L’INDÉPENDANCE ÉCONOMIQUE
changer de côté. En ce moment, au Canada, la population anglophone est de beaucoup la plus nombreuse, et 1 écart numérique augmentera sans doute encore avec le peuplement des provinces de l’ouest. Mais il n’en était pas ainsi il y a un siècle, il en sera peut-être autrement dans cent ans. Qui aurait pu prévoir en 1800 que 1 Allemagne aurait une population bien supérieure en nombre à celle de la France ? Actuellement, l’importance économique de l’élément anglosaxon est, proportion gardée, plus grande que celle de la population de langue française. Ce fait n’est pas par lui-même concluant. La situation favorable du groupe anglais peut s’expliquer par les renforts constants en hommes, en argent et en connaissances de tous genres qui lui arrivent.
Qui, en 1800, aurait osé prédire que l’Allemagne, en 1900 serait la rivale industrielle de l’Angleterre ? Le groupe français, décapité au moment de la conquête, a du se reconstituer lentement et péniblement une élite, une classe pensante et dirigeante. Il l’a fait avec succès pour ce qui est des hommes politiques et des parlementaires jla fiere attitude des Canadiensrrançais dans cette lutte acharnée d’un demi-siècle, donne la mesure de leur force morale et de leur intelligence.
Quand à l’élite patronale, économique, agricole et industrielle, elle n’existe pas encore parmi les Cana-
Dr CANADA FRANÇAIS
diens- français. Ils ne savent pas encore ce que c’est que le patronage industriel.. Mais cela viendra, il y aura réveil. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans de longues explications. On admet généralement d’ailleurs les qualités intellectuelles de nos compatriotes. Mais nous désirons très vivement faire sentir la solidarité nationale de ces deux groupes. Si le Canada doit accomplir ses destinées, ils doivent marcher de paii sur la terre canadienne, etre et se reconnaître égaux en gloires et en lumières. C’est dire qu’avec les âges, le Canada devra contenir une population difléi ente et très probablement supérieure physiquement et mentalement aux autres populations américaines. A la lumière de la philosophie de l’histoire, il est permis de raisonner ainsi.
Avons-nous jamais réfléchi aux causes du succès de ces commerçants ou de ces industriels qui s’établissent à l’étranger, succès si remarquable que la sagesse populaire en a tiré cet axiome, qu’il faut chercher la fortune au loin ? Nous pourrions multiplier les exemples pour en prouver la vérité. Il est plus court de l’établir en énonçant une règle fondamentale de sociologie. C’est que ces hommes qui cherchent ainsi fortune au loin apportent avec eux au pays de leur adoption la mentalité de leur pays d’origine. Ils ajoutent bientôt à ces qualités premières quelque chose qui leur vient de leur entourage immédiat et
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qui représente la mentalité du pays où ils vivent. De cette combinaison il résulte ordinairement une supériorité, laquelle, dans les cas isolés, disparaît naturellement au bout de quelques générations. Elle devient permanente lorsque le contact a lieu entre deux races exerçant l’une sur l’autre une action constante dans un pays ou ni l’une ni l’autre n’est socialement ou politiquement tout à fait prépondérante. C’est là une des causes de la grande diversité des peuples, c’est une des lois de l’évolution.
Cette influence des races l’une sur l’autre ne s’exerce cependant d’une façon bienfaisante que lorsque les conditions de leur contact sont favorables. Ainsi, il est avéré que les Anglo-saxons sont en minorité dans les Etats-Unis d’Amérique. Les Irlandais, les Allemands, les Italiens, etc., y sont bien plus nombreux. Mais ces populations d’origine étrangère aux citoyens fondateurs de la république, n’amenant avec elle rien ou très peu de chose des institutions de leurs divers pays, se hâtent d’en oublier la mentalité pour se 'fondre tant bien que mal dans le grand tout américain. Il est admis que cette classe d’Américains n’est pas la meilleure, surtout dans la première génération, et chez certains groupes l’assimilation finale comporte une décadence. Quel avantage ne constate-t-on pas d’autre part chez les descendants des Hollandais- Anglo-saxons de New-York, lesquels s’enorgueillis-
sent de leur origine batave comme d’un titre de noblesse. Chez eux, ce n’est pas tant la race qui est supérieure, c’est quelque chose de plus : le sentiment de la puissance s’appuyant sur quelque tradition sacrée d'où germe l’aspiration irrésistible des peuples fondateurs.
