‹ L'indépendance de l'empire du BrésilChapitre 11 sur 12 · EXAMEN DE CETTE DERNIÈRE QUESTION · texte numérisé non relu

EXAMEN DE CETTE DERNIÈRE QUESTION

Est -il possible de rétablir le Brésil sous la dépendance du Portugal?

Quiconque voudrait soutenir raffirmative, objecterait sans cloute que le Bre'sil a déjà ëtë conquis par les Portugais j qu'il Ta été à partir de i525, époque où se firent les premiers établissemens sur la côte, jusqu'au milieu du siècle dernier où furent peuplées les provinces les plus centrales de Goyaz et de Matto-Grosso.

Mais nous demanderons quels étaient les ennemis que les Portugais eurent alors à combattre ? N'étaient-ce pas des sauvages mal armés , peu nombreux ? Et pourtant leur résistance a été telle, qu'on n'a pu en soumettre qu'un petit nombre , et encore ont -ils été plutôt convertis que vaincus. Nulle part les Européens ne sont restés maîtres du territoire qu'en s'y établissant a demeure, et en expulsant les indigènes.

La population du Portugal, qui a pu fournir a^sez de soldats pour soumettre les Tupinambas,

( '08) les Guaranis, les Ouctacazes, les Tupas, serait-elle aujourd'hui en état de recruter une armée assez considérable pour reconquérir le même territoire , couvert maintenant de villes et de forteresses , et occupé par une population de plus de 4jOOO,ooo d'âmes, cinq fois plus nombreuse que celle des indigènes?

Ne sait-on pas, d'ailleurs, que le Portugal, au moment de la colonisation du Brésil , était dans un mouvement d'effervescence et d'expansion tel que les émigrans et les aventuriers se présentaient en foule?

A quoi se réduit aujourd'hui l'ascendant dii Portugal sur le Brésil? On a vu que les armemens partis dans ces derniers temps de Lisbonne, n'ont jamais pu y transporter que de faibles corps qu'on pourrait comparer à ceux qu'envoyèrent jadis les concessionnaires pour dompter les sauvages.

Mais, dira-t-on, les liabitans du nouvel empire sont divisés d'opinions : il y a un parti révolutionnaire républicain , et un parti monarchique. Gela est possible,* mais le parti tout-à-fait révolutionnaire est en minorité. D'ailleurs, entre les deux opinions, il n'existe aucune dissidence sur le point essentiel de l'indépendance nationale. Or, la défense est de nécessité commune , et les divisions intestines ne feraient qu'en augmenter l'intensité au moment du péril.

Si les Etats-Unis ont eu leur "Wasington; si le

( i«>9 ) Brésil a déjà eu son Yieira qui, après avoir expulsé les Hollandais, rangea sous le sceptre de la maison de Bragance cette magnifique possession, le Brésil, aujourd'hui appelé à Témancipation par la voix de la Providence, se confie avec orgueil à Fillustre rejeton de sa race royale pour consolider les bienfaits de sa régénération.

Le Brésil a d'ailleurs sous les yeux l'exemple que lui a légué le Portugal lui-même. N'ayant pas plus d'un quart de la population de l'Espagne qui l'environne de tous côtés, le Portugal a su constamment lui résister, et récemment trois invasions françaises n'ont pu détruire cette même indépendance qu'il avait conservée jusqu'alors.

Ici tout est à l'avantage du Brésil, qui a des ressources immenses et une défensive formidable. Est-ce d'ailleurs avec un revenu de 60,000,000 de francs que le Portugal pourvoirait à un armement extraordinaire ? Cet armement, sorti du port de Lisbonne , irait se briser contre les plages et les rochers du Brésil.

Le Portugal n'oubliera pas sans doute que^ lors de sa dernière expédition ^orte seulement de douze cents hommes, on fut obligé de vider les caisses publiques , et qu'un député aux cortès se plaignant de cette mesure, déclara que si l'on touchait aux fonds destinés aux employés, le gouvernement tomberait. Jamais prophétie ne se vérifia plus promptement.

