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L'EXPLOITATION DES FORÊTS

QUESTION FORESTIÈRE,—SON IMPORTANCE ET LES DIFFICULTÉS SOCIALES ET ÉCONOMIQUES QU'ELLE PRÉSENTE.—ÉTAT ACTUEL DE NOs FORÊTS.—OPINION DE MGR LAFLAMME SUR LA MANIÈRE DE LES CONSERVER ET DE LES EXPLOITER.—CE QUE DEMANDE L'OPINION PUBLIOUE.—CE QUE FONT LES GOUVER- NEMENTS.—CE QU'ILS DEVRAIENT FAIRE.

A LA BASE même de tout Projet de développement

industriel dans notre pays, se trouve la question de Ia protection et de l'exploitation des forêts, c’est-à-dire de l’économie forestière. Nous ne pouvons donc pas nous dispenser de l'aborder. Si nous constatons au début qu'elle est difficile à traiter, ce n’est pas Parce qu’elle est nouvelle pour le public.(1) On a publié sur les questions

grand ingénieur

Il s'occupe de 1a

nne d'excellents

modernes pourraient profiter. Le sujet

u. Vauban pose en principe que la

Conservation des anciennes forêts et la création de forêts nouvelles sont d'intérêt public et devraient être dirigées par l'Etat.

seils, l’histoire de notre pays eût été bien différente. Mais il prêchait dans le désert.

forestières un grand nombre de livres excellents et une masse énorme d'ouvrages d'une valeur plus discutable, Rien ne serait donc plus facile que de faire ici, à bien peu de frais, un traité très savant sur cet important sujet. Mais cela nous entraînerait trop loin et ne serait guère utile.

Nous savons tous à peu près les généralités essentielles. Aux points de vue climatérique, agricole, industriel et social la forêt permanente estune desconditionsnécessaires à la vie des nations. Sa disparition n'est pas étrangère à la ruine des grands empires anciens. La Grèce, autrefois très fertile, est aujourd’hui dévastée par les torrents qui se précipitent des cimes dénudées. En Europe, notamment

en France,le même phénomène a commencé à se produire dans les régions avoisinants les Alpes, les Pyrénées et le Plateau central. On s'efforce, avec succès, d'arrêter la destruction au moyen de vastes plantations. On a même fait de la forêt un puissant rempart contre les empiètements de l'océan. rempart plus efficace que les fameuses digues de la Hollande.

Personne n'’ignore aujourd'hui que la forêt peut être cultivée de façon à lui faire donner chaque année sa moisson, de même que les champs où viennent les légumes et le blé, sans qu'elle s’épuise ni s’amoindrisse, Tenons donc pour admises toutes ces belles vérités et contentons-nous, pour le moment, d’en tirer cette conclusion: protéger la forêt et tout ce qui tient de la forêt, ce n’est pas laisser en repos la hache, la scie et le broyeur, mais c’est la cultiver, afin de lui faire rendre la plus riche moisson possible, sans

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qu'elle s'amoindrisse quant à son étendue, et de manière à la rendre de plus en Plus riche en essences d’une valeur industrielle,

On dit tout cela bien souvent dans de fort belles Phrases, Les sylviculteurs officiels deviennent lyriques. La forêt n'est plus seulement un élément économique et social, c'est un organisme doué d'une vie collective distincte de chaque arbre qui la compose. L'on s'apitoie sur les blessuresquel'ignorance lui inflige; l'onenseigne comment il faut s'y prendre pour les guérir. Mais, et c'est la vraie difficulté, dès que quelqu'un, s'avisant de prendre les belles phrases au sérieux, parle de mettre en pratique ces excellents conseils et de panser les plaies de ce précieux organisme blessé, il s'élève aussitôt un concert de récriminations et de menaces.

Halte-là! crie d’une voix tonnante le commerçant de bois. Ces arbres m'appartiennent: je les ai payés, je dois pouvoir en faire ce qu’il me plaît.

Pitié! supplie le colon d’un ton plus faible, vous voulez donc m'enlever le plus clair de mon Sain, me ruiner complètement, priver ma famille de Pain. Allez, vous n'êtes qu'un barbare et un mauvais patriote,

Mon ami, vous êtes un peu naïf, disent à leur tour les $ouvernements, avec un sourire de supériorité indulgente. Vos propositions sont vraiment recommandables et nous y applaudissons .. ....en principe. Si nous $Souvernions en théorie, ce serait parfait. Malheureusement, il n’en est point ainsi et nous avons besoin de revenus pour

administrer la chose publique. Où donc voulez-vous que nous en trouvions si nous cessons de concéder des coupes de bois? Comment trouverions-nous des acheteurs pour ces bois si nous imposions des conditions trop onéreuses? Vouloir que nous renonçions à tout cela! mais c'est absolument impossible... Dans l'intérêt public nous devons continuer.

