LA POPULATION FRANCAISE
SON DÉVELOPPEMENT NUMÉRIQUE. — INSUFFISANCE DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE ET MANQUE DE CONNAIS- SANCES PRATIQUES.—DÉFAUT SOCIAL DE LA RACE ET SES CONSÉQUENCES.—PLUS AVANCÉS SOCIALEMENT QUE LES FRANÇAIS AU DÉBUT DU 1% SIÈCLE, LES CANADIENS-FRANÇAIS PARAISSENT MAINTENANT EN RETARD.—FAIBLESSE ÉCONOMIQUE DES CANADIENS- FRANÇAIS. — SES CAUSES. — SIGNES ENCOURAGEANTS POUR L'AVENIR.
E rameau détaché du vieux tronc français a toujours intéressé ceux qui, s’occupant de sociologie ou d'histoire, ont eu l'avantage de l’étudier de près. On a beaucoup écrit à son sujet dans les deux hémisphères, et la plupart du temps avec une ignorance excusable lorsqu'il s’agit de détails, impardonnable quand on touche sans s’en apercevoir à des questions d’une importance générale. Il est permis d’ignorer l’histoire intime des Magyar: .ngrois, il serait honteux de ne pas savoir qu'ils furent le boulevard de la chrétienté en Europe, les champions victorieux du principe autonomique dans l'empire germain.
sont plus celles de Ja France Contemporaine, De la quasi miraculeuse Survivance des Canadiens-français et de leur phénoménal développement, On a dit peu de chose, Qu'ils se soient fait les défenseurs de l’idée française et catholique en Amérique,
ce sont des faits que l’on
N'est-il pas singulier qu’on s’abstienne
de signaler en France ces grands actes qui témoignent de la vigueur de la mentalité française?
Le gouvernement britannique sent plus juste; tous ses actes officiels le prouvent. Cependant il existe encore en
Cotton, un officier
exprime dans un récent
tude persistante ne fasse empire des Indes. Comme
il n’est pas Surprenant de trouver
ce groupe peu nombreux, mais bruyant dans son ultra-loyalisme, tendant la main, dans la république américaine, à ceux-là précisément qui n'ont jamais pardonné aux Canadiens d'être restés fidèles à la Grande-Bretagne, en 1775. Pour ces derniers, le Canada français n’est qu'un vestige de l’ancien régime. On n’y retrouve plus sans doute les charmants grands seigneurs et les dames exquises du temps de Frontenac; mais Jean-Baptiste est toujours la momie de Jacques- Bonhomme, la province de Québec un décor d'opéra comique.
Les Canadiens-français se consolent facilement d’être ainsi déprisés. Ils savent que le temps fera justice des faux jugements, et, conscients de leur propre valeur, ils ont en outre le sentiment d’une appréciation fraternelle de la part d’un certain nombre de leurs compatriotes de langue anglaise. C’est même un des faits notables de notre vie nationale que les fauteurs de discorde n'ont jamais réussi à cntamer sérieusement le fonds de confiance réciproque qui existe entre les deux populations du Canada et que les appels à la justice et à la tolérance sont presque toujours écoutés. Aussi ces deux populations semblent-elles de plus en plus disposées à partager amicalement leurs gloires passées, leurs occupations présentes et leurs soucis de l’avenir. Et tout cela s’accentuera davantage, si nous savons nous corriger de certains de nos défauts, dont le plus grave sans aucun doute est notre faiblesse économique. C’est là ne tendance sociale qu’il convient de noter, avant de parler du développement
numérique et de la condition économique de ces deux groupes. (1)
(1) Il est toujours même lorsque leur ju d'être averti des prév Compte afin d'être en état de les co de notre conduite.
Pour détacher quelqu Goldwin Smith: ‘‘Canada and the
“Québec est une théocratie.. , prêtre. Celui
encrouté.., il lopin paternel. . , beaucoup de soupe
ce qui donne lieu à des moqueries.
+ L'habitant n'est ni cultivé, ni ambitieux, mais i] est supérieur au troglodyte de ‘La terre.” lens-fran L'Eglise encourage chez eux, hâtifs dans !’
e monastère dominant 1 ne révèlent le pouvoir du prêtre.’
Prétendre expliquer par un tel tissu d'exagérations La condition sociale d’un peuple est plus d'un Pamphlétaire que d'un Philosophe. Et M. Goldwin Smith n'a d’être original, Une foule d’autres auteurs dans le même fiel.
-français. La merveille C’est qu'elle ne les déteste pas de tout son cœur.
Pour ce qui est du développement numérique des Canadiens-français, nous ne saurions mieux faire que de consulter l'étude publiée par M. Thomas Côté, un des commissaires du recensement de 1901; travail qui met vivement en lumière l'augmentation rapide de la population française du Canada.