Il faudrait une dépense triple du reyenu entier du Portugal pour former un armement de quarante mille hommes , le seul qui pût faire quelque impression sur le Brésil; et encore quarante mille hommes suffiraient-ils pour occuper militairement, c'est-à-dire pour tenir sous le joug un pays aussi vaste que l'Espagne, le Portugal et T Allemagne ensemble ? Si sa population est éparpille'e , elle n'en existe pas moins partout, et cetëparpillement même rend l'occupation plus difficile. Nulle part les subsistances ne sont assez abondantes pour approvisionner une force qui serait hors des proportions de la population locale. D'ailleurs, le Brésil ne se contenterait pas d'une résistance inerte et passive. Il a déjà une force organisée qui peut balancer toutes les forces du Portugal avec d'autant plus d'avantage, qu'il choisirait à volonté tel ou tel système de guerre, et la défensive qui lui serait la plus profitable.

En outre, je Brésilien est essentiellement militaire. Qu'on ouvre les pages de son histoire, on verra qu'il a été exposé aux attaques de divers peuples de l'Europe, Espagnols, Fiançais, Anglais , Hollandais, qui n'ont jamais pu s'y établir. Plus tard, il a été déchiré par des dissensions civiles. Forcé de défendre ses frontières contre ses voisins , son esprit belliqueuxne s'est jamais démenti, et les générations qui s'y sont succédé depuis la conquête , ont toujours montré l'ardeur et l'habitude des combats.

Si le Brésil a peu de troupes de ligne, il a des troupes légères excellentes et nombreuses , surtout en cavalerie. Une armée étrangère qui s'avancerait dans l'intérieur , serait bientôt entourée d'une nuée de ces centaures-chasseurs qui terrassent le taureau sauvage et osent attendre le tigre.

Il existe aussi au Brésil une race d'hommes dont le service est inappréciable pour l'infanterie dans un pareil climat , ce sont les hommes de couleur libres, mélange de trois races^ et qui réunissent à la vigueur de l'Africain l'agilité de l'indigène et la dextérité du blanc.

Les preuves militaires des Brésiliens sont faites : on les trouve consignées honorablement dans leur histoire; ils ont constamment, et sans secours européen, défendu leurs frontières méridionales. Dans les provinces du Nord, on a vu le magnanime Vieira ostensiblement désavoué par sa cour, et réellement abandonné par elle, se constituer le défenseur du Brésil; rassembler ses amis; déclarer la guerre aux Hollandais, les combattre, les poursuivre au prix de tous les sacrifices, et, finissant par les vaincre, rendre à l'unité brésilienne des provinces qui, depuis soixante ans, étaient aux mains des Bataves dans des places fortifiées et protégées par une marine alors la première du globe.

Aujourd'hui, comme au temps de Vieira , le Brésil possède un défenseur dont les droits sont incontestables et d'une nature bien plus élevée. Ses éié-

( 112 ) mens actuels de puissance sont aussi bien autrement redoutables qu'ils n'étaient à l'époque de l'occupation hollandaise. L'auguste défenseur du Brésil, investi d'un titre imposant et vénéré ;, saura maintenir l'intégrité de son empire.

Quelques publicistes ont conclu de ce que la population libre du Brésil est plus faible que celle du Portugal^ qu'il serait possible à celui-là de le soumettre^ mais est-il besoin d'être dans une parfaite égalité numérique pour résister à une puissance dont les armemens ne peuvent se faire qu'à 2^000 lieues de distance , qui d'ailleurs ne peut attaquer qu'avec une armée, tandis que le Brésil, envahi, peut se défendre avec sa population? Qui ne sait que la population noire, peu redoutable au Brésil pour les blancs , ajoute réellement à la force militaire du pays ?

Ainsi donc le Portugal ne peut raisonnablement espérer de soumettre le Brésil par le seul emploi de ses propres forces.

Peut-il compter sur des auxiliaires ? La position du Brésil indique assez que la puissance européenne qui entrerait avec lui en guerre , ne pourrait trouver d'alliés utiles que parmi ses voisins, sur le continent méridional, ou bien parmi les puissances maritimes.

