LE DESASTRE D'YPSILANTI
marques de sympathie à la cause des Grecs, Ypsilanti sera déjà perdu : on pourra encore sauver sa vie, on ne pourra plus faire réussir son expédition.
Au début de mai, le prince manchoi se trouvait campé à Tergovisty à la base des monts Karpathes, en froideur de plus en plus marquée avec Wladimiresko. Les pachas turcs de Widdin, de Silistrie, de Brada avaient franchi le Danube et envahi les Principautés sur trois points différents (1).
Le vaillant hétairiste Athanase, après avoir défendu Galatz avec un héroïsme digne des anciens temps, dut abandonner cette ville et ne put qu'à grand'peine rejoindre son chef. Les Ottomans entrèrent dans Bucarest (29mai}. Savvas, dont le rôle dans cette affaire fut très équivoque, et qui flotta sans cesse entre la cause des hétairistes et celle des paysans roumains de Wladimiresko, rejoignit le prince à son camp de Tergovist et n'eut pas de peine à lui persuader que Wladimiresko entretenait des intelligences avec les Turcs. Ce qui n'était pas inexact, beaucoup de paysans préférant l'oppression des Turcs à la domination corrompue et vénale des Phanariotes. Le prince enjoignit alors à Georgiaki de s'emparer de Wladimiresko et le fit massacrer sans jugement (12 juin).
Les Ottomans approchaient. Les paysans roumains se dispersèrent après la mort de leur chef et les débris de cette jacquerie ne tinrent pas devant le cimeterre des avant-gardes turques. Ypsilanti se trouva donc réduit à la seule cohorte des hétairistes et réunit environ 5,000 hommes contre un nombre à peu près égal de Turcs. Il livra bataille à Dragatschani, le 19 juin, et fut complètement battu. Savvas était passé à l'ennemi quelques jours auparavant.
I.e prince s'enfuit sur le territoire nutrichien, abandonnant les hétairistes survivants * il avait essayé de les duper jusqu'au dernier moment, leur promettant avec la jactance la plus coupable le secours de rAutriche, comme il leur avait promis trois mois plus tôt celui de la Russie. Il fut aussitôt fait
(1) MeSDELS80II9-U., t. I, p. 168.
prisonnier : M. de Metternich fut trop heureux d'exécuter à la lettre les traités qui interdisaient à rÂutriche de recevoir les rebelles réfugiés de Turquie. Il fit enfermer Ypsilanti à Mun* kacz où celui-ci resta six ans prisonnier : à peine sorti de son cachot, il mourut d'une maladie de cœur, à Vienne, en 1828.
Cet aventurier, après avoir fait retentir de son nom tous les échos de l'Europe pendant quelques semaines, disparut obscurément comme tous ceux qui ne savent pas allier la noblesse du caractère à la noblesse de la cause, et qui conservent des ambitions secrètes dans des entreprises hardies où peut seul réussir un désintéressement héroïque.
La Moldavie fut soumise par les Ottomans quelques jours après laValachie : les lieutenants d'Ypsilanti montrèrent cependant plus de vaillance que lui. Les Turcs ayant occupé Jassy après la victoire de Dragatschani, les hétairistes se retirèrent surlePrutb; mais, taudis que le prince Cantacuzène et quelquesuns d'entre eux passaient en Bessarabie, Athanase, qui s'était déjà couvert de gloire à Galatz quelques semaines auparavant, se fit tuer avec cinq cents de ses compagnons à la bataille de SkuUen (25 juin 1821).
Georgiaki tint la campagne avec quelques partisans jusqu'en septembre : cerné dans le couventde Sekka, il réunit plusieurs tonneaux de poudre dans le clocher et se fit sauter, lui, ses partisans et ses adversaires, au moment où ces derniers allaient s'emparer de lui.
Telle fut la fin de l'expédition hétairiste des Principautés : elle se réduisit à une guerre de partisans, souvent brillante, toujours infructueuse, les Moldo-Valaques ne s'étant pas montrés favorables à la cause hellénique. Cette région ne devait désormais être le foyer d*aucune prise d'armes jusqu'à la fin de la guerre d'Indépendance.