A tout considérer et en dépit de toutes les prétentions, les races d’origine européenne diffèrent assez peu physiquement les unes des autres. Les types de beauté de la Grèce et de la Rome antique, sont encore les types classiques d’aujourd’hui, depuis Athènes et Rome jusqu’à Stockholm et Edimbourg. Si l’on pouvait prendre des enfants sains dans tous les pays d’Europe pour les élever ensemble absolument de la même façon, sans qu’ils connussent euxmêmes leur pays d’origine, à leur majorité, le plus habile ethnographe pourrait très difficilement désigner l’Anglais, le Français. l’Allemand, l’Italien, le Russe. Ils sembleraient tous appartenir à une même nation, parce qu’ils seraient de formation mentale identique. Cela est tellement vrai que pour déterminer la nationalité d’un individu de race européenne, les connaisseurs tiennent moins compte de la taille, du teint et de la forme extérieure et apparente en crâne, que de l’expression qu’imprime à la physionomie, que de la tournure qui donne à toute la personne l’éducation
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qu’il a reçue et qui est sa mentalité, sa manière habituelle d’être et de penser.
Socialement, la population anglaise d Ontario avec laquelle les Canadiens-français ont les plus nombreuses relations, est restée profondément conservatrice. Issue principalement, mais non pas entièrement de ces américains qui émigrèrent après la Révolution plutôt que d’accepter les institutions républicaines, elle s’est adaptée à son milieu sans changer beaucoup le fond de ses idées. Il faut admettre que les Loyalistes eurent de forts encouragements pour persévérer dans leurs sentiments de fidélité à la couronne anglaise. Leurs sacrifices furent reconnus et appréciés par le gouvernement britannique. On les indemnisa nonseulement par de larges concessions territoriales, mais aussi en argent. Le Parlement leur fit distribuer, à titre d’indemnité monétaire, une somme de plus de seize millions de dollars, en valant bien cinquante millions aujourd hui. Et toujours dans le même esprit, il leur accorda une constitution calquée en apparence, mais non pas en réalité, sur la constitution britannique.
Il était nécessaire, dans les circonstances, de faire des concessions semblables à la province française, laquelle s’en servit aussitôt comme d’un instrument d émancipation. On sait que les deux groupes finirent par suivre, en fait de visées politiques, des chemins parallèles, et que c’est vraiment de leur lutte pour la
plénitude du gouvernement responsable, que sortit le système impérial moderne. Cette circonstance fut, dès 1 origine, un premier point de rapprochement entre ces éléments si différents. C’est grâce à elle que les institutions publiques sont pratiquement les mêmes dans toutes les provinces de la Confédération. Les mœurs publiques le sont aussi ; il est vrai que celles-ci ne sont pas toujours aussi parfaites qu’on pourrait le souhaiter, ce qui contraste parfois péniblement avec la moralité que l’on remarque chez les Canadiens de toutes classes dans leur vie privée et particulièrement chez la population d’Ontario. Nous ne prétendons point que la moralité proprement dite soit moindre dans le groupe français, mais il est incontestable que l’on trouve beaucoup moins de traces dans Ontario de cet état maladif que nous avons signalé chez la population de Québec. Cela provient sans doute, du moins en partie, de ce qu’Ontario se trouve dans de meilleures conditions économiques. Et, cet avantage, nous l’avons vu, s’explique en premier lieu par la formation sociale du groupe, ensuite par l’abondante pluie d’or qui est tombée sur les premiers colons, et qui leur a permis de fonder de solides établissements, enfin, par l’importance du capital angliisqui est venu un peu plus tard commanditer la plupart de leurs industries.
Les Ontariens, à l’aise dès le début, ont su rendre leur aisance permanente en faisant de leur richesse le meilleur usage possible. Ils ont établi un admirable système d’écoles primaires. Cependant, comme il semble naturel aux hommes de s’opposer tout d’abord aux grandes réformes destinées à augmenter leur somme de bonheur, le projet rencontra au début beaucoup de résistance et il est certain que les écoles d'Ontario ne seraient pas ce quelles sont, malgré les efforts de feu le révérend docteur Rverson, si cet apôtre de l’instruction publique dans Ontario, plus heureux que le docteur Meilleur dans Québec, n’eût trouvé un puissant allié dans la personne de lord Elgin. Celui-ci était gouverneur général au moment où le système Ryerson fut soumis au jugement populaire. Gradué d’Oxford, ayant étudié tous les systèmes européens, chose fort rare à cette époque, et sut appuyer le projet d’arguments précis qui, venant d’un tel personnage, eurent une influence déterminante sur le résultat. En 1876, le docteur Ryerson se retira du poste du surintendant. Il fut remplacé par un ministre responsable à la tête du ministère de l’instruction publique, lequel, continuant son œuvre en l’améliorant, l’a conduite à la perfection relative que nous admirons aujourd’hui. C’est ainsi que nos compatriotes d’Ontario, par les soins qu il sont prodigué à l’enfance, ont fait la vie sociale plus large,
la vie familiale moins étroite que clans la province de Québec. L’individu, parmi eux, a plus immédiatement conscience du devoir pratique.
