‹ L'indépendance économique du Canada français [microforme]Chapitre 4 sur 33 · LA TERRE CANADIENNE ET SES HABITANTS · texte numérisé non relu

LA TERRE CANADIENNE ET SES HABITANTS

ETENDUE TERRITORIALE DE LA CONFÉDÉRATION. —COMpA. RAISON AVEC D'AUTRES PAYS.—POPULATION ET RESSOURCES DES RÉGIONS DE L'OUEST, DU CENTRE ET DE L'EST.—AVANTAGES AGRICOLES ET INDUSTRIELS. — IMPORTANCE PRIMORDIALE DE LA FORÊT.

attachés jusqu'ici à fixer des conditions fo

sur la population qui!

statistiques que met

autant que possible,

Chacun sait que le Canada est, par l’étendue, un des plus grands Pays de la terre, Le Czar de Russie règne sur 8,660,000 milles carrés du globe: les Etats-Unis d'Amérique, avec leurs colonies, en réclament 3, 786,000; le Canada vient en troisième lieu avec 3,725,000 milles carrés de territoire.

Toutes les autres unités politiques du globe sont de proportions moins vastes, sans en excepter la Chine et l'Australie.

C'est en présence de ces chiffres que l’on comprend la position unique dans les annales du monde de ce souverain qui règne, par delà les mers, non-seulement sur le Canada, mais sur des pays comprenant onze millions de milles carrés et nourrissant plus de trois cent millions d'habitants. Et si l’on réfléchit que, sauf en Asie, cet empire n'est point maintenu par la force des armes, mais par un lien unique de devoir et de loyauté, l’on devra convenir que c'est là un exemple frappant de la sagesse dont sont capables les sociétés humaines lorsqu'elles ont le sentiment qu'elles sont libres et responsables de leurs actes publics.

Nous savons d'autre part que nuure territoire immense compte à peine deux habitants par mille carré, et qu’il avoisine, sur une longueur d'environ 4,000 milles, la populeuse république des Etats-Unis. C'est ce qui a fait dire à beaucoup de Canadiens—ce nombre, heureusement, diminue tous les jours —que notre existence nationale n'est qu'une illusion et que notre autonomie dépend du bon plaisir de nos voisins. S'il en était vraiment ainsi ces études n'auraient pas leur raison d’être,car à quoi serviraitil de favoriser l'épanouissement d'un sentiment national chez un peuple ainsi réduit à l'impuissance? Mais la majorité des Canadiens est bien loin de partager cette triste opinion. Elle croit, au contraire, que le Canada pendant de longs siècles tiendra fièrement sa place parmi

L'Amérique de l'avenir grandes puissances dont ore adolescente. Et c'est

comme celui qu'on appelle rt européen,

Au cours de ce travail, nous nous efforcerons de découvrir ner un effet pratique à ces Contentons-nous donc ici

r travailler à la solution de

Dans les vieux Corps politiques,

amment se heurter contre le fait

accor..pli, le droit acquis, et surtout contre les intérêts

divergents de ces sociétés nombreuses, Dans notre pays ces pierres d'achoppement sont encore assez petites.

Les fondateurs de la confédération en faisant Ja constitution Canadienne paraissent s'être attachés à restreindre autant que possible les attributions des législatures provinciales.

Il fallait, suivant lui, opposé. C'est la crai d’une trop grande entrale, qui fit naître, Parti hostile à la Confédérat':r. Ni d'un côté ni de l’autre on ne prévoyait que l'axe sociai, en

se déplaçant, dérangerait tous les calculs et rendrait par cela même l’œuvre bien meilleure.

Les questions nationales modernes, nous l’avons vu, sont presque toutes d'ordre économique et industriel. Dans notre pays, croyons-nous, nous possédons tous les éléments essentiels à la grande production industrielle. Mais la population étant encore peu nombreuse, il s’ensuit que le marché indigène et l'importation qui en dépend sont nécessairement limités; c’est pourquoi le tarif douanier n'aura point, avant plusieurs années, peut-être jamais, au Canada, l'influence décisive et vitale qu'il exerça longtemps aux Etats-Unis. L'influence prépondérante du tarif donna au pouvoir central américain la puissance qui lui manquait. La cause contraire produit au Canada l'effet opposé.

Sans doute, les attributions de notre gouvernement fédéral sont très amples; elles sont suffisantes pour l'administration efficace du pays, mais chaque province n’en reste pas moins maîtresse de ses destinées. Chacune tient la clef de son avenir puisqu'elle réglemente l'instruction et les terres publiques, et qu'elle peut, par 1à,exercer un contrôle absolu sur la formation intellectuelle et sociale de ses habitants. Dans un sens, les provinces sont plus puissantes que l'administration centrale; elles peuvent, même sans son CONCOUTS, faire beaucoup pour leur avancement, c’est-à-dire pour l'avancement du Canada. Mais s’il arrivait aux provinces de ne pas faire leur devoir, si elles négligeaient de profiter des avantages que leur offre notre constitution pour préparer les conditions

écon miques et sv-iales qui feront, dans l’avenir, encore plus ju par le passé, la base de la puissance des peuples, le posyci central resterait, quoi qu’il fit, impuissant et désarmé. En lui s’incarnera la grandeur nationale, mais à la condition que chaque province devienne la mère féconde de sages et utiles citoyens.

