TBONS LA LEUR ACCORDER
K<ws aurons dans cette âëel«ration la prenye qae l'opiiiioii l)niaimique ne donne ion assentiment à la oonthratftion de la oetinexion coloniale, qu'en antant que nous respectons le seul intérêt qu'elle éprouve, intérêt du reste assez étroit pour qu'elle ne tienne guàre au régime qui lui en assure le respect.
Mais cette déclaration affirme en même temps le droit de ccfitrôler notre isidustrie à l'avantage des manufacturfers anglais, tant que nous ne manifestons pas, par des actes 'définis, notre détenoinalion de renoncer à la tutelle impériale.
Nous prenons ausei acte de cette déclaration c<Hnme preuve du fait consdant que la métropole subordonnerait sa volonté à la nôtre, si nous manifestions clairement ledéinr de nous sépaxer d'elle pacifiquement.
Examinons les conséquences de la connexion impériale sur notre industrie et nos manufactures, et faisons l'historique des 10 années passées.
L^dustrie manufacturière n'a vu le jour au Canada que depuis 1856.
A cette époque même, la colonie n'avait pas, à proprement parler, de manufactures. C'était le moment d'ouvrir, parle Ubre-échange, une immense carrière aux capitaux indigènes et étrangers : le libre-échange eut été, à cause des avantages naturels qu'offre le Canada, la meilleure garantie de la création et du développement incalculable d'une imi^ense industrie.
Alors on pouvait nous dire avec raison :
'^ Ke pensez-vous pas que le Canada pourrait, dès aujourd'hui, ouvrir ses portes à la concurrence ou plutôt à l'exploitation industrielle au moyen des capitaux étrangers ?
" n n'y a pas de pays au monde qui puisse manufacturer à aussi bon mardié que le Canada, pour deux raisons majeures :
^^ 1^. L'immensité des forces motrices naturelles dont il dispose : c'est-^dire l'étendue, la puissance et le nombre iA- 6m de ses pouvoirs d'eau.
^' 2^. Le bon marché de la mûn*d'œuvre, qui est due en grande partie à la stagnation forcée de l'industrie agricole et du commerce d'importation pendant nos six mois d'hiver.
^^ Pour tarer tout le parti posàble de ces immenses avantages, il nous faut les matières premières en aussi grande quantité que possible et de grands capitacut qne nous ne pouvons trouver qu'à Tétranger.
^^ Il nous &ut aussi pouvoir écouler nos produits sur lea grands marchés de l'Europe ou des Etats^Jnis ; car notre pays n'est pas assez populeux pour consommer tout ce que produirait un vaste système de manufactures.
^^ Or, le moyen le plus sûr et le plus *{»rompt d'obtenir la matière première et les capitaux étrangers, et de développer suffisamment notre industrie pour pouvoir produire un surplus et l'exporter à l'étranger, c'est d'adopter le systèmedu libre-échange."
A cette époque, en effet, ce langage aurait été rationnel et sage, sinon pratique.
Or que fit l'Angleterre à cette époque ? Elle venait de consentir à l'échange libre, entre le Canada et les Etats Unis, des produits agricoles et forestiers, du bétail, etc. H était en son pouvoir d'étendre lé libre-échange aux produits manufacturiers des deux pays. Mais loin de chercher le développement immédiat de notre industrie par ce moyen si bien adapté à la position du Canada vis-à-vis les Etats-Unis, la métropole engagea notre gouvernement à donner un tarif protecteur à la colonie.
Nous avions besoin du libre-échange : la métropole nous^ imposa la protection — ^protection partielle, imparfaite, bâtarde.
La soumission étant la grande vertu théologale d'une colonie britannique, le Canada se soumit.
Lorsque l'usage de cette protection eut développé nos ressources ; lorsque le rappel du traité de réciprocité et toutes les circonstances nous eurent fait de la protection une nécessité, l'Angleterre nous imposa le libre-échange ! *
Les faits démontrent la vérité absolue de ces deux assertions. Elles ne peuvent d'ailleurs paraître extraordinaires qu'à ceux qui ignorent les effets les plus naturels et les plus constants du régime colonial ,
xxr.