“Seconde province de la confédération, dit-il, par l'importance de sa population, Québec a vu sans cesse croître l'élément français, qui y a toujours été prépondérant. Il y a actuellement dans la province 1,649,898 habitants, dont 1,322,115 de langue française, 289,929 de langue anglaise et 36,854 ::ppartenant à des races diverses. L'augmentation de la population dans la province de Québec en dix ans est de 160,363. Comme les Canadiens-français de cette province ont augmenté de 125,769, la population non-française n’a donc progressé que de 34,594. Cette dernière est e rainorité dans tous les collèges électoraux, excepté Arssnteuil, Pontiac, les divisions Sainte-Anne et Saint-Antoine de Montréal, Brome, Huntingdon et Stanstead. Il y a vingt ans, les Canadiens-français étaient en minorité dans tous les cantons de l'Est, ainsi que dans Pontiac, Argenteuil, Québec-Ouest, Huntingdon et Montréal-Ouest. Chaque recensement décennal a indiqué en leur faveur des gains : nsidérables. Si bien qu'aujourd'hui, dans tous les collèges électoraux qui, à l’époque de la confédération, devaient être, dans l’esprit de ses auteurs, exclusivement réservés à l’élément anglo-saxon, ils sont en majorité. Petit à petit les Anglo-saxons ont déserté ces collèges
électoraux et ont été remplacés par des Canadiens-français. Le tableau suivant indique 1a Progression :
Compton... . 12,444 Argenteuil. ......,. Sas 9,207 Pontiac 15,421
Le même Phénomène se Produit dans les comtés d’Ontario situés sur les confins de Québec, comme nous le verrons plus loin.
Dans les Provinces maritimes aussi, la proportion des Acadiens augmente à la population générale, Le miracle, c'est que la Population française y après la cruelle persécution
ui même aujourd'hui n’a pas e soit plus |’ Là, comme aux Etats
ne que ce groupe doit sa . Dès que les circonstances le permirent, les Acadiens revinrent
des contrées lointaines où on les avait déportés,ils sortirent des bois où on les avait traqués comme des bêtes fauves. Aujourd'hui ils occupe.:: de nouveau l'antique patrie; ils ont leurs terres, leurs églises, leurs écoles, leurs collèges, inute leur organisation sociale. Il semble cependant que leur caractère reflète quelque chose des tristesses passées. Ils sont plus graves et moins communicatifs que les gens de Québec.
“Je me sens le cœur réjoui, écrivait le regretté abbé Casgrain, en songeant que cette belle contrée, arrosée par les rivières Memramcook et Petitcoudiac, est encore toute française. Les Acadiens, qui avaient été expulsés en 1775, en ont de nouveau pris possession, ils y ont si bien prospéré qu'ils forment aujourd’hui le groupe le plus important de leur race au Canada... Les terrains que leurs ancêtres avaient conquis sur la mer, par les travaux d’endiguement qu'ils avaient faits le long des deux rivières, et qui avaient été submergés depuis leur dispersion ont été mis en culture depuis leur retour. Ces terrains ont été tellement agrandis d'année en année, qu'aujourd'hui leur longueur totale n'est pas moins de trente milles sur une largeur considérable.”
Les Acadiens ont remporté là une belle victoire. Ils ont prouvé qu’on n’extermine pas un peuple qui garde dans son cœur l'amour de son pays. Cette population pleine de vigueur et de sève, et qui a produit depuis son retour beaucoup d'hommes distingués, augmente constamment en nombre. M. Côté, dans l'étude dont nous avons cité plus haut quelques passages, fait remarquer que tandis
Que la population de langue anglaise diminue dans deux
sur trois des provinces maritimes, la population de langue
française y augmente notablement, ainei que l’atteste le tableau que nous transcrivons:
Population Française
Prince-Edouard 11,847 Nouvelle-Ecosse 29,836 61,767
Quant à l'Ontario, sa Population totale n’a augmenté que de 68,622 durant la dernière décade, et sur cette Augmentation celle de la Population de langue française compte pour 57,548, II résulte de ces chiffres qu'à une Population totale de 1,404,974 en 1891, les Canadiensfrançais ont ajouté pendant la décade 244,897, L'augmentation entière de la population durant la même Période ayant été de 538,076, il s'ensuit que près de la moitié de cette Augmentation est due aux Citoyens d’origine française.
Si nous voulons suivre les Canadiens-français jusqu'aux Etats-Unis nous retrouvons la même fécondité. M. R.-R, Kuczynski a publié, d’après le recensement de 1895, une statistique intéressante sur la fécondité des races dans la Nouvelle-Angleterre. Il a dressé pour le Massachusetts
résumons ici, en faisant remarquer à peu de chose près la même dans toute la Nouvelle-Angleterre.