‹ L'indépendance de l'empire du BrésilChapitre 12 sur 12 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

État actuel de l'Empire du Brésil.

L'empire du Brésil compte maintenant plus de deux millions de lieues carrées d'étendue. C'est à ses rapports avec les nations étrangères et limitrophes que tient la question de ses frontières , non encore fixées par une délimitation précise ; la plus naturelle est celle qui le renferme entre les deux grands fleuves de la Plata et de l'Amazone. Il est divisé aujourd'hui en dix-neuf provinces, savoir : Rio-Negro, Para, Maranham , Piauliy, Ceara, Rio-Grande do Norte, Parahiba, Pernambuco, Alagoas, Sergipe, Rallia, Espirito-Santo, Rio-de- Janeiro, San-Paulo, Santa-Gatharina , Rio -Grande do Sul, Minas, Goyaz, Matto-Grosso. Sa population , disséminée en raison de son étendue., n'a été portée qu'à 3,6 1 7,900 âmes , d'après un relevé qui ne comprend que la population de dix-sept provinces, au lieu de dix- neuf. Les derniers recensemens élèvent la population entière du Brésil à plus de 4^000,000 d'âmes. Mais en prenant pour base le premier relevé authentique, elle se divise ainsi qu'il suit: 1,528,400 personnes libres forment une population mixte , composée de 843,ooo blancs , dont il y a

(1.6) au moins un tiers de Portugais européens , et environ 562,000 Brésiliens , plus 4^6,000 mulâtres libres , et 259,4qo Indiens de toute espèce. Si l'on ajoute à ce relevé i59,5oo noirs libres, on aura un total de 1,687,900 personnes libres , jouissant de tous les droits civils et politiques.

La population des noirs esclaves s'élève à 1,7 28,000 et celle des mulâtres esclaves à 202,000; total 1,930,000. Ainsi le Brésil présente â-peu-près 2,000,000 d'esclaves , c'est-â-dire , autant qu'il y a de personnes libres , si l'on s'en rapporte à l'ancien recensement , et abstraction faite de la prodigieuse affluence des émigrés d'Europe attirés par le gouvernement actuel. D'ailleurs qui ne sait que l'esclavage au Brésil est le plus doux de toute l'Amérique. Les lois portugaises garantissent le pécule de l'esclave; c'est tout ce qu'il peut réclamer d'elles. Nul doute qu'un jour l'esclavage ne s'abolisse de lui-même , comme onéreux aux propriétaires , et qu'on ne s'y occupe de l'émancipation des noirs , ou du moins de rendre par degrés leur condition ou leur existence plus utiles; Mais la prudence exige encore qu'on éloigne l'émancipation complète , et qu'on ne considère comme citoyens que les fils de père et mère libres , toujours sous la réserve des exceptions que peut accorder l'empereur aux services éminens. Du reste, la constitution , jurée par l'empereur, a déterminé l'état civil et politique des citoyens du Brésil.

Quant aux: Indiens, on peut les considérer en général comme des alliés du gouvernement pour la paix et pour la guerre, et, par conséquent, sous les ordres du même monarque. En un mot, ce sont des nations séparées vivant dans leurs limites. Il s'agit surtout de les faire passer de leur état d'ignorance, de vice et de barbarie , à l'état d'instruction et de morale. La religion chrétienne seule peut éclairer leur esprit et réformer leurs penchans sauvages. Les missionnaires ont commencé la civilisation, c'est à eux seuls qu'il convient d'en confier l'achèvement j et bientôt les frères Moraves, réclamés par le Brésil, iront, dans ses forets vierges, exercer, à l'égard des indigènes, l'apostolat de l'humanité, de la persuasion et de l'industrie sociale.

Les distinctions de naissance existent au Brésil ; l'aristocratie des richesses y existe aussi comme partout. Les grandes possessions territoriales y sont communes. Peut-être les professions libérales n'y ont-elles pas encore été assez encouragées. La gloire militaire n'y a pas non plus revêtu de son éclat un assez grand nombre de personnes.

