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LA CAMPAGNE MARITIME

Les débuts de la campagne maritime ne furent pas moins favorables aux Hellènes que ceux de la campagne continentale. Malheureusement, le manque d'approvisionnements et de munitions, le faible tonnage des navires, obligeaient à un système de courtes expéditions : on remportait des succès, mais on ne les mettait pas à profit, on n'en tirait pas toutes les conséquences qu'ils comportaient.

Le navarque Tombazis partit à nouveau d'Hydra, le 30 mai, avec cinquante-deux navires pour une seconde croisière dans TÂrchipel. C'est dans cette expédition que les Grecs commencèrent à se servir de brûlots. Déjà en 1770, à la bataille navale de Tchesmé, de vieilles barques, remplies de poix et de matières inflammables réunies par des mèches, avaient été lancées par les marins ruèses contre les navires ottomans et avaient produit des effets redoutables. Le lancement du brûlot exigeait un courage et une habileté extrêmes. Il fallait que la barque incendiaire fût dirigée assez adroitement, pour s'accrocher aux flancs du vaisseau ennemi au moyen de grappins d'abordage; cela fait, les marins qui montaient le brûlot, mettaient le feu aux matières inflammables, puis s'enfuyaient à force de rames sur de légers canots, en essuyant les bordées et les fusillades des adversaires. On juge quelle témérité il fallait à des hommes de mer, pour faire réussir cet aventureux moyen de destruction, sans être eux-mêmes détruits.

Pappa Nikolo dePsara lança le premier brûlot à Porto Sigri, sur les côtes de Lesbos, assez heureusement pour faire sauter et détruire totalement une frégate à deux ponts. L'amiral turc, dont ce navire formait l'avant-garde, s'effraya et rentra dans les Dardanelles, laissant Tombazis s'établir en rade de Kydonia, sur la côte d'Asie Mineure. Cette malheureuse ville paya cher

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le voisinage de la flotte hydriote. Une foule de miliciens turcs Tenvahit subitement, le 16 juin, et la mita feu et à sang.

La flotte grecque ne s'aventura pas dans la baie de Smyrne : cette ville populeuse, qui renfermait beaucoup de chrétiens, venait d'être le théâtre de troubles sanglants. Le pacha de Césarée avait fait payer aux rayas les échecs qu'avaient subis ses compatriotes. Les Grecs trouvèrent un défenseur énergique en M. David, consul de France, qui joua à Smyrne le même rôle digne d'éloges que Hugues Pouqueville à Patras. Il n'hésita pas à appeler à son aide les navires de l'amiral Halgan, chef de l'escadre française du Levant. Grâce au dévoûment du capitaine de Kergrist, un certain nombre de chrétiens furent sauvés (l). Mais M. David n'eut pas l'autorité nécessaire pour empêcher les Turcs de visiter les navires de diverses nationalités qui étaient en rade. Beaucoup de fugitifs furent repris ou livrés.

Des scènes analogues eurent lieu à Chypre où l'archevêque, trois évéques et un grand nombre de chrétiens furent pendus. Le consul français Méchain et l'amiral Halgan s'efforcèrent de sauver les chrétiens sans toutefois entrer en lutte avec les Turcs, avec lesquels notre gouvernement n'était, comme nous le verrons, nullement disposé à rompre.

Des massacres ensanglantèrent aussi l'île de Crète. Dans les ports de la Ganée, de Candie, où les Musulmans (2) étaient en majorité, les chrétiens ne purent se maintenir. Us se concentrèrent autour de Sphakkia, dans la partie méridionale de l'île, et la Crète fut livrée pour de longues années aux horreurs de la guerre de partisans.

Pendant que Tombazis opérait dans l'Archipel, une autre flottille, sous la direction de Miaulis, que Jurien de la Gravière appelle le Tourville grec, bombarda Lépante et jeta la terreur danslegolfede Corinthe. Mais, suivantleurcoutume, les marins grecs mirent fin à cette croisière au bout d'un mois, et rentrè-

(i) VouTiBR, p. 129. — JuRiEBT DE LA Graviâke. La Station du Levant, ch. VI, VII, VIII.

(2) Ces musulmant étaient pour la plupart des Grecs convertis à rislamisme.

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