En Morée, nous sommes en présence non plus de Grecs russifiés guerroyant sur un territoire étranger, mais d'ÂrmatoIes et de Klephtes de pure race hellénique, combattant avec la plus sauvage énergie pour leurs foyers, avec leurs femmes et leurs enfants auprès d'eux : c'est la guerre de guérillas avec tout ce que ce genre de lutte, illustré vingt ans plus tôt en Espagne, comporte d'imprévu et de cruel.
La première partie delà révolution fut surtout marquée par une série de sièges. Les Turcs s'étaient enfermés dans les places fortes, en attendant que des armées de secours descendissent du Nord, et les Grecs cherchaient à les affamer, à les harceler, à les réduire, sans avoir à livrer de bataille rangée.
Le siège le plus important fut celui de Tripolitza, cheflieu du pachalik de Morée. Depuis leur victoire de Valtetzi, les Grecs avaient cerné la ville à une distance de quelques kilomètres sous la direction de Théodore Golocotronis et de Pétro-Bey : celui-ci était le chef civil, celui-là le chef militaire. Dix mille Turcs armés étaient dans la ville avec une population pacifique de vingt mille âmes. Les Grecs n'étaient pas plus de six ou sept mille (1).
Le sénat, créé par Pétro-Bey à Kalamata, avait été transporté à Stemnitza : il s'était renouvelé, et tous les primats (2) de Morée avaient pris part aux élections. Ce sénat rendit plusieurs décrets par lesquels il cherchait à appliquer à la situation actuelle ce qu'il y avait de meilleur dans les andennes institutions communales ; mais ses décisions furent forcément rudimentaires et provisoires.
Cet embryon d'organisation se trouva modifié par l'arrivée
(i) Ratbaud, t. I, p. 377.
(2) Voir plui haut, page 17.
de DémétriusYpsilanti, frère cadet d^Alexandre (22 juin). Il fut reçu par tous avec un véritable enthousiasme (l). On vit en lui Tofficicr du Tsar, un des chefs mystérieux de la grande Association libératrice : on le traita en Messie. Le fier Pétro- Bey s'inclina devant lui et l'indomptable Colocotronis lui rendit hommage.
Démétrius Ypsilanti ne devait pas justifier par ses talents cette soumission sans bornes de tous à un seul, mais il est, au point de vue moral, supérieur à son frère Alexandre. A la fois vaillant, honnête et loyal, jamais l'abandon des siens, la trahison n'a pu lui être reprochée : il est sobre, désintéressé, sans ambition, et patriote fidèle : il a même une vertu de chef d'armée, la patience poussée jusqu'à la ténacité. Malheureusement aucun brillant, aucun prestige extérieur n'orne ce fond solide (2). D'une myopie excessive, le nez démesuré, la tête chauve, d'une taille au dessous de la moyenne, c'est une figure falote qui prête à rire plus qu'à admirer. Ses manières gauches, sa voix faible, n'en imposent pas aux Klephtes. Il ne peut être, de par l'arrêt d'une marâtre nature, le chef, le roi qu'aurait désiré toute cette turbulente aristocratie guerrière, où les jalousies commencent déjà à naître, et qui aurait besoin d'une main ferme et autoritaire pour la dominer et la réduire à la discipline des camps réguliers.
L'enthousiasme des premiers jours ne tarda pas à faire place à la défiance. On le trouva bientôt trop Russe pour être bon Hellène. On complota contre lui et contre son entourage intime. Les primats iuipyant offert la présidence du sénat, il la refusa; il voulut dissoudre cette assemblée et concentrer les pouvoirs dans ses seules mains, non par ambition, mais pour l'utilité commune : les primats ne le comprirent pas et lui firent une sourde opposition. On lui reprocha de rédigerdes constitutions au lieu de remporter des victoires. Il dut menacer de quitter la Morée pour obtenir la soumission des opposants. Et pourtant, par son éducation, par son origine, il était en meilleure
(1) HxYBAUDf t. I, p. 311.
(2) VoiTiF.n, .VemoiVev, p. 6V. — Uayom'd, t. I, p. 394. — Poiqueville, passim.
position qu'aucun autre pour commander, sans exciter de jalousies : on n'accepte pas volontiers son semblable comme maître : sans être supérieur, il était différent, et c'était beaucoup.
