‹ L'indiscretChapitre 26 sur 86 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE VICOxMTE, LA BARONNE.

LA BARONNE

Croyez-en, Soligny, les conseils d'une sœur; Votre indiscrétion vous portera malheur.

Votre âme à s'épancher est toujours empressée, Et vous ne savez pas garder une pensée. J'espérais que le tems affaiblirait en vous Ce travers, le plus grand , le plus fatal de tous ; Mais je vois que le monde et son brillant usage Ont formé votre cœur, sans le rendre plus sage.

LE VICOMTE

Et moi ( sans vous fâcher ), je vois, ma chère sœur. Que vous avez gardé vos grands airs de censeur. Je vous retrouve enfin , après cinq ans d'absence ; Je me livre au bonheur, qui pour moi recommence : Et vous ne répoudez a mes erabrasseraens Que par de longs sermons et des raisonnemens. J'épanche en votre sein mon âme toute entière : Une sœur doit savoir les secrets de son frère. Et j lorsqu'en remplissant ce devoir plein d aurait , Je me crois confiant^ je ne suis qu'indiscret !

34 L'IIVDîSCRET,

LA BARONNE-

Ail ! rinJiscrétîon n'est pas la confiance :

Cfille-ci des amis est toute la science.

Confier ses chagrins à des cœurs épronvés.

Ce sont de vrais plaisirs par le sage approuves.

Mais aller^ sans raison, divulguer, à la ronde,

La crainte que l'on a, l'espoir où l'on se fonde,

Publier ses plaisirs, raconter ses revers,

Je vous le dis encor : c'est un lâche travers ;

Et l'iiidiscret enfin me présente l'image

De ces livres poudreux placés en étalage ,

Dont chacun peut tourner les feuillets complaisans,

Et qui s'usent sans gloire au profit dos passans.

LE VICOMTE

Le portrait est flatteur , et je vous remercie. Mais supposons enfin que j'ai cette manie , Et qi)e parler toujours est ma suprême loi , Quel grand danger cela peut-il avoir en soi?

LA BARONNE

Quel danger, dites-vous? la demande est nouvelle î

Et votre étourderie en tout point se révèle.

Pour s'estimer sans cesse, et pour se désirer.

Les hommes quelquefois ont besoin d'ignorer;

De la société le mystère est la vie ;

Lui seul sait adoucir et la haine et l'envie.

Dans ce monde trompeur, où brillent tant d'appas,

La sagesse elle-même est sujette aux faux pas.

Chacun a ses erreurs ; mais l'indulgent mystère

Étend sur la faiblesse un voile tutélaire,

Relève un noble cœur par la honte abattu,

Et laisse au repentir les traits de la vertu.

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