L'INDÉPENDANCE ÉCONOMIQUE CR RE
populations d’origine étrangère aux citoyens fondateurs de la république, n’amenant avec elle rien ou très peu de chose des institutions de leurs divers pays, se hâtent d’en oublier la mentalité pour se fondre tant bien que mal dans le grand tout américain. Il est admis que cette classe d'Américains n’est pas la meilleure, surtout dans la première génération; et chez certains groupes l’assimilation finale comporte une décadence. Quel avantage ne constate-t-on pas d'autre part chez les descendants des Hollandais Anglo-Saxons de New-York, lesquels s’enorgueillissent de leur origine batave comme d’un titre de noblesse. Chez eux, ce n’est pas tant la race qui est supérieure, c’est quelque chose de plus:le sentiment de la puissance s'appuyant sur quelque tradition sacrée d’où germe l’aspiration irrésistible des peuples fondateurs.
A tout considérer et en dépit de toutes les prétentions, les races d’origine européenne diffèrent assez peu physiquement les unes des autres. Les types de beauté de la Grèce et de la Rome antique, sont encore les types classiques d'aujourd'hui, depuis Athènes et Rome jusqu’à Stockholm et Edimbourg. Si l’on pouvait prendre des enfants sains dans tous les pays d'Europe pour les élever ensemble * absolument de la même façon, sans qu'ils connussent eux-mêmes leur pays d'origine, à leur majorité, le plus habile ethnographe pourrait très difficilement désigner
l'Anglais, le Français, l’Allemand, l'Italien, le Russe. Ils sembleraient tous appartenir à une même nation, parce qu’ils seraient de formation mentale identique. Cela est tellement vrai que pour déterminer la nationalité
il a reçue et qui est sa Sa manière habituelle d’être et de penser.
Social: ‘aent, la Population anglaise d’Ontario avec laquelle les Canadiens-français ont les plus nombreuses relations, Issue
plutôt que d’acelle s’est adaptée à
en argent.
à titre d’indemnité m.
Plus de seize millions de dollars, millions aujourd’hui.
il leur aCcorda une con Mais non pas en réalité,
Il était nécessaire, dans les circonstances, de faire des Concessions semblables à la Province française laquelle s’en servit aussitôt Comme d’un instrument d'émancipation. On sait que les deux groupes finirent Par suivre, en fait de
visées politiques, des chemins parallèles, et que c’est vraiment de leur lutte pour la plénitude du gouvernement responsable que sortit le système impérial moderne. Cette circonstance fut, dès l'origine, un premier point de rapprochement entre ces éléments si différents. C'est grâce à elle que les institutions publiques sont pratiquement les mêmes dans toutes les provinces de la Confédération. Les mœurs publiques le sont aussi; il est vrai que celles-ci ne sont pas toujours aussi parfaites qu’on pourrait le souhaiter, ce qui contraste parfois péniblement avec la moralité que l’on remarque chez les Canadiens de toutes classes dans leur vie privée et particulièrement chez la population d'Ontario. Nous ne prétendons point que la moralité proprement dite soit moindre dans le groupe français, mais il est incontestable que l’on trouve beaucoup moins de traces dans Ontario de cet état maladif que nous avons signalé chez la population de Québec. Cela provient sans doute, du moins en partie, de ce qu'Ontario se trouve dans de meilleures conditions économiques. Et cet avantage, nous l'avons vu, s'explique en premier lieu par la formation sociale du groupe; ensuite par l’abondante or qui est tombée sur les premiers colons, et qui ermis de fonder de solides établissements; enfin, du capital anglais qui est venu un peu diter la plupart de leurs industries.
pluie d’ leur a p par l'importance plus tard comman à l'aise dès le début, ont su rendre leur nte en faisant de lur richesse le meilleur Ils ont établi un admirable système comme il semble naturel
Les Ontariens, aisance permane usage possible.
d'écoles primaires. Cependant,
-ci était $ouverneur.
Ryerson fut soumis au d'Oxford, ayant fort rare à cette
responsable à la têt e, lequel, contin l’a conduite à la perfect
nous admirons aujourd’hui.
triotes d'Ontario, l'enfance, la vie familiale moins étro Province de Québec. L'individu, Parmi eux, a plus immédiatement Conscience du devoir Pratique.