La nouvelle du désastre de son frère rendit sa situation encore plus difficile. Beaucoup d'hommes de guerre, entre autres Colocotronis, profitèrent de cet échec pour se joindre à l'opposition des primats civils.
Cependant le siège de Tripolitza traînait en longueur par suite de l'inexpérience des assiégeants, malgré la pénurie de vivres des assiégés. La difficulté la plus sérieuse que les chefs grecs eussent à surmonter était l'indiscipline de leurs hommes. Colocotronis disait : » Wellington saurait commander à quarante mille Anglais, il ne pourrait pas diriger cinq cents Grecs.» Le pillage et surtout le vol étaient profondément ancrés dans les mœurs de l'époque (l).
On ne trouve un peu de discipline que dans le petit corps formé d'étrangers venus combattre sous les drapeaux de l'insurrection, les uns par sympathie et générosité, les autres par goût d'aventures : on donne déjà à ce modeste contingent le nom pompeux de légion philhellénique. Un ancien grenadier français, Baleste, originaire de Marseille, avait été chargé de former cette compagnie à l'européenne (2). Dans ce bataillon furent incorporés successivement Youtier, Raybaud, Gordon, etc., et beaucoup d'autres Français et Anglais, dont quelques-uns ont laissé d'intéressants mémoires.
Les philhellènes furent stupéfaits, nous dit Pouque ville, de voir quels piètres moyens de faire la guerre étaient entre les mains des Grecs. Ils avaient cru trouver, comme jadis La Fayette débarquant en Amérique, des régiments organisés, un gouvernement établi, des hôpitaux, des fournisseurs. Au
(i) Un voyagear anglais, ayant obtenu rho8pitalité dans la demeure d'un Ma- DÎote, te servit, pour souper, d'un nécessaire qui renfermait quelques couverts en argent. A la vue de ces objets, une vieille Maniote se mit à pleurer, et s'exclama naïvement : • Hélas! que mon fils n'est-il ici, pour voler d'aussi belles choses! n
(2) Ratbacd, t. II, p. 240.
lieu d'un congrès de citoyens proclamant les droits imprescriptibles de rhomme, ils ne virent qu'une réunion de paysans et de montagnards qui proclamaient le règne de la croix.
Les philhellènes essayèrent de constituer une artillerie : l'Anglais Gordon avait amené avec lui trois obusiers et six cents fusils (1] : mais Tinsuffisance des seize bouches à feu réunies à grand'peine devant Tripoiitza resta telle qu'il ne put pas même être question d'enfoncer une des portes de la ville à coups de canon.
Les principaux d'entre les Grecs préféraient voir le siège aboutir à une capitulation plutôt qu'à une prise d'assaut, craignant que les trésors amassés dans la place ne devinssent la proie de la soldatesque, au lieu d'être partagés méthodiquement entre les chefs. C'est ce qui explique la mollesse avec laquelle étaient poussées les opérations. On tirait quelques coups de feu le matin, puis l'on se reposait d'un commun accord à Theui^e de la sieste; on recommençait vers le soir un simulacre de combat, et, la nuit, chacun rentrait dans ses quartiers sans même placer de sentinelles (2).
Si l'on se battait peu, en revanche on discutait^ on intriguait, ou se subdivisait en clans et en partis : oe goût de l'intrigue politique, qui est un des traits du caractère grec, se donnait carrière au camp des assiégeants. Il y avait eu dès l'origine un parti des primats, ou parti civil, et un parti des chefs militaires : un troisième parti s'était constitué après l'arrivée d'Ypsilanti, celui des hétairistes, qui n'avait qu'une médiocre confiance dans l'effort des Grecs seuls, et qui attendait tout de l'appui militaire du Tsar. Un quatrième parti se forma à l'arrivée de Mavrocordato, plaçant ses espérances plutôt dans l'appui de l'Angleterre et de la France que dans celui de la Russie, et plutôt dans une intervention politique et diplomatique que dans une intervention militaire.
Alexandre Mavrocordato devait être un des chefs les plus intelligents et les plus sympathiques de la révolution. Ce Grec
(1) Uàybaud, u I, p. 409.
