ORGANISATION DES INDUSTRIES FORESTIÈRES
RÔLE ESSENTIEL D’UNE SOCIÉTÉ DES INDUSTRIES FORESTIÈRES.—SON ACTION DANS LE PAYS ET À L'ÉTRANGER.—FORMATION DE SYNDICATS DE COLONS.— ÉTABLISSEMENT DE GRANDES FABRIQUES—PERFEC- TIONNEMENT DU SYSTÈME DE CRÉDIT INDUSTRIEL.— EFFETS PRESQUE CERTAINS D'UNE TELLE ORGANISATION.
| Re d'une société des industries forestières doit reposer sur l'instruction industrielle du peuple, — chose qu'il ne faut pas confondre avec l’instruction technique, —sur l'exploitation scientifique des forêts et sur le prêt ou plutôt le crédit industriel. Les études précédentes ont touché brièvement aux deux premiers points. Pour rester fidèle au canevas que nous avons adopté, celle-ci devrait traiter du crédit industriel, c'est-à-dire de cette organisation financière absolument indispensable au succès d’une politique industrielle, même dans les pays où les capitaux disponibles sont plus abondants qu’ils ne le sont ici. Nous n’y co : crerons cependant que quelques pages, non pas faute de matériaux,
mais parce que nous ne nous sentons pas de force à traiter ce sujet à fond, comme pourraît le faire un spécialiste en la matière.
Nous avons dit qu’une bonne organisation du crédit industriel est indispensable. S’il était besoin de prouver que c’est là le mot dont il faut se servir, l’histoire nous offrirait en abondance des exemples et des arguments. Même au Moyen-âge, qu’on prétend avoir été si barbare, la banque était déjà l’auxiliaire obligé du fabricant.
L'idée d’une caisse nationale prit naissance en Angleterre vers 1651, au moment où le peuple anglais commençait à ressentir le besoin d’un plus ample développement économique. On voulut alors encourager de toutes les façons la manufacture et le commerce du drap. L'un des principaux intéressés était un certain sir Balthazar Gerbier. Il était de l’école de ces négociants de Londres dont l’histoire a immortalisé le patriotisme assez machiavélique. Quelques années Auparavant, ceux-ci avaient induit les banquiers génois à manquer de parole envers le roi d’Espagne, ce qui retarda de plus d’une année le départ de l’Armada dite invincible et Sauva probablement l’Angleterre d’une seconde conquête. Gerbier proposa à son Souvernement l’exemple dela France,qui, à cette époque, fournissait de drap la moitié de l’Europe et dont les principales fi‘atures se groupaient autour de Sedan. Et, afin d'imprimer une plus grande activité à la fabrication anglaise qui languissait , il émit l’idée de la création d’une banque de paiements dans la cité de Londres. La banque fut établie, et à partir de cette époque l’industrie anglaise
se développa rapidement, au détriment graduel de celle de la Flandre et des autres parties de la France manufacturière.
Ce résultat, qui contient pour nous un précieux enseignement, s'explique en partie par la supériorité manifeste de la jeune banque d'Angleterre sur les autres institutions de crédit existant à cette époque, tant en France qu’en Italie, en Suède et en Hollande, dont la fondation était plus ancienne mais le système moins parfait. Celles-ci cependant, chacune en son temps, furent pour les pays où elles prirent naissance une source puissante de prospérité commerciale et industrielle; chacune successivement fut la manifestation d'un progrès qui s’est continué depuis et se continue encore.
