SCÈNE VI
DOLANGE, LE VICOMTE.
LE VICOMTE
Te voilà, chevalier , partage encor ma joie!
C'est toujours à propos que le destin t'envoie.
Je dois à la fortune élever des autels,
Car sa faveur me place au-dessus des mortels.
Mille pour l'obtenir iraient courir le monde ;
Et sans quitter ces lieux, tout me rit, me seconde !
Du bonheur sans pareil qu'elle accorde à mes vœux,
Prends ta part en ami.
DOLÀNGE.
C'est tout ce que je veux ; Mais quel nouveau destin a donc pu dans une heure ?.
LE VICOMTE
L'hôtel de monseigneur devient notre demeure !
dolange, a part.
Qu'entends-je?
LE VICOMTE
Conçois-tu cette félicité?
A chaque heure du jour je verrai la beauté, Dent les attraits naïfs ont subjugué mon âme ; Je pourrai chaque jour lui parler de ma flamme, Et près d'elle, bien sûr de son cœur, de sa foi, Attendre en paix l'instant qui doit l'unir à moi.
DOLANGE.
( a part. ) ( haut. ) Oh supplice!... Et c'en Va tout ce qui te transporte?
4o L'INDISCRET,
LE VICOMTE
Bon ! le sort m'a comblé de Liens de toute sorte; Et je ne sais vraiment comment j'ai mérité Qu'il daignât m'accorder tant de prospérité : Avant peu, chevalier, je pars pour l'Angleterre; De l'ambassade, en moi, tu vois le secrétaire!
DOLANGE.
Quoi ! tu serais nommé?
LE VICOMTE
Non, pas précisément; Mais on va me nommer, car le poste est vacant.
DOLANGE.
Ah! le poste est vacant?...
le vicomte , exalté.
Quelle carrière immense - Se prépare celui qui comme moi commence ! Chevalier, quelque jour , au timon de l'état, On nous verra paraître ensemble avec éclat.
dolange, préoccupé.
Adieu.
LE VICOMTE
Si tu savais jusqu'où va mon ivresse, Et quel autre motif cause mon allégresse !
DOLANGE.
Je la partage fort ; mais un soin important M'oblige...
LE VICOMTE
Ah! si j'osais...
DOLANGE.
Pardonne , Ton m'attend.