Les capitaux fixes et les capitaux circulants
Les approvisionnements, au sens économique, sont les ressources qui font vivre le producteur pendant la durée de la fabrication; les matières premières sont les choses qu’il transforme par son travail et par le travail de ses ouvriers.
Les outils, les instruments et les machines sont des expressions que tout le monde comprend. La question des installations est un peu plus compliquée. On entend par !à non seulement l'usine et ce qu’elle contient, mais aussi tout ce qui peut servir de force motrice nécessaire à la fabrication. Celui qui possède une houillèr. ou une tourbière en rapport possède une installation, au sens de l'économiste, Celui qui possède une chute d’eau génératrice d'électricité possède une installation.
Le capital fixe est celui qui ne s’use pas par l’emploi qu'on en fait, par exemple, un marteau-pilon; le capital circulant est celui qu’il faut constamment remplacer, par exemple, les couleurs dont un industriel se servirait pour imprimer du papier-tapisserie.
DU CANAD: FRANÇAIS 167
Donc, si un industriel possède une installation et des instruments, la matière première et des approvisionnements, il est muni d'un Capital industriel et il peut fabriquer. Il en est de même, naturellement, s'il possède une somme d'argent suffisante Pour acquérir toutes ces choses. A la condition toutefois qu'il soit secondé par des ouvriers suffisamment intelligents et habiles, et qu'il soit lui-même un véritable entrepreneur d'industrie, savant et expérimenté, car le talent est un capital, la sc'ence aussi.
Que possède la région orientale du Canada en installations, c'est-à-dire en générateurs du Pouvoir nécessaire aux exploitations industrielles? Dans la province de Québec, les forces hydrauliques les plus belles et les plus accessibles du monde: dans les provinces maritimes, de la houille en quantité suffisante; partout des tourbières inépuisables. Que trouvons-nous sur son sol en fait de matière première? La forêt et la mine, le bois d'œuvre et le fer en quantités Presque infinies, sans parler du reste. Nous évitons à dessein dans ce travail les longues énumérations. La population possède-t-elle le talent et la science industrielle? Elle possède le talent, ainsi que nous l’avons constaté précédemment: nulle population au monde n'indique plus d’aptitude pour l’industrie. Elle est ignorante, mais très facile à instruire. Cette population, surtout dans le groupe français, fournit-elle des entrepreneurs industriels, toujours au sens économique? Oui, en assez grand nornbre, Malgré l'absence de la grande industrie dans le Canada français on y rencontre Cependant des industrie!s isolés et même des groupes
d'industriels importants qui ont remporté de brillants succès. Citons les fabricants de chaussures de Québec, presque sans exception des Canadiens-français.
Donc, le groupe français du Canada habite un pays exceptionnellement favorable à l'établissement de la grande industrie. Il a pour lui le climat et la situation géographique s'abondance du pouvoir générateur et de la matière pre: vière, le nombre et le talent chez les travailleurs. Que lui manque-t-il donc?
L'instruction industrielle qu’il est facile de lui donner, et les ressources immédiatement disponibles que produit le travail médiat pour mettre en valeur son immense capital industriel. Est-on bien sûr encore que ces ressources lui manquent? Quant à nous, nous ne le croyons pas et nous prétendons établir au cours de ce travail que ce qui lui fait défaut ce ne sont pas des :2ssources immédiatement disponibles. Ce serait même, croyons-nous, presque une absurdité que de le prétendre. Il peut trouver ces ressources à l'extérieur; il peut même, ce qui vaut mieux, les trouver chez lui, ainsi que nous le démontrerons. Mais il lui manque autre chose, une organisation, une politique industrielle. C’est Ià le point capital que nous allons essayer de développer.