Mais l'avenir! l'avenir! répond le réformateur, à ces trois puissances.

Dame, ripostent-elles en chœur, l'avenir fera ce qu'il pourra. Nous ne nous en soucions qu'en second lieu. Franchement, pour tout dire, nous vivons dans le présent et nous n'avons que faire des théoriciens et des rêveurs. Si vous savez concilier les réformes que vous prônez avec les besoins urgents, les intérêts divers et :es droits acquis qui se coudoient, s: vous savez comment conserver et protéger les bois tout en garantissant des profits à ceux qui les exploitent, vous êtes assurément plus habi'e que nous et que tous nos devanciers. Faites-nous part de votre recette.

Voilà comment la question se présente à une foule d’esprits dans notre pays, qui est pourtant, au dire des experts, la principale réserve forestière dr: globe! Voilà ce qui justifie ces graves paroles prononcées par M. Mélard au congrès international de sylviculture, à Paris, en 1900: ‘‘Nous consommons en ce moment non pas le revenu, mais trop souvent le capital des forêts étrangères qui alimentent l'énorme importation de l'Angleterre, de la France et de l’Allemagne.””

L'humble individu qui écrit ces lignes est bien loin de se croire de force à saisir et à résoudre ces multiples difficultés. Il n'a rien du preux de la légende qui frappait d'estoc et de taille les monstres qui surgissaient dans la forêt enchantée. Mais tout en voulant raisonner, autant que possible, froidement et méthodiquement, il est de ceux qui ont la foi; il est convaincu que le temps aura raison de ces sophismes, car ce sont des sophismes: il a Aussi conscience d'être appuyé par un fort mouvement d'opinion. On pourrait les comparer, lui et ses amis, à ces explorateurs qui vont un peu au hasard à la recherche d’un métal précieux. Ils lavent sans se lasser les sables des rivières jusqu'à ce qu'’enfin ils trouvent au fond de la

sébile la paillette étincelante qui les guidera jusqu’à la mine qu’ils ouvriront. Agitons donc les sables, cherchons sans cesse l'or des idées, Uav recherche consciencieuse nous le fera trouver. C'est dans cet esprit que nous écrivons ce qui suit.

Rappelons tout d’abord, pour plus de clarté, que la forêt Canadienne appartient en général aux gouvernements fédéral ou provinciaux. Les rares forêts des provinces et territoires du Nord-Ouest sont Pour ia plupart du domaine fédéral. Dans les provinces comme dans les territoires, il existe une certaine étendue forestière appartenant à des Particuliers. Notre étude s’occupera surtout des premières, Mais celles de la seconde catégorie ne doivent Pas échapper à certaines lois promulguées dans ',1-érêt public.

Un gouvernement peut s'occuper des forêts comme un propriétaire qui les met en valeur. Il peut en diriger plus ou moins directement l'exploitation, dans le but d’en tirer des revenus immédiats ou à venir. Ou encore, n'étant pas propriétaire du domaine forestier, et constatant que l'intérêt public souffre d'une exploitation vicieuse ou imprudente, il peut,au moyen de lois générales, en réglementer l'exploitation.

C'est ce que devront faire la plupart des législatures aux Etats-Unis, où l'on vend au commerçant non seulement les arbres de ia forêt, mais la terre même qui les nourrit, en pleine propriété.

Le système canadien, malgré ses graves défauts, est moins

nuisible. Dans notre pays, il est vrai, les gouvernements ne se sont jamais occupés directement ou indirectement de l'exploitation scientifique de la forêt. On s’est contenté de vendre le bois à des commerçants qui, bien souvent, ont abusé d'un régime qui leur était déjà trop favorable, pour dévaster notre patrimoine national. Parfois aussi le colon de bonne foi et très souvent le spéculateur illicite, dans leur rivalité sourde ou ouverte avec le commerçant, n’ont pas hésité à le détruire, par haine ou par vengeance. La propriété forestière s'en est trouvée dépréciée d’autant et la richesse publique diminuée dans la même proportion.

Voilà une des funestes conséquences d’une loi vicieuse, tant en principe que dans la manière dont on l’a appliquée. Le lecteur en trouvera de nombreux exemples en parcourant les travaux dela dernière commission de colonisation

de la | rovince de Q:'ébec. Il est donc nécessaire d'examiner tout C'alc:d j'isau'à quel point les $gouvernements, et particulièrement les gouvernements canadiens, doivent intervenir dans !es questions forestières.

