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voudront, pratiquement les maîtres des marchés. Chacune peut travailler indépendamment de l’autre à cette œuvre importante. Toutefois pour que la réussite soit complète, il serait préférable qu'elles se prêtassent un mutuel concours, que l'industrie d'Ontario s'inspirât de l'esprit artistique français, que l'industrie québecquoise empruntât quelque chose de l'esprit pratique qui distingue l’Anglo-Saxon.
L'entente entre les races canadiennes est importante au point de vue économique et national. Elle l’est aussi au point de vue plus large de la civilisation du monde. Ceux qui voudraient étouffer l'essor de l'une ou de l’autre de ces races feraient, inconsciemment peut-être, œuvre réactionnaire et anti-sociale; œuvre stérile aussi, car on ne refoule pas le courant des rivières. Les barrages ajoutent à leurs forces. Il n'y a qu’un moyen d'arrêter ie p: > $rès national et normal d'une race saine, c’est de l’exterminer.
Celle des deux races canadiennes qui saura, tout en conservant intactes ses qualités propres, s'assimiler les qualités maîtresses de l’autre, sera nécessairement la plus prospère et la plus influente, car elle sera la plus civilisée. Et lorsque nous voyons des penseurs comme Ruskin s’efforcer d'inculquer à leurs compatriotes ces idées qui sont de l'essence même de la mentalité française; lorsque nous suivons d'autre part en France la croisade persistante de Le Play, Tourville et Demolins en faveur de la formation sociale anglaise, la conclusion s'impose que le progrès social et civilisateur veut une combinaison de ces éléments. Elle se fera, mais bien lentement, car les peuples comme
DU CANADA FRANÇAIS 127 les hommes s’accoutument à leurs infirmités et il leur en coûte toujours beaucoup de se soumettre à l'opération qui doit les guérir, Nous sommes donc en présence d'une solidarité inévitable qu'il faut accepter et Convertir en Puissance par les moyens de l'entente et de la Coopération,
Ce seul mot de Coopération, dans son sens large et véritable, implique un degré plus avancé de Civilisation que celui qui existe Maintenant dans la plupart des sociétés humaines, C'est l'expression d'une idée économique dont la pu'ssance grandit sans cesse.
Dans presque tous les Pays, il s'est trouvé une élite qui en a compris l'importance et qui s’est groupée pour la répandre, Produire et acheter à meilleur compte, telle fut sa modeste origine. Mais l'importance sociale de l’idée n’a pas tardé à se faire jour. Les groupes disséminés de travailleurs se sont tendus la main à travers les frontières, ils se sont réunis pour coopérer plus eificacement à l’œuvre de la Coopération. Une ligue internationale s'est formée, et le président actuel decette ligue est son excellence le comte Grey, l’avant-dernier gouverneur-général du Canada. Ce titre n’est pas le moindre de ceux qu'il porte avec tant de dignité. Pour notre part nous y voyons un présage encourageant. La penséequenousaurons à exposer dans la suite de ces Pages n’est, au fond, que la Coopération appliquée largement à l'avancement de Ja population Canadienne. Il nous tarde d'entrer au cœur même du sujet. Avant de le faire Cependant, il nous paraît indispensable d'examiner brièvement ce que doit être l'éducation nationale de notre peuple, s'il veut s’armer pour la conquête de l'avenir.