ACTE II, SCÈNE I
Qu'un indiscret paraisse , et tout change de face :
Son langage fléirit, son silence menace;
Car son oeil curieux semble chercher toujours
La victime que doit immoler son discours.
Il parle, et d'un seul mot déshonore les filles,
Sépare les époux ^ divise les familles,
Rompt l'hymen projeté, dértonce son voisin,
A deux rivaux ardefls rapt l'épée à la main j
Et , dans l'essor fougueux d'im lâche caractère ,
Trop heureux s'il épargne et sa sœur et sa mère!
Voilà , cher Soligny, votre inclination ;
Et voilà les dangers de l'indiscrétion.
Je sais bien que votre âme, et généreuse et bonne.
Tout entière à l'honneur, ne veut nuire à personne;
Et vous jugeant par moi , j'aime à croire, entre nous,
Que les secrets d'autrui seront sacrés pour vous.
Mais un homme d'esprit doit eucor savoir taire
Et tout ce qu'il a fait , et tout ce qu'il veut faire.
Tout l'art de parvenir est dans ce peui de mots ;
Et trop parler enfin est le faible des sots....
LE VICOMTE , avec grâce.
Et des femmes, ma sœur; car vraiment si j'admire Ce que votre prudence ici daigne me dire, C'est que ce beau discours sur la discrétion , Vient d'un sexe charmant, sujet à caution.
LA BARONNE
Oui, les hommes, mon frère, et c'est un vieil usage. De l'indiscrétion ont fait notre apanage; Nous les valons pourtant : ici , sur quelques points : Les femmes pailent plus, mais se trahissent moins.
a6 L'INDISCRET,
Croyez-en mes avis, croyez-en ma tendresse; Au ministre surtout cachez votre faiblesse. De quelqu'eraploi brillant il saura vous pourvoir ; Mais s'il vous connaissait, je n'aurais plus d'espoir.
( en riant. ) Je tremble même, hélas! qu'à la première vue...
LE VICOMTE
Oh non ! rassurez-vous : une crainte imprévue... Et ce respect du rang où la faveur l'a mis, Auprès de monseigneur ont glacé mes esprits j Je n'ai pas dit deux mots...
LA BARONNE, l'iaut.
Je VOUS en félicite.
Mais savez-vous pourquoi Monseigneur nous invite A venir en ces lieux lui parler sans témoin ? De quels renseiguemens peut-il avoir besoin ? Je ne puis concevoir quelle importante affaire....
LE vicoMTE.
Moi, je crois deviner qu'il s'agit de mon père.
LA BARONNE
Ah! je n'ose espérer qu'on le rende à nos vœux !
LE VICOMTE
Le duc me l'a promis, et son cœur généreux...
LA BARONNE
On ouvre ! le voici ; faites-vous violence , Et parlez sagement, ou gardez le silence.