Citons-en un exemple frappant.
La dette provinciale de Québec contractée pour des fins d’utilité publique, est de $37,395,595 (1901) : sa dette municipale représente peu de chose. Ontario n’a pas de dette provinciale, mais sa dette municipale est de $57,172,712 (1901). Les municipalités de la province n’ont pas craint d’escompter l’avenir dans l’intérêt de leurs besoins locaux et il est probable que ces emprunts seront plus profitables à la chose publique que ceux du gouvernement de Québec, puisque la prospérité des villes et des villages attire le commerce et l’industrie, voir même le chemin de fer non subventionné.
Ainsi, nous le constatons, l’œuvre de l’école aidant aux hérédités préexistantes, a permis à la population de langue anglaise, surtout dans la province d’Ontario, de développer les qualités individualistes qui permettent aux hommes de se suffire à eux-mêmes dans la vie privée. Il en résulte un type énergique, débrouillard, actif, rarement en peine pour gagner largement le pain quotidien et ne craignant pas de risquer quelque chose pour acquérir le superflu.
M. John Millar, sous-ministre de l’Instruction publique, disait en 1893 : “ Le système d’éducation
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dans Ontario est digne d’un peuple libre. Ses fruits ne sont pas difficiles à découvrir. Dans les campagnes les plus éloignées comme dans les villes, filles et garçons sont assoiffés de savoir. Equiper leurs enfants pour la bataille de la vie en leur procurant une éducation morale et intellectuelle, voilà l’ambition des parents dans toutes les parties de la province. ” Le gouvernement, dit-il ailleurs, s’est efforcé de mettre en pratique ces belles paroles de Milton : “ Une éducation complète et généreuse est celle qui met l’homme en état d’accomplir avec justice, science et magnanimité, les devoirs publics et privés, tant de la paix que de la guerre. ”
Si nous acceptons cette définition de Milton, qui, en effet, est générale et excellente, nous aurons à féliciter nos compatriotes d’Ontario, d’avoir su accomplir une partie importante de leur devoir envers la jeunesse, c’est-à-dire envers le pays. Pour tout ce qui regarde les devoirs de la vie privée, il est certain que le système scolaire de la province est très recommandable. Mais pour ce qui est des devoirs publics du citoyen, il nous semble qu’il y aurait certaines réserves à faire. Le devoir public suppose des citoyens assez éclairés pour comprendre, mais il requiert aussi une elite intellectuelle assez détachée des choses purement utilitaires, assez élevée au-dessus de la masse, pour l’embrasser toute d’un coup d'œil d’ensemble,
pour fournir, en un mot, les chefs de la nation. Or il nous semble que pour former de tels hommes il faut un foyer plus intense que les H.igh Schools ou les Collegiate Institutes, excellents dans leur genre, mais qui n appiochent ni du Upper Canada Oollege, qui est un centre à peu près unique dans la province sœur, ni des collèges classiques tant décriés de la province de Québec. Nous pouvons ensuivre les effets à ce degré supérieur de l’échelle sociale ou les intérêts matériels de l’individu de viennent jusqu à un certain point secondaires. Là, malgré leurs désavantages aux degrés inférieurs, les Canadiens de langue française sont incontestablement aujourd’hui, comme ils 1 ont toujours été, au premier rang. C’est saus doute que le régime intellectuel qu’ils ont subi comporte une sélection plus rigoureuse, et les entoure de difficultés telles qu’ils doivent succomber ou s’élever très haut. Naturellement, c’est le petit nombre qui s élève, mais ne dirait-on pas, à étudier l’histoire du monde, que ces sacrifices sont la condition nécessaire de la gestation qui produit l’élite ? Parmi les éléments qui composent nos chambres législatives, un des plus admirables, sans doute, est celui qui comprend les négociants, les industriels et les hommes de métier, lesquels, après s’être fait une carrière honorable et prospère, viennent consacrer leurs lumières et leur expérience au service de leur pays otium cum dignitcite. Dans