Le seul état qui soit à portée géographiquementdefairela guerre au Brésil, c'est Buenos- Ajres; mais Buenos- Ayres qui roule de révolution en révo-

(ii3) liition, est épuisé j il ne saurait, dans son instabilité 5 mettre six mille hommes en campagne.

D'ailleurs qui ne sait que les gouvernemens actuels d'Amérique, quoique différant dans leur système politique, sont tous d'accord pour combattre l'intervention européenne ?

Si nous passons aux puissances maritimes, nous trouvons que les Etats-Unis ont déjà reconnu l'empire brésilien ; que l'Angleterre a posé en principe qu'elle reconnaissait l'émancipation de toutes possessions coloniales dont l'indépendance serait fermement établie et qui reposerait sur un système de gouvernement régulier. Or , ces principes tendent directement à la reconnaissance du gouvernement du Brésil; cartons les actes du roi de Portugal luimême attestent que son intention a été non-seulement de reconnaître, mais d'établir son indépendance.

La France ,, qui est maintenant la seconde puissance maritime de l'Europe , pourrait donc seule prêter quelques secours aux Portu^giis j mais telle est sa conduite politique à l'égarc^au Brésil, que cet empire doit plutôt considérer les Français comme auxiliaires que comme ennemis.

On peut donc regarder comme impossible la soumission du Brésil par la voie des armes ; reste à considérer si on pourrait l'obtenir par la voie des négociations et par les ressorts delà politique. C'est ce dernier parti que vient de prendre le Portugal. Mais

négocier avec ^le Brésil , n'est-ce pas déjà reconnaître son indépendance ? D'un autre côté, lorsqu'on veut , par des négociations , obtenir des concessions , ne faut-il pas avoir aussi des concessions à proposer ou à faire ? Or, quelle concession le Portugal pourrait-il accorder au Brésil pour l'engager à renoncer à son émancipation ?

Seraient-ce des préférences de commerce ? Mais elles seraient frappées de nullité par l'acte même qui les concéderait , puisqu'elles ne sauraient être considérées alors que comme des dispositions de régime intérieur. Dans cette liypotlièse, le système de législation ne pouvant émaner que des Européens , où les Brésiliens trouveraient-ils leur garantie ?

D'ailleurs le commerce entre le Brésil et le Portugal n'est pas si avantageux au premier, qu'il soit obligé de faire de si grands sacrifices pour le conserver et le maintenir. Les produits du sol brésilien sont tels qu'ils n'ont pas besoin de la funeste ressource du monopole pour être débités , et les consommations de ses habitans ne sont pas tellement exclusives que le Brésil , pour s'approvisionner, soit obligé d'accorder des privilèges.

Le seul avantage que pourrait présenter le Portugal en échange de la soumission du Brésil, serait la paix ; mais pense-t-on qu'un peuple qui fait la guerre pour son indépendance, qui n'a point éprouvé de revers, et dont la guerre ne gène nullement le commerce ; qui n'entend le tumulte des armes

(ii5) que sur quelques points d'un empire immense,* qui, malgré la guerre , voit sa prospérité' s'accroître^ ses ressources se développer ; pense-t-on que ce peuple renonce facilement à ses prétentions les plus emacinées , à sa liberté , à son indépendance , dont il éprouve tous les avantages, et enfin à une existence politique dont il jouit depuis quinze ans ? Est-il si pressé de terminer une guerre dont il n'éprouve aucun dommage, qui doit s'éteindre d'elle-même, qui déjà est un mobile de ralliement et de confraternité entre les différens partis de ce vaste empire? Ne lui est-il pas déjà redevable de sa marine? Peut-être le gouvernement portugais se flatte-t-il de trouver dans les hommes qui dirigent l'administration du Brésil , une certaine disposition à composer avec l'indépendance de leur pays , sous l'appât de compensations apparentes -, peut-être espère-t-il trouver l'empereur don Pedro disposé à rétrocéder à son auguste père la couronne du Brésil? Dans le premier cas, la disgrâce et l'animadversion seraient le partage de tous ceux qui auraient stipulé au mépris des intérêts brésiliens. Dans la seconde supposition qu'arriverait-il? Que le prince possesseur de la couronne impériale, qui la rétrocéderait par un sentiment dont la noblesse de son âme lui déguiserait le danger , ferait un acte d'abnégation inutile ; que les conseillers qui l'y auraient porté se verraient peut-être injustement accusés de trahison ; que la maison de Bragance perdrait une couronne , et

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que le Brésil, dont la tranquillité serait compromise, déléguerait le pouvoir à un aventurier ou s'érigerait en république.

