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WILSON & LAFLEUR, LIMITÉE 19, RUE ST-JACQUES MONTRÉAL

Enregistré conformément à l'acte du Parlement du Canada, en l’année

mil neuf cent treize, par WILSON & LAFLEUR, LIMITÉE, au bureau du Ministre de l'Agriculture à Ottawa.

Une troisième édition de ‘‘ L'Ind épendance Economique du Canada-français ” est duvenue nécessaire; la première et la deuxième sont épuisées et la demande ne se ralentit pas appréciablement.

Dès sa première publication dans la ‘ Revue Canadienne ”, cet ouvrage a créé un mouvement dans l'opinion, on l’a étudié dans les collèges, on l'a discuté éans les journaux et même au sein de l’Assemblée législative à propos de l'établissement des écoles forestières et techniques, surtout de l’école des hautes études commrreiales et industrielles. L'auteur ne s’est jamais fait i lusior. quant à la pauvreté de son outillag : scientifique, mais il croyait réellement, en écrivant, faire œuvre utile et même nécessaire; il constate aujourd’hui avec satisfaction qu'on a compris sa pensée et qu’elle n’est pas restée sans éch,.

Cette réimpression a été soigneusenent remaniée en certains endroits, particulièrement en ce qui regarde le crédit industriel. Le travail de M. Desjardins, auquel il a été appelé à participer, permet à l’auteur d’en parler à la lumière d’une expérience personnelle, limitée mais précieuse. Cependant, le volume ne contient pas de modifications essentielles. M:tgré les progrès appréciables accom; ‘is depuis six ans, la thèse demeure encore entière. Certains écrits subséquents de l’auteur ont pu faire croire qu’il avait quelque peu mo:'ifié ses opinions au sujet de

l'importance du développement industriel par rapport à celui du progrès agricole. Mais en le relisant, on conviendra qu'il a toujours voulu les voir marcher de front, les tenant pour inséparablement unis, dans la province de Québec. Au point de vue du développement social des Canadiens de langue française, ces manufactures variées dont on parle constamment—mais qui ne vivent en somme que par la grâce des tarifs douaniers, qui ne sauraient se répandre très largement au dehors par suite des droits qu'imposent les autres pays, —lui paraissent, il est vrai, de moindre importance que les industries forestières dont nous pouvons avoir ici, en quelque sorte, le monopole. Les premières ne sont pas négligeables, mais il serait dangereux d'en faire l'unique base de notre développement économique. En parlant de l'Allemagne, M. Victor Cambon nous dit que ‘‘les cuirassés et les canons n'ont pas d'autre but que de contraindre, le moment venu, par la seule menace, les autres nations à recevoir, sans droits prohibitifs, ces montagnes de marchandises ” (1) que les Allemands fabriquent chaque année.

Ajoutors, avec M. Henri Gaston, que ce grand pays est sur le point de manquer de fer et qu’il lui sera bien difficile de s’en procurer. (2) La forêt canadienne, au contraire, ne s'épuisera jamais si on la cultive en l'exploitant; ses produits même achevés ne seront jamais grevés de droits prohibitifs à l'étranger; on en a trop besoin. Tous les

(1) “La France au Travail," Paris, 1911.

(2) “ L'Allemagne aux abois,” Brochure, Paris, 1912.

marchés importants resteront ouverts, pour peu que nous ayons soin de bien organiser les transports, de les organiser nous-mêmes et de Préparer partout les voies au mo: de nos propres agents, Tout cela est possible: ce livr ess 1ye

nne n'a contredit Ia démons. tion qu'il contient. Chose très ‘mportante au point de vue du dér »‘oppement de la race, les fabriques forestières ne S'étabairont que rarement dans les grands centres de Population, le travail ne deviendra jamais aussi pénible et dangereux que les travaux d'extraction ou même de tissage et nos compatriotes, préparés inconsciemment et de longue main par l’#. ivisme à ce genre dc fabrication, se Superposeront faci! ent aux populations étrangères qui nouUsarrivent. Maîtres et Contremaîtres canadiens-français exerceront sur la masse des ouvriers ainsi recrutés une influence assimilatrice qu'il sera! -Mmpossible d'exercer dans d’autres conditions. La chor ?st évidente,

C'est là la politique industrielle dont il est question dans ce volume. 11 faudrait Y ajouter, Pour qu'elle soit complète, une politique de centralisation scolaire, dont il sera question dans un autre volume et qu'il serait peu sage de condamner avant d'en Connaître la nature, Une réforme s’imposerait, même €n supposant que nos éccles primaires donnassent d'aussi bons résultats que celles des autres Provinces, ce que l’auteur n'admetpoint, Il nous faut en effet des résultats non pas aussi bons mais beaucoup meil'eurs. Sans cela, malheureusement, Par suite des circonstances où nous nous trouvons, nous resterons toujours dans une situation d’infériorité.

Voulons-nous que ce sentiment de l’infériorité sociale se propage et qu'il s’étende sur notre peuple comme un drap mortuaire? Quel plus sûr moyen de tarir dans leur source la pensée et l'énergie? La richesse est une bonne servante, mais le joug économique est beaucoup plus pénible à subir que toutes les servitudes antiques. On ne saurait s’y soumettre sans abdiquer toute dignité. Rejetons par le sang et par la civilisation d'un des plus grands peuples de la terre, montrons-nous dignes de nos origines. C’est là le vrai moyen de gagner le respect, l'amitié et le «oncours de nos concitoyens d’autres origines. Ils nous observent et ils nous jugeront, car ils savent que notre sort est entre nos propres mains.

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