Aujourd’hui, tous les pays du monde ont leur système de banque et de crédit de plus en plus perfectionné. Sous ce rapport, le Canada est loin de tenir le dernier rang: malheureusement, au point de vue particulier qui nous occupe, on ne peut non plus lui accorder le premier. Pour le crédit industriel, il semble que ce soit encore sur l'Allemagne qu'il faille nous orienter. Le système de caisses allemandes est, en effet, admirable; s’il faut en juger par ses fruits, c’est le plus parfait qui existe. Favorisées de toutes manière par la loi et par les pouvoirs publics, ces caisses ont fait la prospérité économique de ce pays. En Allemagne, la banque offre aujourd’hui au négociant et à l'industriel une aide qui ne lui fait jamais défaut; elle jui ouvre la voie, le soutient et l'accompagne jusqu’à la fin de sa carrière. Elle commande les grandes entre-
prises, mais elle semet aussi à la portéedes petites et même des individus, sans autres ressources que leur Connaissance et leur intégrité. Elle fait des avances pour la fondation d’usines et d'exploitations industrielles et commerciales ; pour les missions, les recherches et les études; elle coopère à la formation des fondsd’exploitation: et, lorsquelecapital se trouve entraîné au loin, souvent elle le suit au moyen de ses succursales, pour le surveiller et le soutenir.
Aussi l'Allemagne a-t-elle dévancé la France et presque rattrapé l’Angleterre en matière d'activité industrielle, bien que les produits anglais et français aient conservé toute leur supériorité sur ceux des autres pays. C’est que le système suranné du crédit, surtout en France, reposait
sur la méfiance, tandis qu’en Allemagne on a adopté celui de la confiance. La différence est fondamentale, nous allons le constater en examinant le fonctionnement des caisses populaires coopératives.
La plupart des rouages d’un système financier national ne peuvent manquer de se constituer à la longue, par l'initiative individuelle, dans tout pays où le besoin s’en fait sentir. C'est ce qui est arrivé en Allemagne, il y a plus de cinquante ans. Un avocat, Schulze-Delitzsch, se mit à la recherche d’un moyen de mettre le commerce, c'est-à-dire Ja fortune, à la portée de toutes les bonnes volontés. Il trouva le principe de la mutualité, ce qui donna lieu à l'établissement des caisses populaires coopératives. Celles-ci prirent une extension énorme en Italie, où elles sont venues au secours de l'Etat et des grandes institutions de crédit, lors d’une crise qui s'est
produite il y a peu d'années. En Allemagne, en 1903, leur capital collectif était de 750,000,000 de marcs et leur chiffre d'affaires dépassait deux milliards. C'est à ces caisses que l'Allemagne est en grande partie redevable de son énorme développement économique. Dans la province de Québec, il se produit depuis une dizaine d'années un phénomène analogue. La caisse populaire de Lévis, fondée en 1900 par M. Alphonse Desjardins avec un capital initial d'environ $900,en est arrivé dans onze ans à un capital de $182,266 et à un chiffre total d'affaires de $1,482,831 et pas un seul sou de perte, bien que les prêts, au nombre de plus de 5,600, aient atteint un total de $955,723. Ce n'est pas tout. Le succès de la caisse de Lévis a porté d'autres municipalités à réclamer ses services et il existe maintenant dans la province de Québec 102 caisses coopératives au capital de $429 900. Les employés publics d'Ottawa furent de ceux qu’ :vndèrent une de ces caisses; elle ne fonctionne pas con‘: mément à la loi de la province, car la législature d'Ontar:o refuse de reconnaître ces institutions. Cependant, malgré ces difficultés, elle s'est constituée un capital de $10,800 et ses prêts se sont élevés en tout à $16,500. Les employés, en assez grand nombre, se trouvaient entre les mains d’usuriers, car si les employés supérieurs du gouvernement ont assez bien rétribués, il existe un foule de petits employés qui ont peine à nourrir leur famille avec une pitance de $800 à $1,000. La caisse coopérative du service civil a littéralement chassé les usuriers de la ville d'Ottawa. Avec le temps, le capital de cette caisse augmentera et il
lui sera possible de rendre à ses membres des services encore plus précieux, Depuis sa fondation cette caisse n'a pas perdu un seul sou; tous les prêts ont été fidèlement remboursés. La caisse de Lévis est dans le même cas et on nous informe que le résultat est général pour toutes les Caisses populaires établies grâce à l'initiative de M. Desjardins. Telles sont les merveilles de l'épargne, c'est ainsi que s’accumule et se Canalise la richesse d’un pays.