Ainsi tant d'efforts, tant de sacrifices en faveur de la légitimité seraient perdus dans l'autre hémisphère, et on le verrait se liguer tout entier contre les gouvernemens européens qui tenteraient de recouvrer une influence à jamais perdue.

C'est ainsi que , de faute en faute , les révolutions i 'alimentent et se perpétuent j que ceux même qui s'y opposent y concourent plus qu'ils ne pensent par leur politique ou leur résistance inopportune.

Serait-ce après quinze ans d'indépendance parfaite j quand tous les Brésiliens de 25 à 4o ans ont formé leurs idées et leurs habitudes sur le nouveau régime; quand une jeunesse impatiente de tout frein vexatoire a été imbue des mêmes sentimens et a déjà fait ses preuves, ses premières armes; est-ce alors qu'on voudrait faire descendre à un état de soumission, d'oppression et presque de servitude, la moitié de sa génération actuelle ? C'est au-dessus de la puissance humaine.

L'opposition du Brésil, ou plutôt sa volonté, est unanime sur la question de l'indépendance; on ne pourrait donc compter que sur des dissensions intestines pour le faire rentrer sous la domination du Portugal. Mais n'avons-nous pas déjà établi que s'il existe des principes de désunion, ce n'est point sur la question fondamentale, mais sur la forme du

(117) gouvernement j et encore la promulgation de la Charte brésilienne et le serment prêté par don Pedro ont-ils fixé les idées et rallié tous les esprits. Au surplus , si les ennemis de l'état actuel des choses , si les anarchistes du Brésil venaient à triompher de rétablissement monarchique^ ce ne serait pas Lisbonne qui en recueillerait le fruit.

Les seuls intérêts qui- puissent désunir les Brésiliens sont des intérêts de localité. Bahia peut désirer la suprématie sur Rio-Janeiro et fonder ses prétentions sur son ancienne origine, son archevéclié, son droit d'aînesse comme capitale. D'autres villes peuvent se fonder sur leur position plus ou moins centrale, sur la salubrité de leur climat; aucune ne s'élèvera ni ne s'armera pour faire prévaloir les prétentions d'aucun peuple d'Europe.

Mais, dira-t-on^ le parti qui dominait dans les cortès et qui opprimait les Brésiliens ayant été renversé, il doit en résulter un rapprochement entre ceux qui ont vaincu le même système , les uns en Amérique, les autres en Europe. Sans doute le gouverneiÈient restauré du Partugal a hautement désapprouvé les actes des cortès de Lisbonne , notamment en ce qui regarde le Brésil dont il lui impute la séparation ; mais il y a loin de cette désapprobation au sentiment équitable àe la reconnaissance du Brésil. Quelle que soit l'opinion politique d'un Portugais^ relativement au régime intérieur

( "8) de son pays, son opinion demeure toujours la même en ce qui conceriie les colonies : elles doivent res^ ter soumises.

On a cru long-temps qu'il serait difficile qu^une autre politique pût émaner des conseillers de Jean YI, comme des meneurs des cortès^ qui n'étaient que des empiriques en fait de liberté.

Citons l'exemple des cortès de Madrid ; certes on ne leur reprochera point de n'avoir pas été assez loin ni assez vite dans la carrière libérale. Eliî bien, quelles mesures prirent-elles à l'égard de l'Amérique espagnole? Les mêmes qu'aurait adoptées un Godoy ou tel autre ministre despote ou servile.