En parlant, dans une étude antérieure, de la nécessité d'une politique industrielle, nous avons cité l'opinion de M. Paul Leroy-Beaulieu. Selon cet économiste, l'Etat, dans les pays nouveaux, doit conserver la propriété du domaine forestier et des forces hydrauliques qui en tiennent. C'est à ce prix qu'il évitera aux peuples du nouveau monde toutes les grandes difficultés économiques dont souffrent aujourd’hui les peuples plus anciens. Ce principe suppose un certain entretien et même une sage

exploitation par l'Etat même. Cet écrivain, une autorité en matière d'administration financière, (1) ne proposerait certes pas à un peuple d'éviter des difficultés économiques en laissant sa principale source de richesse improductive. Mais n'ayant pas àécrire un traité spécial sur laquestion, il s'est borné à l'énoncé du principe.

M. Ernest Brunken, secrétaire de la commission forestière du Wisconsin, entre plus avant dans la question, Son livre ‘* North American Forests and their Relation to the National Life of the American People’, publié en 1900, fait autorité sur notre continent. “Evidemment, dit-il, l'Etat Pourrait agir comme unpropriétaire particulier, il pourrait exploiter ses forêts d’après de bonnes méthodes de

() I fut consulté par les banques françaises au sujet des derniers emprunts russes qu'on a lancés à Paris

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sylviculture et en tirer le plus fort revenu possible. C’est ce que font beaucoup de pays européens où la sylviculture est florissante. L'on sait que plusieurs pays de l’empire allemand, aussi bien que la France, tirent de leurs forêts publiques une part considérable de leur revenu.

“Les objections tant politiques qu'économiques qu'on peut offrir à l'encontre d’une telle méthode sont faciles à énoncer. Ce sont celles que l’on fait valoir contre toute entreprise commerciale conduite par les autorités publiques. Cultiver la forêt pour en vendre le produit n’est pas une fonction qui convient à un gouvernement. Cela sent le ‘‘ paternalisme ”, le socialisme; la politique généralement acceptée du peuple américain s'y oppose. Nier la valeur de ces objections serait folie. Sans discuter l'opportunité de ces mesures socialistes, nous dirons seulement que nul gouvernement américain, d'ici à de longues années, ne deviendra commerçant forestier dans le seul but de se créer des revenus.

“Mais pour d’autres raisons il peut être opportun de maintenir la permanence des forêts publiques, et alors la question du revenu ne sera que secondaire, à côté de considérations plus importantes. Si un Etat ou le gouvernement fédéral constatait que l'existence permanente de forêts capables de produire du bois de commerce et autres produits forestiers était absolument nécessaire dans l'intérêt public, et que l’on ne pouvait s’en rapporter à des particuliers pour la conservation de ces forêts, alors la politique du maintien des forêts par le public pourrait être adoptée, malgré les objections ci-dessus mentionnées.

“Jose dire que seuls les partisans outrés d’Adam Smith voudraient contester qu’il est du devoir de tout gouvernement d'empêcher, s’il est possible, la disparition de tant d'industries importantes qui tirent de la forêt leur matière première. La majorité du peuple américain, qui favorise le système d’un tarif Protecteur, ne s’opposerait pas à un système raisonnable de protection intérieure pour la conservation de cette source vitale de la richesse nationale, et si le peuple se convainc que l'administration gouvernementale seule peut assurer la permanence de la forêt, les fantômes du ‘ Paternalisme ” et du socialisne ne l’effraieront pas.”

Nous avons cité tout au long ce passage du livre de M. Brunken, parce qu'il y pose d’autorité les principes qui nous paraissent devoir guider les $Souvernements dans l’œuvre de la protection des forêts. Le gouvernement doit intervenir lorsqu'il constate que leur permanence est menacée, Ne l’oublions pas, il ne s’agit pas ici seulement de la conservation d'un appoint économique, c’est l’existence même de la nation qui est mise en question par l’amoindrissement de la forêt. Or quelle est la situation du Canada sous ce rapport? Nous la trouverons résumée dans un document officiel d’une haute importance. En 1894, le gouvernement fédéra! fit une enquête sur les richesses forestières du Canada. Elle fut conduite par M, George Johnson, statisticien fédéral. Le rapport est volumineux; mais les conclusions sont courtes, claires et désolantes. Les voici textuellement:

lo Le pin de première qualité a presque entièrement disparu.

2 Il reste une quantité considérable de pin de qualité inférieure.

30 Il reste beauccup de bois d’autres essences.

40 Le moment approche rapidement où, si l’on excepte l'épinette, pour ce qui est du bois, et la Colombie- Britannique parmi les provinces, le Canada cessera d’être un pays expo:tateur de bois.

Telle est la situation officiellement constatée en 1894. Ce rapport a eu pour résultat l'établissement d'un service de garde-forestier, ce qui est déjà queique chose, mais pas assez puisqu'on n’a pas encore reconnu la nécessité d’un régime forestier essentiel, dit M. G. Hufiel, ‘‘ par la difficulté, toute particulière aux forêts, de distinguer le capital, qui doit rester intact, du revenu qui doit être livré à la jouissance du présent. Cette distinction, aussi délicate qu’indispensable, ne peut être faite que par des hommes intéressés et compétents.” Une société des industries forestières serait en mesure de fournir au pays de tels hommes.