Mais aujourd'hui que les Brésiliens vont devenir un peuple navigateur et commerçant ,• aujourd'hui qu'ils sont dans un moment de fermentation active et d'accroissement successif, l'aristocratie va y devenir plus mobile , du moins en partie.

Il est impossible de parler du sol du Brésil, sans dire que l'or et les diamans viennent dans son sein ;

(128) et que toutes les cultures y prospèrent. La coclienille y a été portée et y a réussi , la canne à sucre y a été transplantée de Madère avec un égal suc ces j le coton, Tindigo et le tabac ^ et mille autres productions, s'y présentent partout à la surface de la terre à la main du laboureur. Presque tous les fruits de TEurope sont cultivés à la Serre des Orgues près de Rio-Janeiro. Le chanvre est cultivé avec beaucoup de succès à Rio-Grande^ le lin y vient de même ; on est parvenu à acclimater aux jardins botaniques de Rio-Janeiro et de Pernambuco une grande quantité de plantes exotiques.

Les mines d'or et de diamans ne sont pas l'unique et brillant apanage de cet empire j il en possède de plus réellement utiles dans celles de fer et de cuivre, que son sein renferme en abondance , et que bientôt des mains habiles prendront soin de lui demander pour en doter les arts et le commerce. Le fer de Sarucaba rivalise avec le meilleur fer de Suède.

Tel est d'ailleurs l'état de la grande culture au Brésil, qu'il doit se rapprocher dans son organisation provinciale des monarchies fédératives , dont quelques-unes subsistent encore aujourd'hui. Là , les pouvoirs provinciaux et municipaux doivent avoir une grande extension.

Ce ne sera point incompatible avec la nature de son gouvernement, réglé par le pacte social, adopté et juré, le 25 mars dernier, par l'empereur don Pedro. Tout annonce qu'il se consolidera dans les

( 129 ) formes d'une monarchie héréditaire et représcn-^ tative, en se servant des puissans mobiles de la discussion pubHque et de la liberté de la presse, pour étendre et affermir le pouvoir souverain.

Déjà ses progrès sont bien plus rapides , les con*sommations plus variées depuis qu'il a , dans son sein , un centre de gouvernement y depuis que les affaires , l'ambition et l'habitude, n'attirent plus au-delà des mers une partie de ses plus riches consommateurs.

Avec un gouvernement à lui, le Brésil aura aussi une marine à lui. Mille à douze cents lieues de côtes, la navigation de F Amazone et de Rio de la Plata , les meilleurs ports de l'univers , des havres nombreux et sûrs, une immense navigation intérieure, de superbes pêcheries, une position géographique au point le plus étroit du canal de l'Atlantique et qui permet de faire le tour du monde en treize mois 'y les matériaux les plus inaltérables pour la construction des vaisseaux ( les bois durent cinq fois plus qu'en Europe ) , tels sont les avantages réunis avec lesquels le Brésil ne peut manquer de devenir l'état maritime le plus imposant dé la mer du Sud y il l'est même déjà.

Le monopole seul arrêtait son essor nautique , comme il avait gêné le développement de la marine des Etats-Unis. Le monopole , incompatible avec l'émancipation , est anéanti à jamais.

( '3o ) La marine brésiiieniwî s'accroît tous les jours j fille ne construit point de vaisseaux de ligne ; on croit avec raison que, dans ces mers, les frégates y corvettes et bricks , conviennent mieux, soit pour la croisière , soit pour la navigation. Il suffit de lire les gazettes de Rio- Janeiro pour se faire une ide'e de Tardeur maritime qui anime les liabitans du Brésil, et surtout cette capitale. A cliaque numéro, on trouve le relevé des dons volontaires faits spontanément dans cet objet. On crut d'abord, 4en se fondant sur quelques circonstances semblables , qu'on pourrait compter, l'un portant l'autre, sur une rétribution de cinq francs par personne ,• mais cette supputation restreinte fut bien dépassée, et les dons volontaires pour la marine s'élevèrent à plusieurs millions. On peut dire que la marine brésilienne a fondé , en quelque sorte , l'esprit public de ce pays ; on n'y rêve , on n^ pense que marine. Les matelots anglais, aujourd'hui au service du Brésil, sont un sujet d'émulation et de rivalité qui tourne à l'avantage de la population maritime du pays.