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la masse de la représentation populaire, c’est peuttre l’élément le plus sain. Mais nous savons tous que ce n’est pas de la que surgissent le9 vrais dirigeants. Ceux-ci se recrutent parmi des hommes qui souvent ne semblent pas tins pratiques, mais qui planent dans les hautes régions de la pensée. Ils peuvent nous apparaître de prime abord peu armés pour le strugçjle for life. Quelquefois on sera tenté de dire, on dit même bie i souvent, avant qu’ils aient fait leurs preuves : ce sont des rêveurs, des inutiles, ils ne savent rien de la vie pratique. Ces jugements sont parfois téméraires. “ En général, dit Ruskin, l’œuvre bonne et utile, qu’elle soit de la main ou de la tête, est peu ou point payée. Je ne dis pas que cela devrait être, je- dis qu’il en est toujours ainsi. Règle générale on paye qui nous amuse où qui nous trompe, et non pas qui nous sert. Cinq mille livres l’an au hâbleur, vingt sous par jour au soldat, au laboureur, au penseur, c’est la règle. Les meilleures œuvres d’art, de littérature, de science, ne sont jamais payées. Cembien pensez-vous que Homère obtint de son Iliade ? ou le Dante de son Paradis ? On ne leur en donna que du pain amer dans la maison d’autrui. En sciences, celui qui inventa le télescope et qui le premier vit le ciel, fut payé d’un cachot ; celui qui inventa le microscope et qui le premier vit la terre fut chassé de sa demeure et mourut de faim :
DU CANADA français
il est clair que Dieu veut que toute œuvre excellente soit faite pour rien. Ne nous hâtons donc pas de proclamer que l'enseignement dit utilitaire est la seule qui vaille ou même la plus utile en fait. Admirons ces grandes universités où, comme à McGill et à Toronto, l'on enseigne avec tant de soin et de succès les sciences appliquées à l’industrie, mais ne méprisons pas ces institutions plus humbles où parfois la pensée prend un essor plus puissant et plus original.
Nous adressant à la population canadienne-française, dont un des grands besoins est précisément une bonne et solide instruction pratique, nous osons à peine signaler les inconvénients auxquels cette chose si excellente en elle-même peut donner lieu. Cependant la justice nous oblige d’admettre que la demi-instruction des masses entraîne de fâcheuses conséquences sociales et politiques. Il est douteux que. les notions superficielles acquises dans des écoles inférieures, vaillent la vieille sagesse traditionnelle des populations peu lettrées. Une foule sachant lire et écrire peut à la rigueur être plus ignorante qu’une foule illettrée qui s’inspire de la saine raison. Celle-ci connaît son ignorance et se défie d’elle-même ; celle-là se croit plus capable de juger et elle est peu maniable. Sa tendance est de rejeter tout ce qui ne représente pas pour elle un intérêt immédiat. Tout autant que la première elle peut s’éprendre de préjugés ; elle peut
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plus facilement s’abandonner à la colère et à l’injustice. Les éléments idéalistes et pratiques sont nécessaires dans toute organisation sociale et il n’existe aucune pour raison qu’on ne les développe pas chez les deux races.
Nous savons qu’au point de vue de la richesse économique, la population de langue anglaise du Canada, celle du moins qui habite la province d’Ontario, est plus avantageusement située que la population française. Nous avons indiqué plus haut quelques-unes des causes de cette différence, qui n’est du reste ni très grande, toute proportion gardée, ni décisive pour l’avenir.
Ontario n’est pas exempte du mal social qui mine Québec ; ce mal y est moins intense, mais il existe, et le mouvement de la population le prouve. L’émigration chez un peuple peut être, quelquefois provoquée par un surcroit de population, cependant c'est là une exception. Presque toujours elle a pour cause quelque vice économique et social. Suivant les circonstances où elle se trouve, suivant sa formation sociale surtout, une population se révolte contre le mal qui l’accable, ou elle émigre,
Dès 1858, M. Louis Viardot, en étudiant l’émigration prodigieuse de la population écossaise, prédisait les difficultés économiques présentes du Royaumi-Uni. La décadence agricole, effet voulu par les grands
pioprietaires dune part et par l’industrialisme de 1 autie, porte aujourd hui ses tristes fruits. Même dans les Iles Britanniques, le surcroit de population n’est qu une des causes secondaires de l’émigration. L’Ontarien émigre tout comme le Québecquois. Il se porte vers l’Ouest canadien, mais surtout vers les Etats-Unis. La province est donc encore loin de constituer un foyer d’appel aux travailleurs, la vie nationale n y est donc pas complètement saine. Ontario perd non seulement ses cultivateurs et ses artisans, mais aussi son élite.