Depuis cette époque la situation s'est modifiée, puisqu'on a découvert, grâce aux études d’un savant allemand, la valeur immense de l’épinette. M. Johnson a lui-même signalé ce changement dans un rapport subséquent. Nous avons causé avec lui à ce sujet et il nous a fait remarquer combien il serait facile et avantageux d'exploiter l’épinette au moyen de la coupe

réglée. La chose se fait déjà par des compagnies d’exploitation opérant dans ns forêts et dirigéespardes Européens. Lesdirecteursde ces exploitations ontdéclaré à M. Johnson, ainsi qu’à l’auteur,que leurs concessions de coupe seront pour eux une source perpétuelle de revenu. C'est là, malheureusement, une exception. Au point de vue national de la permanence de la forêt, au point de vue économique de la réaction contre les inutiles sacrifices, la situation générale reste la même. Nous sommes toujours. en tant que nation, menacés des conséquences ruineuses des anciennes méthodes; comme l’humus de nos côteaux qui se dénudent, nous nous laissons avec insouciance emporter par le courant.

Il n’y a pas à se le dissimuler, le moment est venu où le peuple du Canada, et plus particulièrement celui de la

province de Québec, est appelé à prendre de sérieuses déterminations.

Sa position n’est pas sans analogie avec celle du peuple de la Grande-Bretagne à la veille de l'abolition des ‘“Corn-Laws.” Cette réforme qui a exercé une influence si puissante sur la destinée des peuples Anglo-Saxons, battait en brêche un système traditionnel. On demandait aux Pouvoirs publics d'adopter un principe fondamental de $ouvernement comportant une orientation toute nouvelle de la politique économique et fiscale du royaume Chose grave, difficile, impossible même. en apparence. Cependant cette chose impossible est devenue une réalité vivante qui a contribué à faire de l'empire britannique le

plus puissant des empires.

C'est d'un changement aussi radical que dépend l'avenir industriel du Canada oriental. Mais personne ne doit s’en effrayer, car, dans la pensée de ceux qui partagent cette manière de voir, ce changement n'aurait rien de révolutionnaire. Il s’agit d’une évolution saine et aussi graduelle que le veut la prudence, évolution qui ne toucherait en rien aux droits acquis, qui n’entraînerait même pas nécessairement des règlements commerciaux prohibant directement l'exportation du bois de commerce et du bois d'œuvre. Le succès, suivant nous, doit dépendre d’autres causes plus puissantes. On a donc eu tort de citer, comme à l'encontre de notre raisonnement, les arguments de M. Dubuc dont ta récente brochure a

été fort commentée par les journaux. La thèse que soutient cet écrivain, qui est en même temps le secrétaire d'une compagnie industrielle, c’est qu’il ne faut pas prohiber l'exportation du bois de pulpe, parce que:

1o La forêt d’épinette se renouvelle en vingt-cinq, trente ou au plus cinquante ans.

20 La richesse forestière est périssable; elle peut être détruite par le feu cu par les insectes.

30 Des changements économiques peuvent annuler la valeur de nos forêts.

L'on pourrait, sans doute, invoquer certaines considérations à l'encontre de ces trois propositions:

10 Que les forêts ne se renouvelleront que si on a recours à la coupe réglée, ce que le régime actuel rend très difficile.

20 Que la surveillance et la culture diminuent les dangers de la destruction, mais qu’il faut que le peuple tout entier y soit intelligernment intéressé pour que l’on puisse surveiller et cultiver la forêt.

30 Qu'il n’est pas probable qu'un changement industriel quelconque puisse jamais sérieusement diminuer la valeur économique et commerciale du bois. Au contraire, comme il est admis par les savants que le développement industriel du monde n’est qu’à son début. il est plus probable que cette matière première de tant d’industries deviendra plus précieuse avec les années. Cependant, même si ces Propositions restaient debout et intactes, elles ne diminueraient en rien la force de notre raisonnement, lequel repose sur des bases tout autres, comme le lecteur a pu déjà le constater

Mais, lorsque nous examinons ies conclusions qui semblent découler naturellement du plaidoyer de M. Dubuc, il faut mettre de côté les réserves. De ce que notre domaine forestier soit périssable et qu'il faille de grands soins pour le conserver, il ne s’ensuit nullement que nous devions le sacrifier au plus vite et compléter à brève échéance un désastre national, afin de nous débarrasser des soucis que nous cause notre richesse. Ce serait là le comble de la déraison. La saine raison ne veut-elle pas que, dans de telles circonstances, le Canada oriental et plus particulièrement la province de Québec, adopte, aussi rapidement que possible, une vraie politique industrielle, scientifique, énergique et Progressive, qui assurera et la permanence de notre richesse forestière et son

exploitation intelligente pour le plus grand bien de tous les Canadiens?

