SCÈNE IV
Les Mêmes, plus THÉRÈSE Elle sort de la chambre à droite.
THÉRÈSE
Bonjour.
LOUISE
■ Bonjour.
THÉRÈSE
Tu ne m'embrasses pas ?
LOUISE
Si !... (Elle l'embrasse. Un temps. Tous trois s'asseyent. Rivolet à droite.)
THÉRÈSE
Eii bien î nous voilà enfin revenus. Tu ne
m'interrog-es pas sur les derniers épisodes de notre voyage ?
LOUISE, coûtrainte.
Si!...
THÉRÈSE
Il a fait une chaleur !
RIVOLET, se mêlant k la conversa'ion.
Il faisait chaud ?...
THÉRÈSE
Oui. (Elle regarde RivoU't pour la première fois, surprise par le son de sa voix.) Oui. (Un fomps.) Tu étais là aVOC
M. Rivolet? Vous ne vous êtes pas trop ennuyés tous les deux, seuls.
LOUISE, vivement.
Mais non !
THÉRÈSE
Vous avez causé ?
LOUISE
Oui, un peu.
THÉRÈSE
De quoi ?
LOUISE
D'un tas de choses.
RIVOLET, comme malgré lui.
De vous.
LOUISE, pro!rstaiit
Non.
RIVOLET, la regardant.
Comment ! nous n'avons pas parlé de madame Yalantin ?
LOUISE, gênée.
Ah! si.
THERESE, les regardant aftentiveraent, avec surprise.
De moi, j'espère bien... et qu'avez-vous dit?
LOUISE, vite.
Rien... des bêtises...
RI VOLET, nerveux.
Pardon^ du bien, beaucoup de bien.
LOUISE, vivement.
Ce sont des bêtises !
RIVOLET, regardant Thérèse.
Et puis, nous avons aussi parlé de votre voyage.
THERESE, sans lui répondre, à Louise.
Quand viendras-tu dîner?
LOUISE
Bientôt, quand tu voudras.
RIVOLET, répétant.
Et puis, flous avons aussi parlé de votre voyage, (souriant.) Tl ne faut pas continuer.
THÉRÈSE
Pourquoi ?
RIVOLET
Il faut continuer?
THÉRÈSE, le regardant.
Mais oui... qu'avez-vous ?
RlVOl^ET, se contenant à peine.
Je n'ai rien. (Un temps.) Vous ne m'aviez pas dit que madame Ovize n'était restée que quatre jours avec vous !
THÉRÈSE
Non?....
RIVOLET, avec é.lat.
Non!...
THÉRÈSE, à Louise.
C'est vrai, tu n'es restée que quatre jours.
LOUISE, doucement.
Oui, quatre jours.
RIVOLET, à Thérèse.
Vous ne vous en souveniez pas ?
LOUISE, peureusement .
Ça n'a pas d'importance.
RIVOLET, ne pouvant se contenir, prenant une résolution.
Ah!... j'ai bien envie de vous laisser... vous avez sans doute à causer entre femmes.
LOUISE
Pourquoi?
RIVOLET, à Thérèse.
A bientôt.
THKRÈSE
A bientôt. (Un petit temps. 11 garde sa main clans la sienne. Un silence.)
RIVOLET
Il faut annoncer à madame Ovize...
THERESE
Quoi?...
RIVOLET
Il faut lui annoncer qu'un de ses amis doit venir vous voir.
Un ami ?
RIVOLET, la regardant.
M. Morgan.
THÉRÈSE, vivement.
Mais, je n'en sais rien.
RIVOLET
Vous n'en savez rien ?
"• THÉRÈSE
Non.
RIVOLET, la regardant.
Si, vous le savez. Vous me l'avez dit.
THERESE
Moi!...
RIVOLET Oui... (Un petit silence.)
THÉRÈSE, blessée.
Au revoir.
RIVOLET Au revoir, (chagriné, inquiet.) VoUS êt^ fà-
chée?
THERESE, nerveuse.
Moi, non, pourquoi ?
RIVOLET
Alors, à bientôt. (Eiie se tait.) Vous ne me répondez pas? A bientôt. (Un silence.) Oh! mais je ne m'en vais pas ainsi... Vous ne me répondez pas, je ne m'en vais pas ainsi!...