Aulieudonc^desaîsirlemomentquenousavons indiqué pour «établir le libre-échange et augmenter avec nos voisins nos relations commerciales qui dataient de 1854, la métropole nous ^retint sur la pente de nos dispositions à lier avec les Etats- Unis l'union mercantile la plus étroite : elle nous retint sur <;ette pente en nous permettant d'imposer sur certaixis articles manufacturés en Angleterre, des droite assez élevés pour encourager la manufacture de ces articles dans notre pays.
Malgré que cette protection ne nous fût accordée que dans l'intérêt des manufacturiers anglais, leur colère fut grande et ]a pression qu'ils exercèrent, au moyen du bureau colonial, sur l'exécutif et la législature du Canada, fut telle, que tous les ans le tarif subissait des modifications favorisant les industries britanniques tour à tour, quelquefois les unes aux dépens des autres, souvent suivant les caprices et les préférences person. nelles ou politiques des ministres. Quant aux manuffbctures de ' la colonie, elles étûent toutes dans un état constant d'incertitude, n n'est pas d'industrie au Canada, qui n'ait passé, depuis 1856, par les épreuves rudes et quelquefois fatales, de la convoitise et de l'égoïsme du manufacturier anglais, et de la partialité de ministres-instruments, courtisant la faveur publique par des faveurs privées, conférées à de puissantes influences.
' Notre tarif eut, -pendant tout ce temps, la mobilité et l'incertitude d'une girouette et obéit tantôt aux exigences d'une certaine catég(me d'industriels britanniques, pour donner ses faveurs l'année suivante à une , autre catégorie et * réagir sur la première, afin de combler le déficit créé dans le revenu de la province par le déplacement des impôts. Tel avait cru doubler ses capitaux en les engageant dans la manufacture du verre ; au moment où il faisait cette entreprise, les droits fabriqués sur la verrerie étrangère étaient assez élevés pour protéger son industrie ; pendant un an ou deux il réalisait des bénéfices. Mais un jour il plaisait à nos gou-
vemantB de modifier le tarif ea réduisant ou en otant com* plètement les droits sur la verrerie étrangère : bientôt après la manufacture canadienne de verrerie était fiormée^ les capitaux, engagés dans les constructions, l'outillage, etc., perdus,, les ouvriers et leurs familles au désespoir de ne plus ay<nr d'ouvrage : mais le manufacturier britannique était satisfait I
Il est étonnant que certaines industries aient pu surnager et s'établir solidement même, jusqu'à la dernière session du parlement canadien, sur les flots d'une économie tourmentée par les tiraillements et les exigences des manufJMtariers anglais, en lutte directe avec les manufisu^turiers canadiens. Il faut que les avantages naturels du Canada soient transcendants pour qu'un pareil prodige ait pu s'accomplir» En effet, pendant la dernière décade, c'est*i^4ire de 1856 à 1866, des manufactures ont surgi çà et là^ et se sont soutenue», les unes avec peine, les autres avec des chances diverses, quelques-unes avec profit pour les personnes qui en ont prÎB hardiment l'initiative.
Ces industries ont été créées par une protection incidentelle autant que par k force même des avantages naturels du pays. On ne pouvait transformer ce système et euvrir subitement la porte du Canada à l'industrie des pays étrangers qui nooa excluent de leurs marchés, sans ruiner une fi>ule d'industriels, sans commettre par conséquent les plus criantes injustices, sans exposer jusqu'à l'existence même d'une industrie maniïfacturière déjà insuffisante peupla population du Canada.
Eh bien, chose incroyable ! en juin 1866, le gouvernement colonial eut l'insigne ineptie de modifier et de transformer com^ plètement le tarif canadien, de manière à faire entrer nos manufactures en concurrence avec les manufactures de l'Angleterre et des Etats-Unis, en enlevant la protection qui noua avait été accordée. H donnait ainsi un nouveau marché aux
Etats-Unis etc^trui^iait paor coi^séqi|e&t le seul uiarché restant ai| CaB^4a-^oa marqbé mtérie^T !