Ges conclusions sont tellement logiques que nous osons dire que personne ne réussira jamais à les réfuter. Elles s'imposent. Nous devons nous montrer aussi sages et aussi courageux que se montre le peuple anglais, et ne pas craindre de changer l'orientation générale de notre politique forestière industrielle. C'est là la véritable voie où it faut faire entrer le peuple. Les pouvoirs publics peuvent y aider puissamment en lui ouvrant en haut les portes du développement industriel, tandis que :a science sociale et l'instruction industrielle pénétrant dans ses masses profondes feront tourner tous les yeux vers cette terre promise de l'avenir.

Osons dire toute notre pensée. Nous croyons qu'il serait sage de promulguer des lois fondamentaies avant même que ce travail préparatoire soit terminé. Dans la grande majorité des cas, la civilisation et les mœurs devancent la loi, mais l’on peut citer des exemples du contraire et le plus éclatant se trouve dans l’'Ecriture même. L'histoire des Hébreux nous enseigne qu’un devoir sacré s’impose aux conducteurs des peuples lorsqu'ils se trouvent en présence d’une de ces questions exceptionnelles dont peut dépendre la force et la vie même de la nation dont la Providence leur a confié la direction.

Ces raisonnements ne viennent pas de nous. En une matière aussi grave nous préférons nous appuyer à chaque pas sur une autorité dont tout le monde admettra la valeur, C'est ainsi que nous avons cité M. Paui Leroy-Beaulieu,

MM. Ernest Brunken, Mélard et Huffel, lorsqu'il s'est agi de poser les principes généraux, et M.George Johnson pour montrer l'état actuel de nos forêts, en tenant compte des changements survenus depuis son rapport. Un savant Canadien va nous indiquer les remèdes pratiques et urgents qu’il importe d'appliquer. Voici comment s’exprimait récemment Mér Laflamme, dans un journal de Montréal. Son langage clair, simple et modéré, joint à la grande autorité dont il jouit, donne à cette pièce une très haute importance.

“La Providence, dit le regretté Mgr Laflamme, a donné à la province de Québec deux grandes sources naturelles de richesse: l’agr'culture et l'exploitation des forêts. Comment devons-nous en user?

“La réponse vient d'elle-même. En effet, il ne s'agit pas ici de mines, où l'intérêt consiste à produire le plus possible et dans le moins de temps possible, les dépôts devant nécessairement s’épuiser un jour, sans espoir de régénération. Et, dans ces conditions, du moment que le marché n’est pas exposé à de trop fortes fluctuations, l'intérêt de l’exploiteur, comme l'intérêt public, est de faire produire au capital placé un rendement aussi rapide que faire se peut, afin de le consacrer ensuite à autre chose.

“Mais il en est autrement de l’agriculture et des forêts. Si on leur demande un rendement excessif, on l’aura peut-être, mais ce sera au risque d’un épuisement à peu près irréparable. Et ces deux grands facteurs de la fortune publique disparaîtront ou seront très gravement compromis.

“L'intérêt général demande, exige donc une utilisation rationnelle de ces richesses. A tout prix, il faut en assurer la perpétuité. Et, pour nous borner exclusivement à la très importante question des forêts, notre province doit tenir, envers et contre tous, à les conserver dans toute leur intégrité, partout où les intérêts bien compris de la colonisation et de l’agriculture n’en demandent pas la disparition.

“Est-ce à dire que nous devions ne pas en permettre l'exploitation, ne plus vendre aux marchands de bois ce que nous appelons les “‘’imites’’ forestières et révoquer les ventes qui ont déjà été faites? Pas le moins du monde. Hi v a, de ce côté, unesource abondante de revenus que nous

aurions bien cort de ne pas utiliser. Continuons donc, si nous voulons, à vendre des ‘“jimites''; mettons-y seulement une grande discrétion. Traitons cette vente comme une question d'affaires. Et, comme on le fait dans tout marché bien entendu, imposons à l'acheteur des conditions qui garantissent cette richesse nationale contre tout danger de destruction, contre tout gaspillage.

“La valeur des produits forestiers augmente d'un jour à l’autre. Tout dernièrement, un journal américain disait que, dans vingt-cinq ans cette augmentation atteindra cinquante pour cent de la valeur actuelle. Alors,sachons exiger des acheteurs une rente foncière qui s’accroisse en proportion de la valeur du profit qu'ils retirent. Forçonsles à exploiter, dans un laps de temps raisonnable, la propriété qu'ils ont acquise, et sachons ainsi les empêcher d'immobiliser, dans un but de spéculation privée, des

valeurs qui, en fin de compte, font partie du domaine public.