M. Morley Wickett fait observer que la plupart des jeunes spéciali stes canadiens finissent par s’en aller aux Etats-Unis. O est que les champs d’activité industrielle manquent au Canada. Il nous semble donc que les deux provinces souffrent d’une anémie dont le remède serait l’organisation de la grande industrie d’exportation. Mais elles doivent surtout diriger leur effort vers ces fabrications dont elles produisent en abondance les matières premières. Nous voulons parler naturellement des produits de la forêt qui font présentement la richesse de la Suède et de la Norvège, où on les exploite beaucoup plus scientifiquement que chez nous. Ces pays offrent plus d’une analogie avec les provinces centrales du Canada.
Les provinces de l’Est et de l’Ouest ont la houille.
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Graduellement, leur industrie se développera et prendra avec le temps et lorsqu’elle sera devenu assez puissante pour soutenir la concurrence, une importance mondiale ; mais ils auront pendant longtemps, toujours peut-être, de formidables concurrents. Les provinces du centre, avec leurs forêts et leurs chutes d’eau, seront, dès qu’elles le voudront, pratiquement les maîtres des marchés. Chacune peut travailler indépendamment de l’autre à cette œuvre importante. Toutefois pour que la réussite soit complète, il serait préférable qu’elles se prêtassent un mutuel concours, que l’industrie d’Ontario s’inspirât de l’esprit artistique français, que 1 industrie québecquoise empruntât quelque chose de l’esprit pratique qui distingue l’ Anglo-Saxon.
L’entente entre les races canadiennes est importante au point de vue économique et national. Elle l’est aussi au point de vue plus large de la civilisation du monde. Ceux qui voudraient étouffer l’essor de l’une ou de l’autre de ces races feraient, inconsciemment peut-être, œuvre réactionnaire et antisociale ; œuvre stérile aussi, car on ne refoule pas le courant des rivières. Les barrages ajoutent à leurs forces. Il n’y a qu’un moyen d’arrêter le progrès national et normal d’une race saine, c’est de l’exterminer.
Celle des deux races canadiennes qui saura, tout
DÜ CANADA FRANÇAIS
en conservant intactes ses qualités propres, s’assimiler les qualités maîtresses de l’autre, sera nécessairement la plus prospère et la plus influente, car elle sera la plus civilisée. Et lorsque nous voyons des penseurs comme Ruskin s’efforcer d’inculquer à leurs compatriotes ces idées qui sont de l’essence meme de la mentalité française ; lorsque nous suivons d’autre part en France la croisade persistante de Leplay, Tourville et Detnolins en faveur de la formation sociale anglaise, la conclusion s’impose que le progrès social et civilisateur veut une combinaison de ces éléments. Elle se fera, mais bien lentement, car les peuples comme les hommes s’accoutument à leurs infirmités et il leur en coûte toujours beaucoup de se soumettre à l’opération qui doit les guérir. Nous sommes donc en présence d’une solidarité inévitable qu’il faut accepter et convertir en puissance par les moyens de l’entente et de la coopération.
Ce seul mot de coopération, dans son sens large et véritable, implique un degré plus avancé de civilisation que celui qui existe maintenant dans la plupart des sociétés humaines. C’est l’expression d’une idée économique dont la puissance grandit sans cesse.
Dans presque tous les pays, il s’est trouvé une élite qui en a compris l’importance et qui s’est groupé pour la répandre. Produire et acheter à meilleur compte, telle fut sa modeste origine. Mais l’impor
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tance sociale de l’idée n’a par tardé à se faire jour. Les groupes disséminés, de travailleurs se sont tendu la main à travers les frontières, ils se sont réunis pour coopérer plus efficacement à l’œuvre de la coopération. Une ligue internationale s’est formée, et le président actuel de cette ligue est son excellence le comte Grey, gouverneur-général du Canada. Ce titre n’est pas le moindre de ceux qu’il porte avec tant de dignité. Pour notre part nous y voyons un présage encourageant. La pensée que nous aurons à exposer dans la suite de ces pages n’est au fond que la coopération appliquée largement à l'avancement de la population canadienne. Il nous tarde d’entrer au cœur même du sujet. Avant de le faire cependant, il nous paraît indispensable d’examiner brièvement ce que doit être l’éducation nationale de notre peuple, s’il veut s’armer pour la conquête de l’avenir.