Citons-en un exemple frappant.
d'utilité Publique, est de $37,395,595 (1901); sa dette municipale représente peu de chose. Ontario n’a pas de
dette provinciale, mais sa dette municipale est de $57,172,712 (1901). Les municipalités de la province n'ont pas craint d’escompter l'avenir dans l'intérêt de leurs besoins locaux et il est probable que ces emprunts seront plus profitables à la chose publique que ceux du gouvernement de Québec, puisque la prospérité des villes et des villages attire le commerce et l’industrie, voire même le chemin de fer non subventionné.
Ainsi, nous le constatons, l’œuvre de l’école aidant aux hérédités préexistantes,a permis à la population de langue anglaise, surtout dans la province d'Ontario, de développer les qualités individualistes qui permettent aux hommes de se suffire à eux-mêmes dansla vieprivée. Ilen résulte un type énergique, débrouillard, actif, rarement en peine pour gagner largement le pain quotidien et ne craignant pas de risquer quelque chose pour acquérir le superflu.
M. John Millar, sous-ministre de l’Instruction publique, disait en 1893: “Le système d'éducation dans Ontario est digne d’un peuple libre. Ses fruits ne sont pas difficiles à découvrir. Dans les campagnes les plus éloignées comme dans les villes, filles et garçons sont assoiffés de savoir: Equiper leurs enfsats pour la bataille de la vie en leur procurant une éducation morale et intellectuelle, voilà l'ambition des parents dans toutes les parties de la province.” Le gouvernement, dit-il ailleurs, s’est efforcé de mettre en pratique ces belles paroles de Milton: ‘‘Une éducation complète et généreuse est celle qui met l’homme en état d'accomplir avec justice, science et magnanimité,
les devoirs publics et Privés, tant 4e la paix que de la guerre.”
finition de Milton, qui, en nous aurons à féliciter nos
Pour tout ce vie privée, il est certain qu Province est très recommandable.
ppose r Comprendre, mais il uelle assez détachée des assez élevée au-dessus de la Pour l’embrasser toute d’un Coup d'œil d'ensemble, Pou: fournir, en un mot, les chefs de la nation. Or il nous sembie que, pour former de tels hommes, un foyer plus intense que les High Schools ou les Collegiate Institutes, excellents dans leur genre, mais qui n’approchent ni du Upper Canada College, quiest un centre à peu Près unique dans La Province sœur, ni des collèges classiques tant décriés de la Province de Québec. Nous pouvons en suivre les effets à ce les intérêts matériels de l'individu deviennent jusqu'à un certain point secondaires, Là, malgré leurs désavantages aux degrés inférieurs, les Canadiens de langue française sont incontestablement aujourd'hui, Comme ils l’ont toujours été, au Premier rang. C’est Sans doute que le régime intellectuel qu’ils ont subi Comporte une sélection
plus rigoureuse, et les entoure de difficultés telles qu'ils doivent succomber ou s'élever très haut. Naturellement, c'est le petit nombre qui s'élève; mais ne dirait-on pas, à étudier l'histoire du monde, que ces sacrifices sont la condition nécessaire de la gestation qui produit l'élite? Parmi les éléments qui composent nos chambres législatives, un des plus admirables, sans doute, est celui qui comprend les négociants, les industriels et les hommes de métier, lesquels, après s'être fait une carrière honorable et prospère, viennent consacrer leurs lumières et leur expérience au service de leur pays, ‘‘otium cum dignitate”. Dans la masse de la représentation populaire, c'est peutêtre l'élément le plus sain. Mais nous savons tous que ce n'est pas de là que surgissent les vrais dirigeants. Ceux-ci se recrutent parmi des hommes qui souvent ne semblent pas très pratiques, mais qui planent dans les hautes régions de la pensée. Ils peuvent nous apparaître de prime abord peu armés pour le ‘‘struggle for life”. Quelquefois on sera tenté de dire, on dit même bien souvent, avant qu'ils aient fait leurs preuves: ce sont des rêveurs, des inutiles, ils ne savent rien de la vie pratique. Ces jugements sont parfois téméraires. ‘‘En général, dit Ruskin, l’œuvre bonne et utile, qu’elle soit de la main ou de la tête, est peu ou point payée. Je ne dis pas que cela devrait être, je dis qu’il en est toujours ainsi. Règle générale on paye qui nous amuse où qui nous trompe, et non pas qui nous sert. Cinq mille livres l’an au hâbleur, vingt sous par jour au soldat, au laboureur, au penseur, c’est la règle. Les meilleures œuvres d'art, de littérature,
de science, ne sont jamais payées, Combien pensez-vous que Homère obtint de son ‘‘Iliade
‘“Paradis” ? On ne leur en
la maison d'autrui.