“Avant de vendre, que les autorités se renseignent Consciencieusement sur les ‘limites " qu'elles mettent en vente. Qu'elles sachent la quantité, la qualité des bois qui la recouvrent, et, pour cela, qu'elles en fassent faire l'exploration par des hommes entendus, indépendants de toute influence et de toute coterie.

“Puis, une fois la “limite’’ vendue, on devra surveiller de très près l'exploitation quienestfaite. Les règlements du département des Terres devraient être suivis à la lettre, à propos de la dimension des arbres à abattre. 11 y aurait lieu de les compléter en obligeant les bûcherons à ne pas briser, dans l'abatage des arbres, les tiges encore jeunes, et à ne pas en retarder la croissance, C'est l'avenir de la forêt qui est en jeu. Pourquoi encore ne pas exiger que l’on coupe les menues branches, que l'on dépèce les têtes, de façon que tous ces déchets reposent immédiatement sur le sol où ils auront bientôt fait de pourrir, Actuellement, d’après ce que l’on dit, rien detelnese Pratique. On laisse têtes et branches comme elles se sont trouvées à a chûte de l'arbre; le tout se dessèche, et,après un an ou deux, une “limite” exploitée de cette façon est idéalement préparée à devenir la proie d’un incendie désastreux, qui aura été allumé par l’imprudence d'un passant ou le feu du ciel.

“Tout cela demande de la surveillance, et cette surveillance ne peut être exercée que par des gens bien au fait, capables d'y consacrer tout le temps nécessaire.

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“Cela relève, dit-on, des gardes forestiers. Très bien, mais alors ayons des employés qui soient absolument compétents, et, pour cela, payons-les convenablement, afin qu'ils trouvent dans leurs professions ou métiers, le moyen de vivre honnêtement, sans être exposés à se laisser influencer par les pots-de-vin des marchands intéressés.

“Et ces gardes forestiers, on ne peut les improviser. Parce que M. A. ou M. B. est rouge ou bleu, ce n'es’ pas une raison pour lui confier des intérêts publics aussi importants. Sachons regarder plus haut que ces mesquines partisanneries. Nos gardes forestiers devraient être en dehors de tout parti politique, tout comme le Conseil de l'Instruction Publique. Enfin, si ces employés doivent être instruits—ce dont personne ne doute—sur tous les points qui regardent l’accomplissement de ieurs fonctions, instruisons-les en fondant une école forestière.

“On parle beaucoup à l'heure actuelle d'écoles techniques; on voudrait en voir surgir à droite et à gauche. Assez souvent, ceux qui crient le plus fort restent tout interloqués lorsqu'on leur demande quelle espèce d'école veulent avoir, car il yen a de plusieurs sortes. Ces insi tutions, quel que soit leur but, sont assez coûteuses, et s’il fallait en créer pour chaque industrie, pour chaque métier, le budget provincial en serait lourdement taxé.

“Eh bien! parmi toutes ces écoles, celle qui presse le plus et d’un grand bout, c’est une école forestière—une école où l’on enseignerait la technologie de nus forêts puisqu'on semble tant tenir à l'expression. On y étudierait comment nos arbres poussent et se multiplient, à quel âge les

différentes essences atteignent leur maturité, quelles sont les maladies qui peuvent leur faire tort, quelle en est la valeur commerciale, en quels endroits de J4 province chacune d'elles est localisée, quelle en est la quantité, etc.

“Ces connaissances une fois acquises, on pourra faire des règlements qu'on ne sera pas obligé de modifier tous les deux ou trois ans. On commencera à voir clair dans cette Souverainement importante Question de nos bois, ou, si l'on aime mieux, on y verra plus clair,

“Sans doute, nous ne Pouvors pas songer à faire ici tout ce qui se fait ailleurs, en Europe, par exemple. Les conditions différentes où nous nous trouvons devront amener des modifications dans la manière de traiter nos forêts. Mais il serait bon tout de même de commencer par connaître ce qui se pratique dans les autres pays civilisés au sujet de l'exploitation des forêts. On trouvera que partout cette industrie est sévèrement réglementée, Que rien n'est laissé au caprice ou à 1a rapacité des exploiteurs, sur lesquels, d'ailleurs, les employés du service forestier ont constamment les yeux, Cette enquête nous mettra en mesure d'étudier plus méthodiquement nos propres forêts et a’en assurer une exploitation rémunératrice, je le veux bien, mais surtout scientifique, qui en assurera la perpétuité, et ce sera énorme.

