‹ L'indiscret, comédie en cinq actes et en versChapitre 46 sur 84 · ACTE III, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VII

VOLMERE.

Sans nais dangers, vous pouvez à mon cœur Confier vos secrets de joie ou de douleur. Il est de vrais amis à qui l'on peut tout dire ! Mais ( pardonnez, vicomte, au zèle qui m'inspire. ) Des mains du chevalier avez-vous retiré Cet écrit qui de lui devait être ignoré, Cette épitre où j'ai lu le nom de Célénie ?

LE VICOMTE

Non : en désirez-vous, Volmère, une copie ? Je puis....

VOLMÈRE.

Dispensez- moi d'une telle faveur!...

Avec tous vos amis partageant cet honneur, Si votre confiance un jour était trahie, Je pourrais du soupçon partager l'infamie.

LE VICOMTE

Je connais bien Dolange^ et ne prends nul souci !....

VOLMÈRE.

Ne vous y fiez pas, je le connais aussi ;

Et je crains... Mais vers vous un autre soin m'amène.

L'amitié m'a distrait un moment de ma peine ;

Et cependant du sort telle est l'injuste loi,

Qu'il n'est pas un amant plus à plaindre que moi.

Amélie , insensible à ma tendre prière,

Fait de sa main le prix du pardon de son père j

Et le pouvoir, trompant l'attente de l'amour,

Par des raisons d'état, s'oppose à ce retour.

Le marquis d'Orbevil , ce ministre équitable,

Daigne prendre pitié dn tourment qui m'accable \

Mais il me prête en vain son généreux appui,

bi le duc au conseil ne veut se joindre à lui.

J'accours, mon cher vicomte, en cette grande affaire ,

Implorer, par vos soins, sa bonté tutélaire,

Et vous offrir aussi, dans ce commun péril,

Ce que peut a la cour le marquis d'Orbevil.

Le duc vous a flatté de la grâce du comte,,

Le marquis peut la rendre et plus sûre et plus prompte.

J'ai l'estime de l'un , et l'autre vous chérit:

De nos deux protecteurs unissons le crédit;

Et que cette alliance, à tous deux nécessaire,

Couronne mon amour et vous rende un bon père*

LE VICOMTE

Je suis reconnaissant, vous n'en pouvez douter, Du secours que pour lui vous voulez me prêter ;, Et le duc, j'ose presque en donner l'assurance, Servira vos projets de toute sa puissance ; Mais, Volmère , le comte , en ce jour de bonheur , Peut se passer, je crois , d'un nouveau protecteur !

VOLMÈRE.

Le duc est tout puissant, personne ne l'ignore;

Mais je vois les partis qui s'agitent encore,

Cher vicomte; et le duc, dans sa protection ,

Peut trouver au conseil quelque opposition.

Le marquis d'Orbevil a beaucoup d'influence:

Réunissons deux voix d'une égale éloquence,

Ou je crains que, trompant les vœux de votre amour.,

LE VICOMTE

Bien ne saurait du comte empêcher le retour.

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