Les caisses Populaires dans la Province de Québec semblent destinées à changer la face de la province au Point de vue économique. Ii n'existe pas encore cependant de rouage Permettant de recueillir et de centraliser ces capitaux pour des fins industrielles et commerciales. En Allemagne on a Compris l’importance d’une institution de ce genreet, nonobstant une forte opposition, on a fondé la ‘‘ Caisse Centrale Prussienne” dont la fonction est de recueillir et de Conserver ces capitaux sous la garantie de l'Etat. En l’'établissant le gouvernement avait, il est vrai,un but intéressé, car ces capitaux accumulés Constituaient naturellement un précieux appoint pour l'Etat
t contracter des emprunts à la caisse centrale, Aujourd’hui, personne ne songe à critiquer la fondation de cette caisse, Son objet est ‘de venir en aide aux syndicats d'association par des prêts à intérêt, C’est une institution dirigée, surveillée et dotée par l'Etat d’un capital initial de cinq millions de marcs, élevé successivement à cinquante millions; elle est sous la dépendance du ministère des Finances, tout en $ardant son autonomie.” L’intention de ses fondateurs fut de venir en
aide à l'industrie; intention qui s'est réalisée au delà de toutes les espérances. Les associations d'industriels qui profitent de ces prêts comptent environ 800,000 membres. L'intérêt exigé est de 3 , .c. sur environ 155 millions de marcs prêtés en 1901.
Ces renseignements sont puisés pour la plupart dans un rapport présenté en 1903 à la fédération des industriels et commerçants français par M. F. de Ribes Christofle et reproduit par M. Maurice Schwob dans son récent et très remarquable ouvrage: ‘‘Avant la bataille”. Nous les résumons ici pour prouver la nécessité d'un système scientifique de crédit industriel.
Le succès si extraordinaire des caisses allemandes devrait être pour nous une leçon inoubliable, car, nous l'avons dit, à l'époque de leur fondation, l'Allemagne n'était guère plus riche en capitaux, toute proportion gardée, que n’est aujourd’hui le Canada. Il y aurait beaucuup à dire à ce sujet et il serait important qu'on le dise à notre public. Cependant, nous évitons à dessein d'entrer dans trop de détails, parce que nous ne nous sentons pas de force à aborder sérieusement une question de cette importance, laquelle ne saurait être traitée avec autorité et fruit que par un financier de grande expérience.
Une société des industries forestières serait en situation de s'occuper de cette grave question; elle saurait trouver des hommes et recommander les mesures nécessaires. Pareille réforme, si jamais elle s’accomplissait, ne menacerait en aucune façon nos institutions actuelles de
crédit ni notre système de banque, Elle awiait au contraire pour effet de produire une coopération Constante entre lc “uMmmerçant, l'industriel et le banquier; et tous trois en profiteraient largement, Puisqu'ils se mettraient Par là au niveau du Progrès industriel et financier, En cette matière, il faut constamment aller de l'avant sous peine de rétrograder:; l’histoire économique du monde je Prouve, Les grandes périodes de cette histoire ont été énoncées Par M. Bücher, l'économiste allemand, et avec plus de clarté encore par M. Maurice Ansiaux, Professeur à l’université libre de Bruxelles, 11 ne sera pas inutile, pour l'intelligence du sujet, de les rappeler au lecteur,
somme lui-même
Cet état économique fut longtemps
celui du Canada français. Nous souffrons encore beaucoup de l'habitude que nous en avons Contractée,
Peu près inconnue.
nombreuses traces Parmi nous.
La troisième Période est celle de 1 Remarquons bien ce mot:
n’est pas de nous, la pensée, uples civilisés, El Sur la circulation des biens, des moyens de transport,
seulement pour ses voisins immédiats, ni même exclusivement pour le pays où il s’est établi. Son regard s'étend loin au delà de ses frontières, car son œuvre n’est pas simplement économique. Pour qu'il puisse remplir sa destinée, il faut que cette œuvre soit mondiale et conquérante; il lui faut conquérir sa place sur les marchés du monde ou succomber. Lutter victorieusement contre toute l'humanité en habileté et en science, produire plus, mieux et à meilleur compte que ses rivaux, voilà sa tâche. C'est donc une véritable guerre que soutient constinment la grande industrie. Aussi a-t-elle bientôt compris qu'il lui était nécessaire de s’organiser fortement dans chaque centre de grande production. Les pays qui ont compris cette vérité ont vu augmenter leur fortune et leur
puissance; Ceux qui ne l’ont pas comprise subissent la loi du vainqueur. Ce n'est pas un état économique idéal, sans doute, mais c'est un fait.