THÉRÈSE, violemment.
Qu'avez-vous ?
RIVOLET, éclatant.
J'ai que vous ne m'aimez plus.
THÉRÈSEj essayant de sourire.
Vous êtes fou !
RIVOLET
Je ne ris pas.
THÉRÈSE, sérieusement.
Vous êtes fou !... (Reprenant un ton plaisant.)
Voyons, mon ami, vous allez me compromettre... on peut tout entendre, on va savoir que vous me faites la cour!...
RIVOLET, fébrile.
Que je vous fais la courl...
THÉRÈSE
Et Louise va croire des choses !
LOUISE, vivement, av^c douceur.
Oh! non, moi je ne crois rien.
RIVOLETj avec une violence croissante, répète.
Vous ne crovez rien!... Je vous fais la
cour!... Écoutez, je ne comprends vraiment pas pourquoi nous nous mentons les uns aux autres l
THÉRÈSE
Taisez- vous.
LOUISE, presque en même tomps que Thérèse.
Oui!
RIVOLET, éclatant avec une violence toujours croissante.
Et voilà que vous m'imposez silence toutes les deux. Vous êtes d'accord !... c'est admirable!... Vous êtes d'accord!... Je sais, je sais que je ne suis pas correct, que je ferais mieux de garder le silence! Je sens que je vous choque toutes les deux à la fois! .. Mais tout de même, il faut bien que je me
défende, puisqu'on me ment, puisque vous mentez toutes, puisque je souffre, puisque je suis tout seul et très malheureux, (a Thérèse.) Vous entendez, je suis vraiment très malheureux ! ! Vous ne répondez rien ! vous faites des signes à votre amie!... Elle semble vous comprendre!... Et pourtant, je vous assure en ce moment, je n'ai pas conscience d'agir mal envers vous ! C'est notre bonheur à tous les trois que je cherche! Voyons, je ne vous compromets pas, on ne peut nous entendre,... je parle doucement... nous sommes très calmes...
THÉRÈSE
Oh!
RIVOLET
Mais oui, mais oui!... Pourquoi aujourd'hui faire mystère de tout ?... On dirait que vous voulez tout ensevelir dans du mys-
tère!... C'est cela qui m'effraie, c'est cela qui me fait parler. Il me semble que ce mystère me menace, {a Louise.) C'est comme vous, madame, vous, pourquoi ne lui dites-vous rien?... Pourquoi ne lui racontez- vous pas vos craintes?... Vous avez Fair devons détacher de Taventure, de ne pas oser lui parler de ce que vous savez- (Appuyant.) De ce que je vous ai dit ! Je vous jure qu'elle n'est pas coupable. Elle vous racontera tout, comme elle me l'a raconté... Oh! elle est^ très franche, (a Thérèse.) Dites, mon amie. Oui, j'ai commis une grosse indiscrétion, j'ai confié à madame Ovize que je vous aimais plus que tout au monde, et alors, comme j'avais du chagrin, elle a deviné... Oh! elle a tout deviné... je ne lui ai rien dit... demandez-le lui h elle-même. Et pour ce qui était de nous, elle avait compris depuis longtemps, je le sentais bien, je vous avais prévenue. Oli ! elle est très fine!... Vous voyez que tout cela
n'estpas bien grave!... Allons, souriez-moi... ne soyez pas fâchée.. . Findiscrétion était déjà commise. Et puis maintenant, enfin, enfin, enfin, nous allons pouvoir causer librement! ! ! (Long silence.) Eh bien!... vous ne dites rien ?
THÉRÈSE, séloignant avec violei.ce.
Ah! laissez-moi.
RI VOLET
Vous ne voulez pas me répondre ?
THÉRÈSE
Laissez-moi.
RIVOLET
Oh ! je vous laisse, (a Louise.) Je la laisse... dites-lui, vous...
LOUISE
Vous feriez mieux de partir.
RIVOLET, violemment.
Non, non, vous sentez bien que je ne puis m'en aller ainsi, (suppliant.) Parlez-lui. (a Thérèse.) Elle va vous parler, vous voulez bien l'écouter, elle... (Un petit temps.)
LOUISE, timidement.
Thérèse!
THÉRÈSE
Oh ! non^ non. Laissez-moi, laissez-moi.
