SCÈNE m
RIVOLET, LOUISE
RIVOLET, apr'-s un femp«.
Bonjour !
LOUISE
Bonjour î
RIVOLET
C'est moi qui VOUS reçois...
LOUISE
Thérèse est revenue ?
RIVOLET
Oui, elle est revenue. Asseyez-vous que je vous regarde... Il y a longtemps que je ne
vous ai vue... (ll la fait asseoir. Un petit silence.) LOUISE, souriante. ,
Eh I hien ?
RIVOLET
Eh ! bien vous êtes très jolie, mais vous êtes un peu pâlotte... Pourquoi?
LOUISE
. Je ne sais pas!.,, Thérèse est là?
RIVOLET
Elle est dans sa chambre, à s'arranger...
Vous savez, elJe n-est jamais prête. Vous la connaissez!...
LOUISE
Oui, la manie des cheveux, sa coiffure !
RIVOLET
Sa coifFure, oui. Vous êtes gentille. (Léger siienc.3.) Notcz qu'cllc était tout à fait présentable.
LOUISE
Ah ! Vous l'avez déjà vue ?
RIVOLET, heureux.
Oui... oui...
LOUISE
Ah ! bon !
RIVOLET
Pourquoi?
LOUISE
Quoi?
RIVOLET
Pourquoi dites-vous : Ah! bon!
Pour rien... parce que je préfère que vous l'ayez déjà vue... J'avais peur d'arriver trop tôt.
RIVOLET
Pourquoi?
LOUISE
J'avais peur de la déranger.
RIVOLET, insistant.
De la déranger... mais de quelle façon... de quelle façon ?
LOUISE
Je ne sais pas moi... Vous pouviez avoir des choses à vous dire.
RIVOLET
Mais nous les aurions dites devant vous.
LOUISE, geiitillo.
Oui?
RIVOLET. 11 la regard? en soui'iaut.
Vous n'en paraissez pas convaincue?...
LOUISE
Si.
RIVOLET
Vous êtes gentille.
LOUISE, riant.
Je suis g-entille.
RIVOLET
Oui, vous êtes gentille... Vous devinez tout.
LOUISE
Moi?
RIVOLET
Oui, oui, vous êtes très fine, je le sais. On
perdrait bien son temps à vouloir vous cacher quelque chose.
LOUISE, sérieusemout.
Vous vous trompez. Je ne sais que ce qu'il faut savoir.
RIVOLET
Oui !... (ua petit silence.) Vous uc répéterez pas à madame Valantin ce que je viens de vous dire.
LOUISE
Quoi donc?
Sur sa coiffure... sur elle-même... que je l'avais vue et qu'elle était tout à fait présentable... ça m'ennuierait.
LOUISE
Soyez tranquille... Je suis très discrète, moi.
RIVOLET
Moi aussi. (Louise sourit.) Quoi? Je ne suis pas discret?
LOUISE
Si.
RIVOLET
Non, vous ne me trouvez pas discret.
Pourquoi? Qu'ai-je dit?... Qu'ai-je fait?... Vous ai-je confié quelque chose? Non...
Alors... que savez-vous?
LOLISE
Mais je ne sais rien !
RIVOLET
Oh ! vous le dites !... mais vous me regardez là d'un petit air sournois... Voyons, que savez-vous? Que croyez-vous savoir?...
LOUISE
Je ne sais rien.
RI VOLET
Oh ! ce n'est pas possible ! on Ta dit partout ! Oui partout on a raconté des histoires auxquelles mon nom était mêlé... Des histoires au sujet de madame Yalantin. J'en ai assez souffert !. . Aussi je tiens à me justifier à vos yeux. Vous comprenez, on savait que votre amie ne vivait pas en très bonne intelligence avec son mari, il n'en faut pas davantag^e î . . . Mais en tout cas, moi je n'ai ri^n fait qui pût donner lieu à de pareils bavardages. Quoi que vous en disiez !...
LOUISE, saisie'.
Moi!...
RIVOLET
Oui, VOUS là, tout à l'heure. Je sais trop les conséquences que pourrait avoir la moindre imprudence.
LOUISE, prenant le parti de rire.
Oui. (Cn silence.)
RIVOLET, brusquement.