La confiance que nous pouvons avoir en notre avenir national ne doit cependant pas nous aveugler sur nos points faibles. Ils sont Surtout, nous l’avons dit, la longueur et le tracé arbitraire de notre frontière et le chiffre peu élevé de notre population. Le premier est le fait de la nature, le second a pour causes notre climat, notre situation politique et certaines conditions économiques. Notre

population est peu nombreuse parce que les immigrants d'Europe s’établissent en bien petit nombre ici. Il est naturel, en effet, que recherchant une nouvelle patrie, ces hommes se portent de préférence vers les contrées exemptes des longs hivers du nord comme des chaleurs accablantes des tropiques. Les pays ainsi situés devaient se peupler avant le Canada.

Notre situation politique aussi éloigue l’émigrant. Il faut vivre au Canada pour comprendre la liberté canadienne. Les étrangers ne s’en rendent pas bien compte. L'Irlandais qui s’exile recherche le drapeau étoilé; l’Allemand, l'Italien, le Français, etc.,préfèrent, en s’expatriant, ne pas retomber sous le drapeau d’une autre puissance européenne. Le courant de l’émigration s'est donc porté vers la république voisine, laquelle a ajouté à l’immigration volontaire venant d'Europe, l'immigration forcée.

Les descendants des noirs importés d’Afrique pour servir de bêtes de somme, forment, à eux seuls, une population qui dépasse du double toute celle du Canada.

Personne ne conteste que notre frontière du sud ne soit un de nos points faibles. Cela a failli tout récemment servir de prétexte à un coup d'Etat. Cependant cet inconvénient, réel aujourd’hui, diminue d’année en année; il disparaîtra bientôt. Lorsque le Canada aura acquis son complet développement, cette longue frontière deviendra une bien plus grande faiblesse pour sa voisine, car de tout temps la tendance envahissante a été du nord au sud, de l’est à l’ouest. C'est ainsi que tandis que les Américains peuplent l'Ouest Américain, les Ontariens l'Ouest canadien, les Canadiens-français se répandent dans l’Ontario et dans la Nouvelle-Angleterre. Tout porte donc à croire que ces mouvements de population seront graduels et pacifiques et que deux peuples libres et éclairés pourront s'entendre sans se détruire.

Nous parlerons plus tard de cette éventualité possible, C'est la seule qui puisse nous faire regretter pour ie moment la faiblesse numérique de notre population. A cela près, nous ne croyons pas que la lenteur de notre croissance soit un désavantage au point de vue social et national. Le nombre est utile pour le présent, la qualité est essentielle pour l’avenir. A ce point de vue, ce qui a été pour nous un véritable désastre, ce qui a réellement retardé nos progrès, c’est la cruelle saignée que nous a fait l’industrialisme américain. Il est certain que près d’un

tiers de notre accroissement naturel nous a ainsi Nous ne sommes que six millions.

huit ou neuf millions.

Partis parce que nous les avons chassés, Au sein de Pas su leur fournir le

travail et le pain. Nous les suivrons plus tard dans jes villes manufacturières où ils se sont groupés et nous leur nous voudrions les voir revenir,

Mais oCccupons-nous

Ceux-là

l’'émigration. Cependant ce ma qu’enrayé; il faut l’extirper à jamais. Nous y parviendrons

les Connaissant, nous voudrons parti sage et utile. Or, vou tous les cas, dit la Sagesse des

grave question.

Le territoire Canadien se divise naturellement en trois régions longitudinales, contenant des groupements de Population bien distincts. Nommons-les respectivement : la région orientale, la région centrale et la région occidentale.

La région orientale comprend les provinces du Prince- Edouard, de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et de Québec, soit une superficie de 1,258,431 milles carrés. Elle est plus vaste que tout l'empire allemand y compris ses colonies. Il est vrai que les territoires du nord, encore pratiquement inexplorés et peu productifs, comptent pour 854,961 milles carrés dans ce chiffre. Cette région contient plus du tiers de la population du Canada. On peut diviser cette population =omme suit au point de vue des origines et de la 'angue: (1)

(1) Nous conservons ici les tableaux de la première édition, parce que les chiffres du recensement de 1911 quant aux origines de la population ne seront publiés que bien après que ce livre aura paru. Nous n'avons pour le moment que la population totale par province qui est comme suit:

Prince-Edouard Nouvelle-Ecosse. 492,338

Nouveau-Brunswick 351,889 2,002,712 2,940,667

L'augmentation dans les trois premières provinces n'étant que de 43,385, tandis que Québec accuse un surcroît de 353,814; l'augmentation de la population d'origine française dans celles-là faisant plus que contrebalancer celui de la population de langue anglaise dans celle-ci, nous pouvons, en restant en deça de la vérité, établir la population suivante pour le recensement de 1911:

Population d'origine et de langue française .… 1,816,769 Population d’origine ec de langue anglaise....... Son .. 1,122,756

DU CANADA FRANÇAIS 39 a

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