Pendant long-temps encore les communications de la capitale avec les provinces seront plus faciles par mer que par terre j d'autant plus, que sur dix -neuf provinces, quatorze sont baignées par la mer.

Cette situation rend indispensable que la capi-

( i3. ) taie du Brésil soit une ville maritime, à l'instar des capitales du Portugal, de JNaples, d'Angleterre , de Danemarck , de Suède , de Turquie et de Russie, jusqu'à ce que l'ouverture des communications inte'rieures vers les grands confluens, permette d'ëlever la nouvelle Pétersbourg vraisemblablement à Paracatou, entre Minas, Rio-Janeiro et Balîia.

Or , les diffërens ports que présentent ses immenses côtes , ceux entre lesquels pourraient hésiter le clioix provisoire d'une capitale, sont ceux mêmes qui offrent déjà le plus de ressources et d'avantages. Parmi ceux-là, Montevideo, Maranliam, et le Récif, sont trop éloignés du centre de la population. Restent Baliia et Rio-Janeiro. Le voisinage d'une atmosphère tempérée, la magnificence et la sûreté de sa rade, donnent à Rio-Janeiro, sur Balîia , un avantage incontestable.

Il ne faut pas croire que le Brésil soit trop en arrière, sous le rapport de l'industrie, des inventions et découvertes utiles , et de tout ce qui peut le mettre au niveau de la civilisation européenne. La pratique de la vaccine est répandue dans toutes les provinces. Dans tous les ports , aussitôt qu'un bâtiment négrier arrive , le capitaine est tenu de faire vacciner les nègres.

Les machines à vapeur sont aussi en grand nombre dans le Brésil , tant pour les sucreries et le

sciage du bois , que pour les moulins à blé et les bateaux de navigation intérieure. On trouve aussi un grand nombre de moulins à eau.

Les cliarrues et les instrumens aratoires d'Europe sont tous en usage au Brésil j l'art du distillateur y a fait aussi de grands progrès. On y compte déjà plusieurs alambics de distillation continue, ainsi que différentes espèces de fourneaux et cliaudières à la Rumfort; tout ce qu'il y a de plus moderne en ce genre est employé dans les su-^ creries.

Des essais sur la fabrication des vins ont été faits à Rio-Grande, et à l'île d'Itaparica; ils donnent des espérances. A Rio-Grande l'art du tanneur est exercé en grand. A Baliia , la pêche de la baleine est faite aussi en grand. Cette viUe renferme , en outre, une grande verrerie, et une fabrique de cordages et de câbles.

Passons aux institutions morales. Dans toutes les grandes et petites villes, il y a des écoles primaires pour apprendre à lire et à écrire aux enfans. L'en^ seignement mutuel est aussi en usage. Dans toutes les grandes villes , on trouve des maîtres de langues latine et grecque , des professeurs de philosophie morale et ratio nelle, de rhétorique, de géométrie et de chimie.

RiO'-Janeiro renferme un très beau musée , une école du génie et une école de marine impériale ;

( i33 ) on y suit , en outre y des cours de botanique et d(. mine'ralogie. Il y a des bibliothèques publiques à Baliia et à Rio- Janeiro, et des imprimeries dans tout le Brésil. Baliia renferme des écoles de médecine et de chirurgie. A Pernambuco il y a un jardin botanique. Il n'y a de séminaire qu'àBahia^ Rio- Janeiro et Pernambuco. Il est faux que le Brésil fourmille de moines , comme quelques voyageurs superficiels Font avancé. A Minas ^ par exemple , il n'y a pas un seul moine. On peut dire, en général, que les moines n'existent au Brésil qu'à Baliia, Rio-Janeiro et Pernambuco, Il n'y a de riches que ceux de S t. -Benoit et les Carmes. ,

Ce que nous venons de dire des moines s'ap-* plique également aux religieuses. La vie cloîtrée et la manie d'enfermer les femmes sont passées de mode au Brésil.

