ACTE II, SCENE III
LE COMTE
Vos bontés , mon cher duc , ont pénétré mon ame !
LE DUC
Mais pardon , mon ami ; le conseil me réclame. Bentrez; et dans le fond de cet appartement, Loin de tous les regards, demenrez prudemment*
( au vicomte et à la baronne, } Pour vous, sur le retour de cet excellent père, Gardez, jusqu'à ce soir, le plus profond mystère. Il a des ennemis, et j'ai des envieux ! Le plus léger éclat deviendrait dangereux. On m'estime à la cour; mais par un sort étrange, Dans ce pays mouvant, en un instant tout change. Et tel la veille encor y brillait au grand jour, Qui , dès le lendemain , s'éclipse sans retour. Du marquis d'Orbevil la haine héréditaire, Toujours, vous le savez, poursuivit votre père. Le marquis est puissant, et jaloux du pouvoir Que mJa donné mon zèle à remplir mon devoir. J^admire ses talens, je connais son audace. Du comte, dans ce jour, j'espère avoir la grâce ; Mais si l'on apprenait ce retour imprudent, Votre père courrait un danger évident.
J'ai caché ce secret à la duchesse même. Et je vous recommande une prudence extrême. ( avec grâce et gaité. )
Vous, baronne, surtout, résistez au penchant Qui porte votre sexe à parler... trop souvent.
LE VICOMTE
Monseigneur a raison ; ma sœur, sachez vous taire,
la. baronne, à part en riant.
Ah! c'est trop fort...
le duc, sérieusement.
Un mot peut perdre votre père.
la baronne, regardant son frère.
Ce mol, ce n'est pas moi qui le prononcerai,
le duc , au vicomte.
Je ne crains rien de vous.
LA BARONNE, à part.
Je le surveillerai.
( Ils rentrent dans l'appartement du duc. Le duc sonne. )