On a vu les cortès de Lisbonne reconnaître en principe l'indépendance du Brésil et son unité, puisqu'elles lui concédaient le droit d'accorder ou de refuser son adhésion au 'pacte social. Eli! bien, on a vu ces mêmes cortès, nonobstant leurs actes et leurs paroles, s'empresser de revepir au système de soumettre, d'opprimer le Brésil, et brûler d'impatience d'y envoyer dix à douze mille hommes pour contenir, disaient leurs imprudens orateurs, vingt ou trente factieux qui comprimaient le vœu de quatre a cinq millions de citoyens. Quelle pitié! quel aveuglement ! et voilà comment s'est opérée la séparation ! Maintenant que faire ? la réconciliation entre le père et le fils fera plus d'impression sur le Brésil que tous les ressorts de la politique et tous les armemens de l'Europe.

Le roi Jean VI sait à n'en pas douter que pour lui, reconnaître Fempire, c'est sauver le principe de la légitimité, qui à l'égard du Brésil embarrasse la diplomatie des puissances étrangères. C'est donc un acte de son devoir royal j car aussitôt la reconnaissance faite, elle deviendra européenne. Le roi connaît d'ailleurs toutes les raisons , tous les motifs qui ont porté le Brésil à l'indépendance^ il sait que le Brésil ne pouvait agir autrement, qu'il ne saurait rétrograder que par une route trempée du sang de ses frères et en pure perte pour la royauté et pour la famille de Bragance,* car, il faut le dire, le sort en est jeté.

Or si Jean YI ne reconnaissait pas l'empire,, c'est qu'il agirait contre sa conscience j c'est que des suggestions, des intrigues, des malveillances étrangères prévaudraient en étouffant dans son cœur paternel la voix intérieure de la vérité et de la raison.

Que Ton ne vienne pas récriminer contre les Brésiliens! qu'on ne les force pas d'abandonner les voies de la sagesse qui les ont guidés jusqu'à présenti Tous les liens seraient à jamais rompus s'ils s'apercevaient que c'est la duplicité qu'on emploie quand on les appelle des frères. Pourrait-on alors se plaindre s'ils s'armaient de mesures violentes qu'enfantent l'injustice et la fraude ?

Déjà il n'est bruit que de la continuation de Farmement de Lisbonne, bruit répandu peut-être à

( i^o ) dessein. On ajoute même que le roi^ dans une assemblée des principaux nëgocians portugais , a dit qu'une grande expédition allait remettre le Brésil dans Tordre; et ces paroles, selon les mêmes bruits, auraient été dites au moment même où le comte de Villa-Réal, en qualité de plénipotentiaire portugais, entame des négociations à Londres avec les plénipotentiaires brésiliens ! Ceci suffirait seul pour rendre délians les moins soupçonneux et pour corroborer l'opinion des révolutionnaires du Brésil. A les entendre , le Portugal n'a suspendu les hostilités que pour rouvrir à ses denrées, qui encombrent ses magasins , les routes du Brésil, et pour donner plus dé temps aux succès de l'intrigue.

Vous ne voulez qu'aucune médiation étrangère intervienne; vous voulez que TafFaire soit purement de famille. Vous avez raison; mais laissez là les biais , les tergiversations. Dans un débat de famille , les ruses diplomatiques sont déplacées.

Les nouvelles de Rio- Janeiro portent que le concours de l'escadre française stationnée dans la rade, a été offert à don Pedro contre toute tentative révolutionnaire, sans pourtant que la France, par cette proposition, ait eu l'intention de prendre un parti dans le différend élevé entre le père et le fils. Cette démarche du ministère français s'explique par fallure trop révolutionnaire de l'assemblée brésilienne^ qui portait atteinte à la royauté. Mais cette assemblée a été dissoute, et don Pedro n'ayant aucun besoin

de secours étrangers pour re'tablir Tordre dans son empire, n'a pas cru devoir, pour le moment, accep ter l'offre qui lui a été' faite au nom de S. M. T. C. ( [)

(i) Le document remarquable que nous recevons ^ l'instant même de Bahia , et que nous nous empressons de communiquer en note à nos lecteurs , atteste d'une manière plus irréfragable encore les sentimens de bienveillance qui animent le gouvernement royal de France à l'égard du Brésil.

Lettre adressée te 12 mars 1824, ^yar ie consulat dû France à Bahia , à S. Exe. M. Francisco Vicenta Viaimçbf 'président du gouvernement d& ia 'province de Bahia.