(2) VOUTIEH, p. 69.
très civilisé^ très a occidentalisé » , n'était pas un soldat, c'était un administrateur et un diplomate, mais il était appelé à rendre à son pays autant de services, par sa parole et son esprit, que Golocotronis par sa bravoure et sa fougue sauvage.
Il appartenait à une famille de Phanariotes qui avait donné des hospodars aux Principautés : les Mavrocordato étaient à la fois des hommes de lettres et de banque (1). Alexandre devait porter au plus haut point les qualités littéraires et administratives de ses ancêtres. Né à Stamboul en 1791, élevé à Bucarest et plus tard à Pise par son oncle Thospodar Karadja, il avait acquis une instruction brillante, perfectionnée par des voyages continuels en France, en Angleterre et en Allemagne. Il se trouvait en France quand la révolution éclata. Il ne fut pas des premiers à se précipiter dans la mêlée; son caractère prudent et réfléchi Taurait empêché de participer à une simple aventure. Mais aussitôt qu'il eut compris tout ce que le mouvement avait de profondément national, il affréta un brick et s'embarqua à Marseille le 18 juillet 1821 avec une dizaine de philhellènes français et soixante-dix Grecs (2).
Baybaud, qui est à la fois son aide de camp, son ami et son admirateur passionnéj nous a laissé, dans ses Mémoires, un récit du débarquement de cette troupe jeune et héroïque sur les rivages de Missolonghi (3). Mavrocordato séduisit la plupart des Grecs par sa droiture, son désintéressement, sa physionomie ouverte et douce. Mais ces qualités mêmes devaient lui attirer la jalousie des hommes de guerre : et ceux-ci se hâtèrent de tourner en ridicule son frac à la française et ses lunettes d'or.
Après avoir organisé la défense de Missolonghi, il se dirigea vers Tripolitza, où se décidait le destin de la Grèce nouvelle. Sa modération native lui permit de s'incliner devant l'autorité d'Ypsilanti, bien qu'il ne le jugeât pas capable de fonder un
(1) MEtlOEL8S0H!l-B., t. I, p. 24.
(2) Raybaud, t. I, p. 268.
(3) Voir dans Ratbaud, t. I, p, 282, la description pittoresque de lear premier déjeuner à la grecque, sur des carreaux, les jambes croisées, autour de tables basses et circulaires en cuivre, servis par des liommes armés.
gouvernement. Il ne lui disputa pas le pouvoir et s'occupa d'organiser une représentation populaire.
Il se Bt aider dans cet essai politique par un jeune Phanariote, Négris, ancien chargé d'affaires de la Porte à Paris : ce diplomate n'avait pas hésité à envoyer sa démission au gouvernement ottoman et à venir retrouver ses frères de race. Très actif, habile et rusé, mais d'une extrême versatilité, il fît parfois du mal à son pays, qui ne manquait pas d'hommes de sa capacité, mais qui aurait eu besoin d'esprits plus sérieux et plus tenaces.
Après une tentative infructueuse pour réunir une assemblée générale des délégués des diverses communes, et devant la froideur des autres chefs de parti, Mavrocordato, que ses amis, les Tricoupis, lesCondouriotis, appelaient déjà le Washington grec, se retira à Missolonghi où il chercha à organiser administrât!vement la Grèce occidentale. En même temps Négris se rendait à Salone et faisait des efforts identiques pour organiser la Grèce orientale.
Tripolitza résistait toujours, et l'on pouvait craindre que l'armée de secours formée en Tbessalie ne vint débloquer la ville. Cette armée fut arrêtée et vaincue à Vasilika, près des Thermopyles, par Odysseus, Dyovonioutis et Gouras (7 septembre). Une flotte ottomane, chargée d'opérer simultanément, renonça à débarquer à Kalamata, a la simple vue des coiffures de Baleste et des philhellènes : il suffisait d'un schako français pour effrayer les Turcs dégénérés. Le capitan-pacha débloqua Patras, puis, ayant appris la défaite de l'armée de terre, il reprit le chemin des Dardanelles.
