INTRODUCTION
L'indépendance anatomique des deux portions, maternelle et fœtale, du placenta, est connue depuis fort longtemps.
Jean PALFYN, de Gand, dans un ouvrage publié à Leyde en 1708, s'exprime ainsi :
« Les artères de la mère et les veines de l’enfant, ne sont pas jointes, dans le placenta, par une communication immédiate, et, par conséquent, comme la mère ne reçoit point du sang de l’enfant, aussi l’enfant, n’en reçoit point de la mère. (Jean PALFYN de Gand. Description anatomique des parties de la femme servant à la génération. Leyde 1708).
L’histologie nous montre la structure, si particulière de la barrière séparative.
GUILLEMET, dans sa thèse, résumant les travaux récents, s’étend longuement sur la constitution de ces membranes choriales, dont l’activité propre est, sans doute, à la base des échanges qui se produisent à leur niveau.
Le sang fœtal n’ayant pas son origine dans le sang maternel, et ne se mélangeant pas avec lui, on ne saurait les considérer comme équivalents, contrairement à ce que l’on pense, peut-être, trop souvent.
Les éléments qui passent, incessamment, de l’un à l’autre, obéissent-ils à des lois, seulement physiques ? comme celles qui règlent la diffusion, l’osmose, la filtration ? Ou biadn sont-iks le résultat d’une élaboration secrétoire ?
Sur le premier point, les auteurs ont publié des travaux nombreux, ayant trait à la perméabilité plus ou moins grand du filtre placentaire.
Bien que, parfois, contradictoires, les résultats obtenus, ne laissent pas d’être intéressants.
OTr nie le passage de l’eau ; mais COHNSTHIN et ZüNTz, annulant ces recherches, démontrent, au contraire, que l’eau peut traverser le placenta dans les deux sens.
L’iodure de potassium passe lentement (GUSSEROW), ainsi que le bromure et l’azotate de potassium (PORAK).
Mais le chlorate de potassium passe très vite (PORAK). BÉNICKE (1876), faisant absorber de l’acide salicylique à une femme en travail, le décèle ensuite dans l’urine du fœtus.
Mais, ZWEïFEL montre (arch. f. gyn. 1877. XII, 235) que la quantité qui traverse le placenta est extrêmement faible.
SICARD et MERCIER (B. B. 1898. 63) ayant fait absorber du bleu de méthylène à une femme à terme, observent la coloration du linge, par l’urine du Fœtus, 2 ou 3 jours après l’accouchement.
SCHALLER (arch. f. gynaek. 1809 LVII. 566) donne de la phlorhizine à la mère, la glycose apparaît, dans l’urine de l’enfant.
ZWEIFEL montre combien rapide est le passage du chloroforme dans le sang du cordon, et de son côté, PorAK le met en évidence, dans l’urine du fœtus, 3/4 d’heure, après l’anesthésie de la mère.
D'après NicLoux, l’alcool passe très rapidement de la mère à l’enfant.
PETER MULLER prétend que le bromure d’Ethyle est expiré, partiellement, par l’enfant, si la mère en a inspiré beaucoup, au moment de l’accouchement.
PoraK signale l’odeur de violette, dans l’urine d’un nouveauné, dont la mère avait absorbé de l’essence de térébenthing.
Les toxiques, commk l’acétate de morphine, la vératrine, l’ergotine, le curare, l’atropine, le sulfate de strychnine, passent lentement, de même que le sulfate de quinine et la santonine (PORAK).
GussEROW, ayant donné du benzoate de sodium à des femmes en travail, trouve l’acide hippurique dans l’urine des enfants.
On sait que les substances pulvérulentes, ne traversent pas le placenta normal. Mais il n’en est pas de même des microorganismes vivants, qui le peuvent, soit directement, par leurs propres moyens, soit, plus probablement, à la faveur des altérations microscopiques provoquées par eux, dans les villosités placentaires.
Quant aux toxines, elles passéraient dans les deux sens.
Ainsi, de nombreux composés, minéraux ou organiques, peuvent * .
traverser le placenta, sans être altérés ou détruits. En est-il de même, notamment, des matériaux nutritifs ? Il ne semble pas.