(Ri volet fait un mouvement.)
LOUISE
Thérèse, si. Écoute-moi. Écoute-moi. Je ne te dis pas qu'il ait bien fait de parler ainsi devant toi, non, et moi aussi, tout à l'heure, je l'ai blâmé de m'avoir répété certaines choses ; mais ce qu'il faut, n'est-ce pas, c'est nous expliquer franchement ? Eh bien, aujourd'hui, cela nous est facile. Et
tout de suite je commence par te dire que je n'ai jamais douté de toi...
RlVOLbT, vivement.
Moi non plus!
LOUISE, reprenant.
Je n'ai jamais douté de toi ! Je te sais une nature trop franche, trop fière... je n'écoute aucune indiscrétion, aucune accusation!...
RIVOLET, protestant.
Mais...
LOUISE, poursuivant.
Aucune accusation I... Je ne crois en personne qu'en toi. Je viens à toi en toute amitié, en toute franchise... Et, puisqu'on t'a révélé mon secret, que tu connaissais hien un peu déjà... comme je connaissais le lien. — Et ces deux secrets, si tu le veux hien. nous
les oublierons sur-le-champ l'un et l'autre.
— Je te demande seulement de me dire ce qui s'est passé, ce qu'on ta dit, ce dont lu as eu à te défendre?...
THERESE, de loin, de très haut.
C'est inouï !...
RIVOLET
Quoi !...
LOUISE, à Rivolet.
Laissez !
THERESE
Je dis : c'est inouï, oui, c'est inouï... ce quim'arrive à moi, ce qui m'arrive !... 11 me semble que je rêve, moi!... je ne sais plus... Que l'on ose ainsi me parler!... que tu me parles ainsi, toi!... Mais enfin, quelle femme crois-tu doncque jesuis? Tu viens m'accuser ici, chez moi... tu écoutes...
LOUISE
Thérèse !
THÉRÈSE, violemment.
Rien, je ne dirai rien, je n'ai rien à dire !
LOUISE, avec angoisse, avec chagrin.
Thérèse, ah ! si, Thérèse. Pourquoi le fàches-tu? Tu n'as pas à m'en vouloir... je n'ai rien fait, je n'ai rien dit... Nous avons toujours été amies... Oh! pas très intimes, nous ne nous racontions pas tout; mais, cependant, tu avais bien deviné certaines choses de ma vie, et tu ne m'aurais pas fait de peine... n'est-ce pas ? Thérèse ! je t'en supphe!...
THÉRÈSE
Quoi?... Que veux-tu que je te dise? — Yois-tu, nous devrions nous taire et ne plus parler de tout cela... J'ai honte, je te le jure... Il me semble que nous nous rabaissons
l'une, et l'autre par ces explications qui ne sont pas dignes de nous... de femmes comme nous...
LOUISE, tout bas.
Moi aussi, j'ai honte.
THÉRÈSE
Tu vois !.
LOUISE, éclatant en larmes.
Mais j'ai du chagrin.
THÉRÈSE -
Du chagrin !... (Un sUence.) Eh hien !... pour toi seule, je veux hien parler... pour toi seule!...
RI VOLET
Dois-je me retirer?
THÉRÈSF^, sans lui répondre, se tournant vers Louise, et par petites plirases entrecoupées.
Écoute, entre M. Morgan et moi il ne s'est
rien passé, je te le jure. Je n'ai eu avec lui que des conversations amicales. Voilà !
Voilà ! Tu sais tout... que veux-tu savoir de plus ? Il m'a demandé la permission de me rendre visite à Paris. Je Fy ai autorisé. Il viendra quand il voudra, demain, après-demain, aujourd'hui, quand il voudra... (Un temps.) Tu me crois?...
LOUISE, entre deux lo:is.
Oui. (Un temps.)
THERESE
As-tu encore quelque chose à me demander?
Non... si
LOUISE
THERESE
Quoi?
LOUISE
Il ne t'a jamais parlé de moi ?
THERKSE
Non.
LOUISE
Ah ! (Un silence.)
RIVOLET, éclatant, mais à voix basse, à Thérèse.
Je vous demanderai tout à l'heure un instant d'entretien.
THÉRÈSE, le regardant avec colère.
Oui!
LOUISE -
Je vais m'en aller... je vais vous laisser!