“Tout cela, certes, n’est pas l’œuvre d'un an ou deux; les bois croissent lentement. le régime des forêts ne se modifie qu’à la longue. Ii faudra savoir attendre. De plus, les nouveaux règlements feront peut-être crier bien fort les intéressés, eux qui pensent plus volontiers au

présent qu’à l'avenir. Il n’y aura qu’une chose à faire: laisser crier et s'avancer lentement mais sûrement vers le but qu’on se sera proposé. Dans ces conditions, nous serons certains d’avoir travaillé efficacement pour le bien public et d’avoir assuré pour toujours une des grandes ressources de notre richesse nationale.”

Personne ne peut douter que Mgr Laflamme n'exprime ici l’opinion de toute la portion saine et modérée de la province de Québec Cette opinion, qui s’affermit et se recrute tous le: jours, demande qu'on proclame en principe et qu’on accepte comme base de toute l’administration forestière la permanence de la forêt et de t:1‘ ce qui tient de la forêt. Il faut qu'elle reste intacte qua": ià

son étendue, sauf pour ce qui est des défrichements légitimes faits par les colons de bonne foi; intacte surtout quant à sa valeur économique, commerciale et industrielle.

L'opinion demande qu'on cesse de concéder les coupes de bois et les chûtes d’eau aux conditions actuelles; que les coupes et les forces motrices naturelles concédées à l'avenir, le soient à charge de la coupe réglée, d’une culture et d’une exploitation qui assureront le maintien intégral de l'étendue territoriale en forêt et de la valeur économique en essences; que toute concession forestière ou hydraulique consentie par les pouvoirs publics, le soit pour un temps fixe et limité, par bail emphytéotique qui deviendra nul de plein droit dès que le locateur négligera d'en accomplir les conditions.

Et l'on aurait raison de demander cela quand même il serait vrai que la forêt fût inépuisable, ou qu’il en restât

encore, comme l’affirme M.Alex.Girard, de quoi fournir au Souvernement ‘‘un revenu en droits de coupe de $4,214,594 par année pendant cent ans, pour la première coupe seulement,” ce qui est fantaisiste. Car, encore une fois, de ce que notre forêt fut inépuisable, il ne s'en suivrait jamais que nous ne devrions pas l'utiliser au profit des Canadiens. Emparons-nous de l’industrie! voilà la thèse que nous soutenons dans ces études, et nous ne devons pas nous en écarter

L'Ontario est déjà entrée dans la voie de ces réformes, qui sont, en effet, la base nécessaire de toute bonne politique forestière et industrielle dans notre pays. Cette province procède peut-être un peu lentement. Elle désire

sans doute laisser à l'opinion le temps de s'affirmer. Ses hommes publics, comme les nôtres, savent bien que de tels changements, loin de diminuer les revenus des gouvernements provinciaux, les augmenteront au contraire énormément, à la longue, pourvu qu'on ait soin de s’occuper attentivement et systématiquement du développement des vraies industries forestières. Mais bien que rassurés pour ce qui est des revenus à venir, on semble craindre de part et d’autre que les revenus présents soient dangereusement affectés Par un changement trop brusque dans Ia politique forestière,

Tout en ne Partageant pas cette opinion, tout en croyant sincèrement que les réformes que nous exposons ici, loin de diminuer les revenus immédiats de la province, les augmenteraient au contraire considérablement, nous devons la respecter. Ne demandons donc pas que l’on

change de système du jour au lendemain. Qu'on procède lentement et avec circonspection, qu’on étudie un projet de réforme, qu'on l'applique graduellement et d’abord sur un espace restreint du territoire. Nous ne demandons pas autre chose pour agir sur l'opinion

“Il importe de noter, dit M. de Lanessan, un ancien membre du cabinet français, que l’évolution de l'opinion individuelle est toujours en avance sur celle de la morale sociale gouvernementale.” Ilest très vrai, sauf les grandes exceptions que nous avons signalées plus haut, que les gouvernements ne peuvent entreprendre d'importantes réformes que lorsque l'opinion publique les y pousse; mais tous les hommes éclairés peuvent aider à former l'opinion; mais les pouvoirs publics ne demandent certes pas mieux que de voir se produire une saine orientation de cette opinion. Et tout le monde sait bien que lorsque le public a vraiment accepté en principe quelque réforme importante, nulle difficulté administrative ne peut en empêcher la réalisation.

Depuis que cette étude a paru dans la ‘Revue Canadienne ”, il s’est déjà produit des changements favorables. Le gouvernement d'Ontario a confié les forces hydrauliques à une commission dont le devoir est de les protéger et de distribuer l'énergie électrique qu'elles produisent aux municipalités qui lui en font la demande. Le gouvernement de Québec a, cette année (1906), loué les chûtes d’eau à bail emphytéotique, au lieu de les vendre. Ii a de plus établi une vaste réserve forestière dans le nord. Cela, à notre avis, n’est pas encore assez, mais c’est un

progrès énorme qui doit réjouir tous ceux qui s'intéressent à l'avenir. C'est une Preuve non seulement du bon vouloir des autorités, mais aussi d'un mouvement sérieux de l'opinion publique dans la bonne direction.