Évidemment je n'ai pas à m'en cacher^ j'aime madame Valantin, je Taime beaucoup et depuis très longtemps, vous le savez;... et je crois que madame Valantin a pour moi une affection sincère,... mais delà à dire!... Ah ! il se faut méfier des médisances du monde î il faut prendre garde ! (Petit silence.) Vous aussi il faut prendre garde ! -
LOUISE, saisie.
Moi?
RIVOLET sourit doucement.
Monsieur Morgan !
LOUISE, saisie
Monsieur !
RIVOLET, vivomeoL
Non, ne m'appelez pas monsieur... ne vous froissez pas... il ne faut pas vous froisser!... Je suis votre ami, votre grand ami,... ayez confiance en moi... je vous en supplie... Je ne vous veux que du bien!... Et si vous Fexigez, tenez, je ne dis plus un mot. (Un silence.) Je suis votrc ami... Je connais toute votre vie... et cet oncle si terrible! N'ayez pas peur^ ce n'est pas moi qui vous trahirai jamais. D'ailleurs, je ne sais^rien, on ne m'a rien dit... C'est bien par hasard que j'ai appris certaines choses, (ii la regarde.) Ah ! vous m'écoutez, vous m'écoutez mieux. . . (Un silence.) H y a longtemps que vous ne l'avez vu, n'est-ce pas, M. Morgan?
LOUISE^ nerveuse.
Non, écoutez... vous êtes extraordinaire...
RIVOLET, insistant.
Si, il y a longtemps,... pourquoi ne me dites-vous pas la vérité ?
LOUISE
Je vous dis la vérité.
RIVOLET
Mais oui, il faut toujours dire la vérité. Répondez-moi franchement, comme à un ami, vous ne le regrettez pas. (Gentiment.) Alors vous avez fait un grand voyage, je sais ; et pendant ce voyage, vous étiez avec M. Morgan. Bon !... A-t-ii été gentil pour vous?
LOUISE
Mais.
RIVOLET
Oh! répondez-moi...
LOUISE
Mais je ne sais que vous répondre... vous me faites presque rire, et pourtant, je n'en ai guère envie ; . . . vous êtes extraordinaire I . . .
on ne m'a jamais parlé comme vous le faites...
RIVOLET, répétant.
A-t-il été gentil pour vous?
LOUISE, après un silence.
Oui!
RIVOLET
Rien n'était changé dans son attitude à votre égard?... vous n'avez rien remarqué?
LOUISE
Non... (uii temps.) En quatre jours ?
RIVOLET, avec un sursaut .
Qu'est-ce que vous dites?
LOUISE
Je dis : en quatre jours.
RIVOLET
Vous n'êtes restée que quatre jours avec madame Valantin?
LOUISE j corrigeant.
Avec... M. Morgan.
RIVOLET
Avec M. 'Morgan et madame Yalantin, oui... Mais alors, le reste du temps?
LOUISE
Mon oncle a été rappelé à Paris, pour affaires, hélas... je l'ai suivi. Thérèse ne vous l'avait donc pas dit?...
Ainsi, vous n'êtes restée que quatre jours avec M. Morgan?
LOUISK
Oui.
RIVOLET
Et depuis votre retour à Paris, vous avez eu de ses nouvelles ?
LOUISE
Mais...
RI VOLET, énergiquemeat.
Ah ! Répondez-moi...
LOUISE, domptée.
Quelquefois...
RIVOLET
Quelquefois ?
LOUISE
Pourquoi me demandez-vous cela? Vous avez appris... quelque chose sur M. Morgan, par Thérèse!
RIVOLET
Par Thérèse!...
LOUISE, anxieusement.
11 a vu... il a vu d'autres personnes pendant ce voyage ?
RIVOLET, répétant.
D'autres personnes !
LOUISE
Une autre... femme?...
RIVOLET
Je ne sais pas... je...
LOUISE
Mais parlez donc. Pourquoi tous ces mystères?... Je vous jure que je préfère tout savoir.
RIVOLET
Vous m'avez accusé tout à Tlieure d'être indiscret!
LOUISE
Mais il y a des cas où l'indiscrétion est permise ; ... et puis, vous m'en avez trop dit. . .