Il n'en est pas de même des institutions de bienfaisance. Rio-Janeiro, et surtout Baliia , renferment un hospice des orphelins et un hôpital pour les pauvres , qu'on appelle , dans le pays , Caza de Mlsericordia, Il y en a dans toutes les provinces qui reçoivent les malades et les enfans abandonnés. En général, les hospices et les hôpitaux sont très richement dotés. De pareilles institutions honorent plusieurs villes du second ordre.

Passons maintenant aux forces de terre et de

mer et aux revenus. L'armée bre'silienne s'élève à environ 25 à 3o,ooo hommes de troupes de ligne et à plus de 5o,ooo hommes de milice régulière. Ces forces sont ainsi réparties : à Rio-Janeiro 6^000 hommes de troupes de ligne et i5^ooo hommes de milice^ à Bahia, 3,6oo hommes de troupes de ligne et 22,000 hommes de milice; à Rio-Grande, 8,000 hommes de troupes de ligne. Restent environ 10,000 hommes de troupes de ligne et i5,ooo de milice , qui sont répartis dans les autres provinces.

Quant à la marine impériale qui vient d'être pour ainsi dire improvisée, elle présente déjà plus d'une trentaine de bâtimens de guerre.

Examinons maintenant le Brésil sous le point de vue du commerce -, comparons les résultats de la balance des exportations et des importations entre l'Angleterre et le Brésil, et les résultats de la même balance relativement au Portugal. Nous trouvons dans le compte qu'a publié le ministère anglais, sous le titre d^ administration des adirés de la Grande-Bretagne, qyie le commerce du Portugal n'a été depuis l'émancipation du Brésil , pour le terme moyen ^ que de 1,824,000 livres sterling d'exportations, tandis que les exportations pour le Brésil se «ont montées à 2,278,000 livres sterling , un quart de plus que les exportations de la métropole^ et plus de deux fois autant que celles

de tout le continent américain y les États-Unis exceptés.

Le commerce va croissant : de 1 820 à 1 82 1 , les importations se sont élevées de 952,000 livres sterling à 1,294^000^ dans le même espace de temps les exportations se sont montées de r^864,ooo livres sterling à 2,278,000 livres.

Le revenu du Brésil s'est élevé, en 1828, à 66,743,586 fr. La recette pour 1824 a été plus forte encore^ elle s'est élevée à 94,721,960 fr. Il est à remarquer que le Brésil est le seul Etat connu qui n'ait pas une dette publique ; car si son budget présente une dette de 3o,ooo,ooo de creuzades, il présente, en même temps, un crédit de 33,ooo,ooo.

Le Brésil a d'ailleurs un avantage immense, qui peut, ou le dispenser de faire des emprunts, ou lui faciliter les moyens de les rembourser j nous voulons parler de la vaste étendue de ses domaines nationaux, dont il peut disposer, sans dépouiller ni le clergé ni les ordres religieux.

En terres incultes seulement , le Brésil possède de quoi nourrir vingt fois plus d'habitans qu'il n'en contient aujourd'hui^ c'est-à-dire, qu'il pourra ren-» fermer et nourrir un jour cent millions d'habitans.

Toutes ces terres n'attendent que des colons j et jusqu'à ce que la totalité soit aliénée , le prix des concessions sera un revenu annuel pour l'Etat. Lorsqu'elles seront concédées en entier, les finaû-«

( i3G ) ces n'auront plus besoin de ressources extraordinaires.

Nous terminerons ce chapitre par deux tableaux touchant les revenus et les recettes du Brésil : Tun présente les revenus, les dettes actives et passives, distribues par chaque province^ l'autre tableau présente l'augmentation progressive du revenu public au Brésil, à compter de 1808 jusqu'en 1820.

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