Dans cette guerre industrielle comme dans la guerre à coups de canon, en dehors de l’organisation proprement dite, l’armée industrielle d’un pays peut occuper certaines positions avantageuses qui assurent la victoire à ceux qui savent en tirer un bon parti. C’est ainsi que l’Angleterre doit en partie sa prospérité industrielle à l’usage intelligent de la houille génératrice de la vapeur. Cet avantage, dont elle a su profiter, lui a permis de conquérir les marchés de l'univers. C’est 1à le grand exemple, mais si nous voulions étudier l'histoire des principales nations modernes, nous trouverions partout de nouvelles preuves de la vérité de cet avancé.
Tout cela étant acquis, nous comprendrons mieux la situation et le rôle de notresociétédesindustries forestières, Elle aurait à remplir les devoirs d’un conseil de généraux au début d’une Campagne. Son premier soin,—non pas
à notre portée; son second, d'organiser l’armée industrielle, de la préparer et de la diriger. Ceux qui n’entendent pas la chose ainsi ne Comprendront pas la thèse que nous Snutenons. Ils trouveront aussi qu’en affirmant l'absence Presque complète de la grande industrie au Canada, nous tenons trop peu de compte de certaines activités industrielles que nou * vèle la statistique, ainsi que de l’existence de quelques tavriques qui ont surgi ici et 1à sur notre territoire. Nous proclamons avec un orgueil légitime que, eu égard au chiffre de la Population, le Canada est le pays du monde où le mouvement commercial est le plus considérable, Son commerce extérieur atteindra bientôt $900,600,000. Le ministre des finances Constate que pendant les dix mois se terminant le 31 mars 1912, les Principales exportations se chiffraient comme suit : mines $41,000,000; pêcheries $17,000,000; produits de Ja forêt $40,000,000; animaux et leurs produits $48,000,000; agriculture $107,000,000; manufactures $35,000,000. Certes, ce scnt là de beaux résultats, mais il est bien évident que les produits fabriqués de Ia forêt, qui devraient être, avec l’agriculture, notre principale industrie, tiennent relativement peu de place Gans ce tableau. Quelques
pionniers seuls nous montrent la voie. Leurs efforts isolés sont à la grande industrie organisée ce que serait une guerre de partisans à la grande guerre faite par des armées régulières et bien disciplinées. C’est un instrument infiniment moins puissant et moins redoutable, avec lequel nous tenterions vainement de soutenir longtemps la lutte.
Il ne faut pas perdre de vue ces diverses considérations; ce sont les seules qui nous poussent à écrire. Nous n'avons pas l'expérience pratique qu: nous permettrait d'entrer dans les détails; nous ne pouvons en somme que dire à nos compatriotes, comme jadis le philosophe grec: Cuitivez vos champs, car ceux que vous laisserez en friche tomberont aux mains de l'ennemi. Ces réflexions nous feront aussi comprendre que le rôle d’une société des industries forestières serait plus difficile et plus compliqué que celui de Ja société d'industrie laitière, bien que le principe des deux associations doive être, dans notre pensée, le même.
Supposons donc le terrain déblayé et préparé par la promulgation de bonnes lois forestières fondamentales, par une éducation nationale soignée et par l'instruction industrielle popularisée. Toutes ces choses pourraient être menées de front et simultanément; toutes produiraient en peu de temps des résultats utiles et donneraient un appui de plus en plus solide à l’œuvre de la Société, en faisant constamment appel aux forces vives de la nation et à l'effort de toutes les institutions nationales.