L'étranger dira :
'^ Mim votre gouyernement avait sans doute fait aveo les EtaterUnis une convention, par laquelle ceux--ci étaient imv^ de vous ouvrir leur marché, dès l'instant que voua les a4in^ttiez si libéralement au vôtre ?"
Erreur ! les Etats-Unis n'ont pas concédé un seul iota^ ils B^ont pa^ diminué un seul des impôts proMtifs qui excluent no0 produits manufacturés de leur marché. C'est s^u moment où ils venaient de nous fermer leur porte que nous lés avouiS^ invités à^ entrer chez nous, sans stipuler le droit de pénétrer librement chez eux !
Il faift à de^ hopames connaissants, un courage sustenté par une riche métropole pour dénaturer les termes et oser donner le nom de lihre^échçmge à un pareil système. Qui dit lihre-échange, d>t par là même réciprocité: Il ne peut y avoir d'échange sans équivalent des deu;x côtés* Echanger son bien contre rien,, est, non-seulement <;ontraire au bon sens, m^is c'est enm0me temps un abua des mots. C'^st le donn^ et le saprifier, voilà, le tout !
xxm.
Donc, les Etats4Inis avaient rappelé le traité de réciprocité et décidé de frapper de droits prohitifs nos produits agricoles et nos objets manufacturés, et c'est ce moment que le gouvernement colonial, obéissant aux instructions impérieuses reçues de Downing-street, choisissait pour ouvrir notre marché aux Et^ts-Unis, en prélevant des droits modérés et en grossissant n^ême la^ liste des articles non sujets à l'impôt ! , Or, le gouvernement colonial et la métropole ignoraientils que, sans la réciprocité, la liberté commerciale accordée à ceux qui la refusent, a'est pas le libre-échange ? Le supposer serait leur faire une injure que leur expérience repousse et les soustraire à un reproche sanglant que leui^ connaissances et leur bon sens naturel justifient. Le. libre.
échange dans leur bouche n'étiût qu^un vain mot pour couvrir leur politique commerciale, la plus absurde et la plus contre-nature qui puisse être imagmée.
'< Donnez-nous, disait en résumé Thon. M. Ros3, dont nous tûmons à citer Topinion pour ceux qui ne veulent recevoir la iumière que de leurs propres amis pofitiques et qui aimeraient mieux rester dans l'obscurité plutôt que de s'éclairer à la lumière de leurs adversidres, — donnez-nous, disait ce partisan du régime colonial ; donnez-nous libre accès au* marché du inonde ; faites disparaître les barrières qu'on nous oppose ; concluez avec les Etats-Unis, si vous le pouvez, un traité qui nous ouvrira leur marché, et nous consentirons alors volontiers à l'abolition des douanes dans notre pays. Msds si l'étranger nous ferme ses marchés, devons-nous lui ouvrir le nôtre, et recevoir ses produits lorsqu'il refuse ceux de notre pays ?"
Et c'est pourtant en définitive ce que le gouvernement •colonial a fait ! Gomment aurait^il pujML défendre, lui qui ^tait en communication directe avec le gnnvemement impérial, lorsqu'on a vu le dénonciateur inconsistant de cette incroyable absurdité, voter — de crainte de déroger à la lignée des hommes d'état coloniaux et de démériter des dispensateurs de baronnies — pour écraser le commerce et l'industrie d^ la colonie, au profit du commerce et de l'industrie de la métropole !
Il est donc acquis à l'histoire de la colonie, qu'en 1856, le iîbre-échange avec les Etats-Unis aurait assuré à l'industrie canadienne d'immenses développements. Mais il nous fut refusé par la métropole, parce que ses manufacturiers ne pou vaient pas, et, par conséquent, ne voulaient pas entrer en concurrence avec les manufactures des Etats-Unis et celles du Canada.- Elle nous refusait donc le système qu'elle se préparait alors à mettre en pratique elle-même pour développer ses propres manufactures, et qu'elle ofifrait au monde entier, excepté à ses colonies, parce qu'elle veut les forcer à s'alimenter chez elle.
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