‹ L'indiscret, comédie en cinq actes et en versChapitre 39 sur 84 · ACTE III, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IL

ïl faut savoir par fois retenir sa pensée,

Dès qu'elle nous échappe , u» autre s'en saisit ;

Et c'est à nos dépens qu'il en fait son profit.

LA BARONNE

Mon cœur de vos conseils reconnaît la sagesse; Mais mon étourderie alarme ma tendresse. Ce pardon ! maintenant sera-t-il accordé ? Faut-il...

LE DUC

Rassurez-vous, il n'est que retardé...

Le prince, consultant une équité sévère,, Veut encor sous ses yeux qu'on remette l'affaire • Et sa noble bonté, votre plus sûr appui, Doit, en ce grand débat, prononcer aujourd'hui. Je ne vous flatte point d'une espérance vaine : Un généreux pardon finira votre peine.

Vous rendez le courage a mon cœur abattu ;

Mais notre espoir, comment le marquis l'a-t-il su?

LE DUC

Par l'intrigue ici bas tout se meut et se lie ;

D'Orbevil, de tout temps, fut. l'appui d'Amélie;

"Vol mère à cette dame aura dit votre espoir ;

Amélie au marquis l'aura fait entrevoir;

Et dOrbevil, craignant que le retour du comte

Ne vienne, quelque jour, à tourner à sa honte,

A déjà, pour tenter de rompre mes projets,

Des manœuvres de cour employé les secrets.

Sur ces honteux moyens , mon Cœur est sans alarmes :

Vous devez cependant concevoir quelles armes

L'imprudence du comte aux médians peut prêter,

46 L'INDÏSeftET,

Et comment son retour pourrait s'interpréter.

Je frémis en songeant au sort qui le menace,

Si Ton connaît sa faute, avant qu'il ait sa grâce.

Je dois,, avant la nuit, retourner à la cour ;

Vos vœux seront comblés sans doute à mon retour.

Mais si vous chérissez, baronne, votre père,

De grâce! jusque là ne voyez point Volmère;

Car l'ami le plus sûr ne garde nos secrets,

Que s'ils ne peuvent point servir ses intérêts.

D'un si honteux travers, c'est en vain que l'on grondt

L'égoïsme est la loi qui gouverne le monde !

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