RIVOLET, comme pour s'encourager à parler.
Oui, il y a des cas, où rindiscrétion est permise!...
Alors parlez ! parlez!... Il aime une autre femme ?
RIVOLET
Je ne sais pas... non... pas encore...
LOUISE, suisie.
Qui vous Ta dit? Quand revient-il?^
RIVOLET, brusquement.
Comment?
LOUISE
Quand revient-il?
RIVOLET, s. isi.
Vous ne savez pas quand il revient?
LOUISE
Non.
LLNDISGKET 125
RIVOLET
Vous ne savez pas qu'ilest revenu ?
LOLJSK
Il est revenu. .. qui vous l'a dit ?
RIVOLET
Mais... Madame Valantin.
Thérèse !
RIVOLET
Il doit venir la voir aujourd'hui, tout à rheure.
LOUISE, saisie.
Tout à rheure. (Un temps ) Et je ne sais pas !,.. Mais alors...
RIVOLET
Quoi?
LOUISE
Mais alors... Oli! non, non, c'est impossible.
RIVOLET, vivement
Oui.
LOUISE
C'est impossible !
RIVOLET, protestant.
Je ne vous ai rien dit.
LOUISE, prête à pleurer.
Oh ! (Un temps.)
Mon amie, ma petite amie... Il ne faut pas vous désoler... Je ne vous ai rien dit, moi, je ne vous ai rien dit.
LOUISE
Mais pourquoi vient-il la voir?... Oh! je ne peux pas croire...
RI VOLET, vivement.
Une faut pas croire... ne croyez pas... moi je ne vous ai rien dit, c'est vous qui avez supposé. Vous me rendrez cette justice. Sans cela je m'en voudrais toujours.
LOUISE
Est-ce que vous pensez?... Est-ce que vous
pensez ?. . . (EUe ne \>evt achever.)
RIVOLET, vivement.
Oh! non, non, ne croyez pas cela. Vous avez mal compris. Je vous le jure.
LOUISE, le regardant.
Comment le savez-vous?
RIVOLET
Thérèse me l'a dit : Oui, elle m'a tout avoué. Vous la connaissez bien... voyons... elle est incapable d'une pareille trahison.
Elle en est incapable... Oui, n'est-ce pas? au point où nous en sommes vous et moi, il est inutile de vous faire des cachotteries... (Geste de Louise ) Oui, je me tais... Si je vous avoue cela, c'est pour bien vous affirmer ma confiance en elle... Je ne veux pas qu'elle soit diminuée à vos yeux par ma faute. D'ailleurs, vous saviez tout d'elle et- de moi, n'est-ce pas?... Vous affectiez la discrétion pour me taquiner, n'est-ce pas?... n'est-ce pas? Vous êtes gentille!... Alors vous pouvez vous rassurer comme je me rassure. Et vous ne m'en voulez pas?... Vous ne me méprisez pas? Non, vous sentez bien qu'il valait mieux que je parle, dans notre intérêt à tous les deux. (Ua silence.) Et puis, Morgan vous aime, n'est-ce pas?
LOUISE, comme sortant criin rc^ve.
Quoi?
RlVOl-ET
Morgan vous aime... (Un silence.) mon amie, ma petite amie...
LOUISE, le repoussant.
Non, laissez-moi.
RIVOLET, éperdu.
Vous m'en voulez... vous trouvez que j'ai eu tort de vous dire...
LOUISE, blessée.
Laissez- moi.
Oui. (Elle se lève.) Oii allez-vDus ?
LOUISE, tout bas.
Je m'en vais...
RIVOLET
Oli non ! Il faut que vous attendiez ma-
dame Yalantin... elle est prévenue de votre visite... Que dirait-elle en apprenant que vous êtes partie, et que lui dirais-je?... Restez, je vous en prie,... il faut rester.
I<O.UISE, de loin.
Il faut rester?...
RI VOLET
Oui. (Un silence.) Yous ne lui répéterez pas...
LOUISE y'
Quoi donc?
RI VOLET
Notre conversation de tout à l'heure... il vaut mieux ne rien lui dire. Tout s'arrangera. Vous serez silencieuse. (Un temps.)
LOUISE
C'est vous qui parlerez ! . . .
LINDISCRET 131