Pre Le 2 D EE PART
En même temps que tout cela se Préparerait, la Société Commencerait son œuvre par l'établissement d’une grande école théorique et Pratique des industries forestières. Dans le but d'obtenir une diffusion plus prompte et plus complète des meilleures méthodes à suivre Pour assurer la Protection de la forêt et la production forestière, la fabrication des produits forestiers et en général l’avancement de l’industrie forestière, elle établirait dans un endroit favorable du domaine public une école d'industrie forestière (1) et une fabrique modèle. Avec le temps on Pourrait établir plusieurs de ces institutions. Dans ces écoles on donnerait aux élèves une Connaissance pratique de toutes les espèces d'exploitations forestières, dont un bureau de recherches industrielles, attaché à l’établissement, augmenterait sans cesse lenombre. On s’efforcerait aussi de perfectionner constamment les procédés et l’on créerait par ce moyen des foyers de développement industriel forestier, Au bout de peu d'années, les produits des fabriques exploitées par le personnel des écoles Paieraient la plus grande part des dépenses de ces établissements.
Les membres de la Société des industries forestières se recruteraient dans toutes les Professions, mais on y trouverait sans doute en grand nombre des industriels éclairés et Patriotiques, soucieux du succès général de l’œuvre et dont l’autorité contribuerait à étendre son influence sur tout le territoire où elle opèrerait. Pour
(2) Cette école existe aujourd’hui par l'initiative du gouvernement.
comprendre quelle devrait être son œuvre, il faut d’abord constater où xous en sommes au point de vue du déve!oppement des industries forestières.
Au chapitre précédent, nous avons dit quelques mots de l'état actuel de la forêt. Nous avons constaté, en le déplorant, combien peu le public s'intéresse à cette chose vitale. Voyons maintenant oùenest l'exploitation. Pour plus de clarté, laissons de côté tous les produits de la forêt qui n'entrent pasdans la catégoriedes véritables industries forestières. Ainsi, en 1903, le Canada a exporté pour $41,000,000 de bois brut ou à demi fabriqué. C’est là exporter notre capital, notre matière première et nous appauvrir d'autant. Il n'entre pas dans notre projet de demander qu’on prohibe cette exportation; nous voudrions seulement qu’on rende l'exportation du bois moins avantageuse que la fabrication dans le pays et l’exportation du produit fini, au moyen d’une politique industrielle bien conçue.
Pour avoir une idée du peu de fabrication forestière réelle qui se fait au Canada, il faut s’arrêter à l’industrie de la pâte de bois, qr' est à ia base de la vraie industrie forestière. En 1903, le Canada tout entier ne comptait que trente-neuf moulins à pâte dont le produit total s'élevait à 215,619 tonnes, soit une moyenne de 7,067 tonnes par moulin. Sur la valeur totale de cette pâte, c'est-à-dire de cette matière première ainsi produite ($5,219,892) on n’en a conservé que $2,206,451 pour alimenter l'industrie canadienne. Tout le reste a été envoyé à l'étranger pour nous revenir sous diverses formes.
En 1903, en effet, le Canada importait pour $2,210,364 de papier seulement, et l'importation de ces marchandises à base de bois, que nous pourrions pourtant produire nousmêmes avec tant d’avantage, augmente d'année en année. Nous savons de plus que le Canada n'exporte pas seulement de la pâte; il exportait, en 1903, pour $1,558,563 de bois à pâte aux Etats-Unis seulement, Comme c’est la province de Québec surtout qui produit et qui produira à l'avenir la pâte et le bois à pâte, il s'ensuit que c’est la population française qui s’appauvrit le plus en exportant une matière première qu’elle pourrait fabriquer dans le pays. Pour se faire une idée de l'étendue de cette perte il ne suffit pas de savoir que le papier le plus grossier valait, en 1903, à peu près $46 la tonne, tandis que Ia pâte n’en valait guère plus de $20. Il ne suffit Pas non plus de constater que le bois à pâte vaut beaucoup moins encore proportionnellement. Il faut encore calculer la perte économique qu’entraîne l’absence des industries forestières dont la pâte et le bois à pâte forment la matière première, Nous n'avons pas devant nous les données nécessaires pour en faire le calcul même approximatif, mais la perte annuelle est quelue chose d’incroyable. Il ne faut pas oublier non plus . ue l’exportateur des matières premières est presque toujours socialement inférieur à celui qui les fabrique et que cette sorte de déchéance sociale est plus fatale à un peuple que le serait un désastre militaire ou financier.
