SCÈNE IV
Les Mêmes, MADAME MARIVON
Madame Marivon est introduite par le domestique.
MADAME BAIGE
Ah ! voilà madame Marivon
FRANÇOISE
IJonjour, madame, (a Henriette.) Bonjour. (a Rivoiot.) Et vous, vous allcz hien?... Je pensais vous rencontrer ici.
RIVOLET
Ah !
FRANÇOISE
Thérèse est là, n'est-ce pas ? Elle est revenue hier.
RIVOLET
Elle est chez vous.
FRANÇOISE, surprise.
Chez moi !...
RIVOLET
Enfin î chez votre mari.
FRANÇOISE
A l'étude?
RIVOLET
C'est mademoiselle Laure qui me Ta dit.
FRANÇOISE
Eli bien ! elle ne trouvera personne, mon
mari est sorti. J'ai rendez-vous ici avec lui d'un moment à l'autre, (songeuse.) Ah! Thérèse est allée à l'étude?... Elle va bien!... Vous avez eu de ses nouvelles?...
RIVOLET
Ils m'ont écrit de Venise.
FRANÇOISE
Dites-moi, dites-moi, qui ont-ils vu lâchas?
RIVOLET
Mais je ne sais pas.
FRANÇOISE
Ah ! vous ne savez pas !... Eh bien^ je vais vous le dire, moi. D'abord, ils ont voyagé avec Louise Ovize, la petite veuve, (a Rivoiet.) Vous le saviez ?
RIVOLET
Moi?...
l'inotscret 13
FRANÇOISE
Et, naturellement, vous devinez qui accompagnait Louise?
HENRIETTE
Son oncle?
FRANÇOISE
Bien entendu, son oncle..,
Celui qui est si sévère pour elle...
FRANÇOISE
Oui. Mais vous ignorez qui accompagnait Louise, et naturellement son oncle ! Vous ne devinez pas? Non?.., Monsieur Morgan.
MADAME BAIGE
Ah! Ah!
HENRIETTE, sai^.-.
Ah? oui...
RIVOLET, H Françoise.
Comme vous êtes méchante!...
HENRIETTE^ bas à sa mère.
Tu vois, j'en étais sûre.
MADAME BAIGE, de même.
• Je t'en prie, sois calme et laisse-moi faire.
RIVOLET, à mi-voix à Henriette .
Pourquoi rougissez-vous?
HENRIETTE, même jeu.
Vous m'agacez!
MADAME BAIGE, reprenant à haute voix.
Mais je croyais que M. Morgan passait chaque année un mois ou deux auprès de sa mère, et justement à cette époque?
« Cette année, il aura ahandonné sa mère.
HENRIETTE
Quoiqu'il en soit, il est vraiment menteur. Maman Tavait invité à venir nous voir à Saint-Germain, et il nous avait donné ce prétexte.
MADAME BAIGE
Il a peut-être été obligé de partir brusquement.
HENRIETTE, elle remonte auprès de Rivolet qui s'est assis à droite et feuillette un album.
Qu'est-ce que vous faites là?
RIVOLET
Je regarde les images.
HENRIETTE Voyons. (Elle s'assleil près de lui.)
HIVOLET, à rai-voix.
Dites donc !... M. Morgan *?
HENRIETTE
Eh bien ?
RIVOLET
Dites donc... mais vous Faimez?
HENRIETTE, gênée.
Oh ! (un temps.) Le connaissez-vous ?
RIVOLET -^
Un peu... oui...
HENRIETTE
Est-il toujours amoureux de madame Ovize?
RIVOLET
Mais...
HENRIETTE
Oh! vous pouvez me répondre. Je suis au
courant. (Petu silence.) On m'a dit qu'il allait l'épouser. Le savez-vous ?
RIVOLET
Non, je ne le connais pas assez.
HENRIETTE
Croyez- vous qu'il vienne à Saint-Germain si nous l'invitons?
RIVOLET
Je pense.
HENRIETTE
Vous êtes gentil. Ça vous portera bonheur
RIVOLET, sou.iant.
Quoi?
HENRIKTTE
Rien... rien... je sais ce que je dis.