Que tous les cœurs patriotiques s'appliquent donc à former l'opinion. Le jour où cette opinion sera née, l'expérience que nous esquissons dans ces études n'offrira absolument aucune difficulté pratique. Et si, au bout d’une décade, l’on Constatait qu’elle n’avait pas réussi, rien n’empêcherait que, de const :tement unanime, on l’abandonnât.

Cette éventualité n’est pas à craindre. Qu'on vienne donc aujourd’hui Proposer aux cultivateurs du Canada oriental de renoncer à l’industrie laitière! Après dix ans du système réformé que nous proposons, il serait tout aussi impossible d’induire la population à renoncer à l’industrie forestière. Après vingt ans la face du pays serait changée, la province de Québec contiendrait dix millions d’âmes et ses exportations dépasseraient de beaucoup le chiffre actuel de toutes les exportations canadiennes. La réserve forestière du monde serait en exploitation scientifique. Il est évident que les revenus provinciaux auraient augmenté dansles mêmesproportions d’unefaçon permanente et sans aucun sacrifice du domaine public,

Quoique nous fassions, du reste, les Capitaux industriels viendront bientôt se déverser sur notre pays. Leur effet Sur notre avenir dépendra en partie de leur provenance. Ceux qui nous viendront des Etats-Unis s’accommoderont assez facilement du désordre économique actuel, lequel

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ressemble à la condition où se trouvait leur propre pays à l’époque peu éloignée où l’on disait, dans la grande république, comme nous disons maintenant ici: la forêt est inépuisable! Ces capitaux seront moins puissants, comme chiffre, que le seraient les capitaux européens; ils les exclueraient néanmoins, si nous leur donnions carte blanche, parce que, étant moins stables et mo ns conservateurs, ils établiraient la fabrication intensive, rechercheraient les profits invraisemblables,cueilleraient rapidement ce que nous avons de meilleur; puis, dans quelques années, ils s’en iraient en ne nous laissant que des ruines.

Ce serait la répétition, sur une plus grande échelle, de la ruine des pays antiques, la répétition de ce qui s'est passé aux Etats-Unis, mais avec des conséquences infiniment plus désastreuses, puisque nos forêt: sont notre tout, tandis que les Etats-Unis ont d’autres ressources et un climat qui ne dépend pas aussi absolument de la permanence de la forêt. Nous ne pourrions jamais leur imposer des taxes ni les forcer à l’observance des lois, car le caractère particulier de ceux qui manient ce capital est la domination quasi brutale. De sages lois faites maintenant lui rendront l’accès difficile. Ilest important pour l'avenir que nous les inscrivions sans retard sur nos statuts et que nous les mettions rigoureusement en vigueur.

Ces mêmes lois décourageront beaucoup moins le capital anglais et européen, accoutumé à opérer dans un milieu mieux ordonné. Des lois protégeant la forêt, loin de repousser ce capital, l’attireraient, au contraire. Il y trouverait la garantie de permanence qu’il recherche; il

s’établirait au Canada, et seconderait puissamment l'effort des «utorités. I] ne viendrait pas non plus, comme le capital américain, par bribes isolées. Il s’implanterait en masses imposantes, ou il ne viendrait pas du tout. Il est bien connu, en effet, que le capital belge et français se prodigue par centaines de millions, là où quelques millions isolés ne se risqueraient pas. C’est ce qui fait sa force. C’est pour cela qu’on le trouve dans toutes les parties du monde, notamment en Russie, en Chine, au Congo. Il ne s’isole pas, il se groupe et il s'organise. Cette observation n’est pas de nous. Elle résulte de nos conversations avec une foule d’Européens éminents qui tous tiennent le même langage.

Ce qu'il vous faut, nous disent-ils, ce ne sont pas tant des immigrants agricoles, bien que cette classe d'hommes soit toujours tres utile, ce sont Surtout des capitaux entre les mains d’industriels savants et expérimentés, qui créeront dans votre Pays une classe dirigeante industrielle.

Nous ne sommes pas hostiles à l'entrée du Capital étranger dans notre Pays; et, aux conditions que nous venons de définir, nous croyons même qu’il serait sage de faire des efforts pour l’attirer. N'oublions Pas cependant que cette ressource ne dépend pas de nous et qu’en dernière analyse nous ne devons compter que sur nous-mêmes, Aussi croyons-nous pouvoir démontrer qu’il nous est très possible d'atteindre le développement industriel sans aucun secours étranger. C’est à cette œuvre que devrait travailler une société des industries forestières. Au chapitre prochain, nous examinerons plus en détail quel Pourrait être son mode de fonctionnement,

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