Admirons ces grandes universités où, Comme à McGill et à Toronto, l'on enseigne avec tant de soin et de succès les sciences appliquées à l’industrie, mais ne méprisons pas ces institutions plus humbles où parfois la pensée prend un essor plus puissant et plus original.
Nous adressant à la population Canadienne-française, ont un des grands besoin
entraîne de fâcheuses Conséquences sociales et politiques. Il est douteux que les notions superficielles, acquises dans des écoles inférieures, vaillent la vielle Sagesse traditionnelle des populations peu lettrées. Une foule sachant lire et écrire peut à la rigueur être plus ignorante qu’une foule illettrée qui s’inspire de la saine raison. Celle-ci connaît son ignorance et se défie d'elle-même; celle-là se croit plus Capable de juger et elle est peu maniable, Sa tendance
est de rejeter tout ce qui ne représente pas pour elle un intérêt immédiat. Tout autant que la première elle peut s'éprendre de préjugés; elle peut plus facilement s'abandonner à la colère et à l'injustice. Les éléments idéalistes et pratiques sont nécessaires dans toute organisation sociale et il n'existe aucune raison pour qu'on ne les développe pas chez les deux races.
Nous savons qu’au point de vue de la richesse économique, la population de langue anglaise du Canada, celle du moins qui habite la province d’Ontario, est plus avantageusement située que la population française. Nous avons indiqué plus haut quelques-unes des causes de cette différence, qui n'est du reste ni très grande, toute
proportion gardée, ni décisive pour l'avenir.
Ontario n'est pas exempte du mai social qui mine Québec; ce mal y est moins intense, mais il existe, et le mouvement de la population le prouve. L'émigration chez un peuple peut être, quelquefois, provoquée par un surcroît de population, cependant c’est là une exception. Presque toujours elle a pour cause quelque vice économique et social. Suivant les circonstances où elle se trouve, suivant sa formation sociale surtout, une population se révolte contre le mal qui l’accable, ou elle émigre.
Dès 1858, M. Louis Viardot, en étudiant l'émigration prodigieuse de la population écossaise, prédisait les difficultés économiques présentes du Royaume-Uni. La décadence agricole, effet “voulu” par les grands propriétaires d’une part et par l'industrialisme de l’autre, porte
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aujourd'hui ses tristes fruits. Même dans les Iles Britanniques, le surcroît de population n'est qu'une des Cauces secondaires de l'émigration. L'Ontarien émigre tout comme le Québecquois. 11 se porte vers l'Ouest Canadien, mais surtout vers les Etats-Unis. La province est donc encore loin de constituer un foyer d'appel aux travailleurs, la vie nationale n'y est donc pas complète. ment saine. Ontario perd non seulement ses cultivateurs et ses artisans, mais aussi son élite.
M. Morley Wickett fait observer que la plupart des unes spécialistes Canadiens finissent Par s’en aller aux Etats-Unis. C'est que les champs d’ manquent au Canada.
sse de la Suède et de la p plus scientifiquement Ces pays offrent plus d'une analogie avec les provinces centrales du Canada.
Les provinces de l'Est et de l'Ouest ont la houille. Graduellement, leur industrie se développera et prendra avec le temps et lorsqu'elle sera devenue assez puissante Pour soutenir la Concurrence, une importance mondiale; mais ils auront pendant longtemps, toujours peut-être, de formidables Concurrents. Les provinces du centre, avec leurs forêts et leurs chutes d’eau, seront, dès qu'elles le