« Monsieur le Président ,

» Les peuples du Brésil sont doués d'une intelligence et d'une activité d'imagination remarquables; mais ces qualités si précieuses en elles-mêmes ont besoin du se* cours d'une bonne éducation pour favoriser leur direction et leur développement. Les circonstances politiques actuelles et le défaut d'établissemens nationaux complets d'éducation forcent les jeunes Brésiliens à chercher, parmi les nations européennes , l'instruction que des siècles d'études y ont accumulée ; et , en attendant que le gouvernement du Brésil ait pu prendre, sur l'instruction publique, des mesures dignes de son peuple et de lui, les Universités d'Angleterre, d'Italie et de France voient les fils du Brésil grossir les rangs de leurs élèves, et rivaliser, avec ces derniers, d'ardeur pour les sciences, dont ils sont, par suite , appelés à propager les progrès à leur re-

Qu'on ne dise pas que l'empereur n'a pas accepté, par la raison que tout le Brésil était prêt alors à jurer le pacte d'union qu'il venait de lui donner dans sa sagesse ! Non , Pernambuco était encore en dissidence ', et si les sentimens d'un ambitieux , d'un despote eussent animé don Pedro, il n'eût pas man-

tour dans leur belle patrie. Parmi ces derniers , plusieurs se sont , depuis quelques années , dirigés vers la France. Le gouvernement du roi , secondant les intentions vraiment libérales de S. M. , a vu avec beaucoup de satisfaction cette tendance des pères brésiliens à envoyer leurs enfans puiser Tinslruction dans les diverses Académies des provinces de France , dont plusieurs , telles que la Provence et le Languedoc, joignent, à des établissemens d'instruction estimés , l'avantage d'un climat plus rapproché de la température du Brésil.

» C'est donc avec une vive satisfaction que j'ai l'hon- Deur d'annoncer à V. Exe. , qu'afin de faciliter aux jeunes Brésiliens qui se destinent à faire leurs études en France, les moyens de s'y rendre avec économie et sécurité , les commandans des bâtimens de S. M. T. C. qui passent sur cette rade pour se rendre directement en France, sont autorisés à les recevoir à bord. J'ose me flatter que V. Exe. trouvera dans cette communication une nouvelle preuve lies véritables sentimens dont le gouvernement de France est animé à l'égard du Brésil.

» J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le Président, de V. Exe, le très humble et très obéissant serviteur ,

» Le consul de France ,

» GuiSEBAlID. »

que ôe se servir, contre Pernambuco, d'un armement européen mis à sa disposition , et qui eût donné à. son pouvoir une plus grande latitude.

Mais don Pedro a voulu fournir une preuve nouvelle qu'il est à-la-fois le souverain et le père de son peuple, et qu'il préfère, à la force et à la violence, les moyens doux qui tendent à éclairer et à ramener l'opinion , pour la mieux concentrer dans un pouvoir légitime.

L'empereur ne vient-il pas de s'expliquer de la manière la plus solennelle ? Par le plus noble élan, portant la main à son épée en présence de la population de Rio-Janeiro , il s'est écrié avec l'accent d'une âme loyale et forte : « Vive la constitution » brésilienne et notre indépendance à jamais ! »

Cette même constitution, devenue le pacte d'union du Brésil, a été jurée à Babia le 3 mai, ce qui annonce qu'elle sera jurée aussi dans tout le nord du Brésil, car le poids de Babia est immense.

D'un autre côté, par convention faite entre le lieutenant -général de Laguna, commandant des troupes brésiliennes devant Montevideo , et don Alvaro, commandant des troupes portugaises , occupant cette place, elle a été définitivement remise aux troupes impériales, ce qui délivre tout le Brésil et tout son littoral de la présence de l'ennemi. Déjà lié au Brésil par fédération, ce nouveau territoire, désigné sous le nom d'état Gisplatin, demande maintenant à être incorporé à l'empire.

Enfin, même les possessions portugaises die la côte d'Afrique, telles que Benguella et Angola, se sont de'clare'es pour le Bre'sil, et sollicitent aussi la faveur de faire partie inte'grante de l'empire.

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