Les défenseurs de Tripolitza, découragés, se décidèrent alors à traiter. Colocotronis, pendant une absence d'Ypsilanti, reçut les négociateurs; il demanda 40 millions de piastres aux notables turcs pour leur laisser la vie et fit preuve d'une avidité si démesurée que ceux-ci rompirent les négociations. Les Albanais enfermés dans la place traitèrent séparément; braves et peu forlunés, c'étaient des adversaires a ménager. Ils se reti-
rèrent sans payer rançon avec armes et bagages. Les Juifs voulurent aussi traiter. Leur émissaire ayant paru devant Colocotronis avec de superbes pistolets dorés à la ceinture, le chef les cueillit dextrement en disant : « Juif et armé, cela ne va pas. n II prit également son argent et le renvoya avec des paroles évasives (1).
Bobolina, ThéroïqueSpeziote, se montra également en cette circonstance plus pratique que généreyse, et pénétra subrepticement dans la ville pour rançonner à son profit les femmes des principaux Turcs.
Enfin, le 5 octobre, l'assaut fut donné à la ville par surprise. Le sac de Tripolitza devait rester tristement célèbre, comme une des plus atroces scènes de violence de la révolution. Les chefs grecs mirent sous bonne garde les Turcs les plus riches; tous les autres furent massacrés impitoyablement pendant vinytquatre heures consécutives. Ces représailles furent à la hauteur des scènes sanglantes de Constantinople. Le nombre des morts s*éleva, dit-on, à huit ou dix mille. Le pillage régularisé enrichit tous les Armatoles, et ils purent envoyer dans leurs villages des mulets chargés de butin. Le contact des Ottomans avait fait naître chez les Grecs des mœurs guerrières identiques à celles de leurs vainqueurs (2).
Après le siège de Tripolitza, les insurgés montrèrent une assez grande mollesse. Celui qui a acquis des richesses, expose sa vie moins facilement que Hindigent. Seule, la forteresse de TÂcrocorinthe tomba entre les mains des Grecs. Quant aux places qui restaient encore aux Ottomans en Morée, Patras, Coron, Modon, Nauplie, elles ne purent être enlevées par les insurgés. Germanos et Zaïmis restèrent impuissants devant Patras. Colocotronis, Ypsilanti et Baleste échouèrent à Nauplie où les philhellènes seuls livrèrent Tassant avec quelque valeur. C'est devant cette place que Colocotronis réédita, sans le connaître, le mot de Condé : « Mes enfants, j'ai jeté
(1} IUtBAUD, t. I, p. 457. POUQL'BVILLC, t. III, p. 200.
(2} Cet cruautés tont avourei par Voutier (p. 90), qui eut de la peine à sau- ▼er une jeune Turque plus tard recueillre par les Moréotes. Voir aussi Ratbaud, t. I, p. 481 et 448.
mon bâton par-dessus ces murailles, allez le chercher (1)! » Les Pallicares ne rapportèrent pas le bâton et laissèrent des navires anglais ravitailler la place.
Mavrocordato avait organisé à Yrachori un gouvernement de la Grèce occidentale. Tandis que le vaillant et intègre Souliote, Marko Botzaris, qui dirigeait les opérations militaires dans cette région, s'emparait d'Arta, Mavrocordato entretenait d'utiles relations avec les Albanais. L'alliance de cette nation, formant un tiers-parti entre les Turcs et les Grecs, tenant aux premiers par la religion, aux seconds par la race, était d'une utilité incontestable. Rourschid et Ismatl, deux des meilleurs généraux ottomans, se trouvaient immobilisés depuis un an devant Janina, où ils tenaient bloqué Ali-Pacha. Mais les Albanais avaient été très mécontents de voir la révolution grecque revêtir un caractère aussi profondément chrétien, d'apprendre que les insurgés détruisaient les mosquées, insultaient au Coran. Bref ils inclinaient de plus en plus à abandonner Ali et à faire leur soumission à Kourschid, malgré les efforts de Mavrocordato pour les retenir dans le parti des Grecs.
Cette défection se produisit en janvier 1822, et quelques jours après les Ottomans. s'emparèrent du château de Janina. Ali-Pacha, abandonné parla plupart des siens, fut assassiné par un des compagnons de Kourschid (5 février). Sa mauvaise foi et sa cruauté empêchèrent les chrétiens de le regretter. Il avait été pour eux un auxiliaire utile au début de l'insurrection; mais il était de ces alliés équivoques dont on accepte le concours, et dont cependant on ne regrette pas la disparition.
(1) VOCTIER, p, 177.