ACTE I, SCÈNE VIL
Le duc avec orgueil peut vous donner sa fille ; Et vous faisant honneur, honorer sa famille. Pourquoi donc nous cacher un si louable espoir?
DOLANGE.
Maisje ne cache rien, et vous seul croyez voir...
voLMÈREj riant.
J'en douterais encor , j'en fais l'aveu sincère, Si les vers du vicomte avaient mieux su vous plaire j Ces vers ne sont pas bons • mais vous l'avez jugé Moins en vrai connaisseur qu'en rival outragé. Et pour moi votre flamme ici n'est point douteuse.
DOLANGE^ s emportant.
L'amour n'avilit point une âme généreuse, Et je pourrais enfin , vous laissant votre erreur. D'un si doux sentiment me faire quelque honneur; Mais à la vérité je dois un pur hommage; Je me dois à moi-même un noble témoignage : Mon respect pour le duc^ ma vénération , Sa bonté généreuse, un peu d'ambition.... Tels sont les seuls motifs dont mon âme est guidée, Et vous m'obligerez d'adopter cette idée.
VOLMÈRE.
Il faudrait pour cela me convaincre
dolAnge.
Mais vous ,
Vous qui parlez, Volmère, en seriez-vous jaloux? Et , conduit par l'espoir de plaire à Célénie , Voyant en ma faveur l'étiquette bannie, La crainte d'un rival.... Attendez, mais vraiment, Chez le duc vous veniez jadis plus rarement;
Et depuis (Juél(|ueà jours... Oai^ l'amoHr tôûé ùmèùè,
voLMÈRE, riant.
Que. pour dissimuler, vous prenez de la peine î Vous savez, chevalier^ qu'à madame d'Holban- La plus tendre amitié m'unit depuis un an ; Et que, pour mériter une faveur plus chère^ Je viens solliciter la grâce de son père.
SOLANGE , ayec surprise.
Sa grâce !
VOLMÈRE.
ignorez-vous sa faute et son malheur?
DOLANGE.
Du père du vicomte il partagea l'erreur.
VOLMÈR.E.
Oui , mais a chacun d'eux il faut rendre jùâtice !
Le comte , malgré lui , se trouva Son complice.
Lieutenans généraux, et des plus hauts honneurs
Tout prêts a recevoir les brillantes faveurs,
Ils se crurent blessés par une préférence
Qui trompait une longue et trop juste espérance ;
Et tous deux on les vit, par un oubli fatal,
Appeler en duel un noble maréchal.
Il pouvait refuser , il le devait peut-être î
Mais d'un guerrier, l'honneur est le guide et le maître;
Et jamais un Français, avare de son sang,
]N''a su mettre sa gloire à l'abri de son rang.
Celui-ci, de son grade oubliant l'avantage,
Et plus que son devoir consultant son courage,
Par un double combat voulut, calme et soumis ,
Satisfaire l'honneur de ses deux ennemis.
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Le comte se battit sauf haine, sans furie ; Mais d'un fer plus certain le père d'Amélie Frappa ce digne chef, dont la mourante voix, Voulut, en vain, pour eux faire taire nos lois. Un arrêt solennel trompa son esjiérance ; La mort les attendait.... ils avaient fui la France. Dix ans sont écoulés depuis ce triste jour^ Et madame d'Holban, qu'on estime à la cour, Implorant, par ma voix, la grâce de son père. N'accordera sa main à mon amour sincère, Que lorsque le vieillard jouira, près de nous. Du soleil de la France et d'un destin plus dons. Le duc est généreux ; sa puissance est certaine : Vous concevez l'espoir qui dans ces lieux m'amène.
DOLANGE.
Si j'avais du crédit, croyez bien qu'aujonrd'liuî... Mais on vient.