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ÂPHORISMES SUR LA MUSIQUE

PAR ROBERT SGHUMANN

{Suite et fin)

Dans vos jugements sur les œuvres musicales, séparez toujours celles qui ont pour objet la réalisation d'un idéal élevé, de celles qui ont été confectionnées pour le seul amusement des amateurs. Prenez hautement parti pour les premières, mais supportez sans vous irriter le succès des autres.

La Mélodie! G'est-làle cri de guerre des dilettanti. Certainement il n'existe pas de musique sans mélodie; mais sachez comprendre ce que signifie ce mot dans la bouche des personnes qui s'en servent pour battre en brèche les plus nobles productions. Elles entendent uniquement par là les motifs que l'on saisit même en n'apportant aucune attention à les écouter, les thèmes rythmiques et agréables. Il y a pourtant un autre genre de musique dont vous apprécierez la valeur en étudiant les œuvres de Bach, de Mozart, de Beethoven. J'espère que vous serez bientôt dégoûté des chants uniformes et pauvres

qui se rencontrent couramment dans les opéras italiens.

Si vous improvisez de petites mélodies en laissant vos

doigts courir sur le clavier, c'est déjà un joli résultat; mais si vous savez en créer sans l'auxiliaire de l'instrument, réjouissez-vous bien davantage^ car alors le sens musical s'éveille en vous. Les doigts doivent exécuter ce que l'esprit a conçu. Le contraire ne doit pas arriver.

Si vous commencez à composer, disposez tout dans votre tête, et, quand votre ouvrage sera entièrement achevé, essayez-le sur l'instrument. Si votre musique est venue du cœur et si vous l'avez bien sentie, elle fera sur les autres la même impression.

Si le Ciel vous a doué d'une imagination ardente, vous resterez assis au piano bien souvent pendant les heures solitaires pour exprimer les harmonies qui se chanteront au dedans de vous-même et vous vous sentirez peut-être d'autant plus invinciblement attiré comme dans des cercles magiques et d'autant plus captivé que le domaine de la théorie vous sera moins connu. Ce sont là les heures les plus heureuses de la jeunesse. Gardez vous cependant d'une tendance trop exclusive à ce genre de rêverie. Craignez d'épuiser vos forces et de vous habituer à employer votre temps, pour ainsi dire, à poursuivre des ombres. Vous ne parviendrez à dominer victorieusement la forme qu'à l'aide du signe précis, du caractère de notation. Sachez donc écrire ce que vous a dicté votre fantaisie

impatiente et folle.

Appliquez-vous de bonne heure à connaître l'orchestre et exercez-vous à le diriger. Observez beaucoup les bons directeurs. Vous pouvez même conduire vous-même par la pensée un orchestre, cela vous aidera certainement à pénétrer plus avant dans ce que vous entendrez.

Ne vous isolez pas dans votre spécialité. Tenez-vous au

courant des progrès des autres et des sciences et ne dédaignez pas l'étude de la vie.

Les lois de la morale sont aussi celles de l'art.

Par l'application et la persévérance vous vous élèverez toujours davantage.

Avec une livre de fer dont le prix est bien peu de chose, on peut faire des milliers de ressorts de montres dont la valeur sera infmiment plus grande. Utilisez scrupuleusement la livre que vous avez reçue en partage.

Sans l'enthousiasme, rien de beau ne s'accomplit dans

l'art.

L'art n'a pas pour objet de nous procurer la richesse. Soyez un noble artiste et le reste vous sera donné par surcroit.

Vous ne comprendrez bien l'esprit que quand vous serez arrivé à maîtriser pleinement la forme.

Peut-être le génie, seul, est-il capable de comprendre

complètement le génie.

Quelqu'un disait qu'un musicien parfait devait être en état, après l'audition d'un morceau d'orchestre compliqué, de se représenter la partition, vivante pour ains dire, et de se rendre compte des combinaisons variées de l'instrumentation. On ne peut rêver rien de plus

difficile.

Vous n'aurez jamais fini d'apprendre.

Traduit de rallemand

par Amédée Boutarel.

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