu bien quelque particularité de ^sçn eniploi s'il appartient au service civil (1). »
(l)Shore, t. I,p. 12.
SI 2 L'iNDE flOVS LA DOBONATION ANCiLÀlSK.
Peut-être serait-on tenté de voir dans ce qui précède une peinture de fantaisie ou bien un accident purement local. Mais un autre écrivain également grave et sérieux , après avoir parcouru Tlnde entière , s'accorde de tous points avec sir John Shore. « La société anglaise dans les provinces , c'est Reginald Heber qui parle , est à peu près formée des mêmes éléments qu'à Calcutta. Elle se compose, à chaque station , du juge, du collecteur, du greffier, du chirurgien et du maître de poste. Les stations militaires ne sont absolu-ment que de simples camps , composés de baraques pour les soldats, de cottages un peu plus élégants pour les officiers, avec un hôpital, et parfois une chapelle et un chapelain. Mais ni les employés civils , ni les officiers de l'armée , n'ont pour ainsi dire de rapports avec les indigènes (1). Tout se borne à l'échange de quelques visites de cérémonie entre les officiers et les magistrats d'un certain rang avec les indigènes de distinction et de rang correspondant Les employés civils vivent en grand style , ne se montrent en public qu'avec un grand train , qu'entourés de nombreux domestiques tant à pied qu'à cheval (2), ce qui contribuerait à les séparer de la population indigène. Mais les habitudes anglaises achèvent de maintenir cette séparation. Grâce à elle, ce qui n'était qu'une intervalle, est devenu un abyme. »
Reginald Heber revient plusieurs fois sur ce sujet ; il parle ailleurs de la distance à laquelle les Anglais tiennent les indigènes , delà hauteur, de l'arrogance qu'ils déploient dans leurs moindres rapports avec eux ; il les
(l]Héber,t. m, p. 53 7.
(3} Id,, ihid.