RIVOLET, essayant mollement de protester.
Mais...
HENRIETTE, brusquement.
Quoi ? (EUe le regarde franchement en souriant, j
RIVOLET, vaincu.
Vous êtes gentille. (lls poursuivent leur causerie.)
FRANÇOISE, continuant de parler à madame Baige, premier plan à gauche.
Je vous remercie, madame, mon mari va très bien.
Il travaille toujours beaucoup?
FRANÇOISE
Beaucoup... Vous comprenez, une étude d'avoué.
MADAME BAIGE Oui. (Se tournant vers Henriette et Rivolet.) Eh bien,
que fait donc Henriette?
FRANÇOISE
Elle cause avec M. Rivolet. fis complotent.
MADAME BAIGE
Oh! ils doivent parler de Thérèse.
FRANÇOISE
Vous croyez?
MADAME BAIGE
. Notre pauvre Thérèse, je ne la crois pas très heureuse... Yalantin est un si drôle d'homnne!... N'est-ce pas?... Votre mari a du vous dire qu elle n'était pas très heureuse?
FRANÇOISE, souriant.
Vous savez, mon mari ne me dit pas tout.
Allons donc !
FRANÇOISE
Je vous assure.
MADAME BAIGE
Oh ! Thérèse n'a pas de secret pour son vieil ami Marivon... Elle a en lui une confiance inébranlable. C'est bien naturel ^^. ils se connaissent depuis si longtemps !
FRANÇOISE
Oui.
MADAME BAIGE
Enfin, momentanément, je crois que Thérèse a renoncé à divorcer... Oui^ oui, l'année dernière elle pensait sérieusement au divorce ! Elle a raison .. elle a raison de se résigner... Yalantin au fond n'est pas un méchant gargon. D'ailleurs dans la vie
mieux vaut se résigner... Pauvre Thérèse... Ah ! rien ne vaut un hon ménage hien uni... comme le vôtre... Car vous adorez Marivon, hein ? Si, si, vous l'adorez, ne niez pas ! Et c'est très hien, savez-vous... parce qu'enlin il n'est plus tout jeune.
FRANÇOISE
Mais si . . .
Mais si... Elle est gentille ! Et le petit Farizet, vous le voyez toujours?
FRANÇOISE
Mais oui, quelquefois.
MADAME BAIGE
Il est toujours amoureux de vous?
FRANÇOISE
11 n'est pas amoureux de moi. Cela me
fait penser qu'ii m'a demandé d'être présenté à Rivolet.
MADAME BAIGE
Ah ! oui...
RIVOLET, s'avançant et se môlaut à la conversation.
Que désirez- vous ?
FRANÇOISE
Je disais que je voulais vous £pésenter quelqu'un de très gentil: M. Farizet.
RIVOLET
Farizet ?
FRANÇOISE
Il vous connaît. Vous Favez vu dans la loge de mademoiselle Borda. 11 me semblr nourrir pour vous une grande admiration.
Ah! ce n'est pas comme votre mari alors.
l'lndiscret 23
FRANÇOISE
Qu'est-ce que cela signifie ?
RIVOLET
Cela signifie que Aotre mari m'a en horreur et j'ig-nore pour quelle raison. Chaque fois que je le rencontre, il me salue à peine, il me donne la main comme à regret... il me fait une mine épouvantable I
FRANÇOISE
Vous vous imaginez.
RIVOLEl
Pas du tout... De plus je sais qu'il parle de moi à certaines personnes en termes peu bienveillants. Et j'avoue que cela m'attriste parce que je l'aime beaucoup, moi, votre mari... Il m'est infiniment sympathique... Il ' sf un des hommes les plus intelHgents que
je connaisse, (souriant.) Et autrement, il va bien?
FRANÇOISE
Très bien. Vous allez le voir tout à Theure. {ou sonne.) Tenez, le voici probablement.
RI VOLET
Ob! je me sauve !
FRANÇOISE
Mais non, restez. Je vais éclaircir cette affaire.
RI VOL ET
Je vous défends de lui dire...
FRANÇOISE, giufimonf.
Voulez- vous rester?...