Ce n’est là qu’une seule des sources de richesse que nous gaspillons. Il faudrait être aveugle pour ne pas les voir de tous les côtés. Une des industries forestières les plus
lucratives de l'avenir sera certainement celle de l’érable. Il est établi par des expériences que la sève d'érable se distille très bien, que l’on peut en extraire une boisson saine et délicieuse qui se vendrait mieux que lerhum et dont nous aurions à peu près le monopole. Nos érablières sont en plein rapport, et le produit en sucre et en sirop s’exporte en grandes quantités aux Etats-Unis. Cependant, comme tout ce qui ne s'améliore pas par les procédés scientifiques, ce produit est un peu déprécié, et, sinous n’y prenons pas garde, bientôt les forêts d’érables seront rasées et le bois expédié en Angleterre. La statistique établit que, pour le moment, nos érablières diminuent peu et qu’il serait facile de trouver en elles la matière première d’une industrie vaste et vraiment nationale. Pour cette industrie spéciale, il serait nécessaire de modifier quelque peu les lois d’accise existantes et jusqu’à présent le ministèredu Revenu n’a pas cru pouvoir le faire,surtoutparceque ceux qui lui en faisaient la proposition ne jouissaient pas d’une autorité suffisante. Unc société des industries forestièresserait en mesure de fairedes expériences sur une grande échelle; elle pourrait négocier dans des conditions avantageuses et avec une entière responsabilité. Ii ne faut pas oublier, en effet, qu’un service comme celui de l’accise ne saurait être facilement dérangé et que le ministre est souvent obligé d'éconduire des solliciteurs de bonne foi à cause de la multitude des tentatives frauduleuses qu’il est de son devoir de décourager.
Les industries dites ménagères ne peuvent pas être classées directement parmi les industries forestières.
portance sociale et économique nse.
chacun s’arrache. Voilà
blique qu'il importe de ne
dant la production semble
que le dernier recensement
Voici le résumé de la statistique
Préparée par M. J. A. Doyon, pour la Province de Québec:
re qu’elles ont Dans bien des endroits, sans
doute, on fabrique encore l’étoffeet la toile à la maison, et la statistique aurait dû le constater. Mais, dans la plupart des localités, cette industrie évolue et cette évolution indique un progrès. Dans plusieurs paroisses on a établi des fabriques considérables où les cultivateurs envoient leur laine.On la file et on la leur renvoie sous formed’étoffes de différentes espèces, en conservant une certaine quantité comme prix de fabrication. Dans d’autres fabriques, on achète la laine. Le produit est sans doute inférieur, quant à la solidité e: à la durée, à la vraie production domestique, mais il est supérieur pour ce qui est de l’apparence et du fini. Ily a là des éléments importants à recueillir et à encourager. Du reste, nous le répétons, le travail à la
maison, malgré certains inconvénients que la science signale, est devenu non seulement possible mais lucratif, au moyen des installations peu dispendieuses qui fonctionnent en France et qu’une société des industries forestières pourrait introduire ici. Ce serait surtout un puissant encouragement à la colonisation et une source de richesse pour le colon.
Ce sont ces pertes économiques constantes, que nous constatons de tous côtés, que notre Société se chargerait de diminuer sinon de faire cesser complètement. Tout en formant, au moyen de ses écoles, de bons contremaîtres et des entrepreneurs d'industrie, dont on taciliterait l'établissement et le groupement au moyen du crédit industriel, elle devrait rechercher dans la province où elle opère les endroits favorables à la fondation d'industries forestières.
SRE
De
Dee"