L’albumine ne dialyse point ; mais, les peptones diffuseraient plus aisément.
Cependant WERTHEIMER et DELEZENNE (B. B. 1895. 190) n’ont pu démontrer ce passage de la mère à l’enfant.
L’albumine ne passe pas en nature (Ascoli) mais, un ferment protéolytique (Mélissenes) segmenterait la molécule en peptides et acides-aminés, d’un transit plus facile.
D’après GUILLEMET, les substances grasses, ne peuvent traverser le placenta, sous forme de granulations graisseuses. Elles subiraient au niveau de la villosité, une première saponification, suivie de régénération et d’une nouvelle solubilisation.
En ce qui concerne le deuxième point, l'élaboration secrétoire, Claude BERNARD a montré, le premier, que la matière glycogène, si abondamment répandue dans l’organisme embryonnaire, était élaborée, notoirement, par le placenta, avant de se localiser, définitivement dans le foie. (Leçons de physiologie expérimentale 1855. Journal de Physiologie de l’homme. 1859).
De KERVILY (1916), reconnaît dans le syncitium, des inclusions cytoplasmiques ou mitochondries, organites particuliers, qui d’après lui, auraient pour objet de stimuler l’activité cellulaire, accèlérant les réactions, à la façon d’un catalyseur, en chimie pure.
Il s’y rencontre encore des granulations graisseuses, des grains de secrétions, élaborés par les mitochondries.
Les vacuoles, disséminées dans le plasmode, seraient constituées par des matériaux usés, élaborés ou rassemblés par le syncitium et destinés à être rejetés.
HammerTs, en 1919, observe et décrit l’uropoièse, dans le placenta.
Ce n’est donc pas seulement un organe-filtre de premier ordre, mais bien une véritable glande exo et endocrine, agissant comme un régulateur entre le sang maternel et le sang fœtal, régulateur travaillant dans les deux sens, pour maintenir les éléments solubles, au-dessous de « seuils », convenables au sérum de la mère et de l'enfant.
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Le sang maternel est le milieu extérieur du fœtus, qui fixé, comme un parasite, à sa mère, puise donc, non au hasard, mais en choisissant, les matériaux variés, indispensables à ‘sa. croissance et à sa vie.
Et, en effet, l’analyse chimique révèle, dans lés deux sangs, des différences notables, dans la teneur en sels minéraux dt en composés organiques.
QuinqQuaU»D, 1888, trouve plus d’hémoglobine dans le sang du cordon, que dans le sang maternel.
STas en 1850, PIcARD en 1856, mettent en évidence, l’urée, dans le sang du fœtus.
Mais CAvazzant et LÉVI en trouvent moitié moins que dans le sang maternel.
Pourtant, Henri BRYANT, dans une thèse récente, affirme qu’à la naissance, la teneur en urée du sang de l’artère ombilicale est plus élevée que celle du sang maternel.
Cavazzant y découvre une lipase ; maïs, par contre, aucun ferment amylolytique, alors qu’il y en a toujours dans lle sang de la mère.
Les diastases maternelles ne franchiraient donc pas, telles qu’elles, le barrage plasmodial.
GUILLEMET fait encore remarquer que lipoïdes et graisses, sont en proportions différentes dans le sang maternel et dans le sang fœtal. (P. 22, chap. IT).
D'autre part, l’analyse physique nous apprend que la coagulabilité, l’indice réfractométrique ne sont pas toujours identiques, dans les deux sangs.
CxaPpaz, après VEIT, KEIN et d’autres, démontre dans sa thèse, que l’indice cryoscopique est, constamment, différent, dans les deux sangs.
Enfin, l’analyse bactériologique, pour la plupart des ferments figurés ou des virus, nous révèle l’indépendance réactionnelle de chacun d’eux.
La sérologie comparée des deux sangs ne devait donc pas échapper à la loi commune.
Et ce sont bien des différences profondes, qu’ont mis en évidence, les observations que, pour, une minime partie, nous rapportons dans ce travail.