‹ L'indiscretChapitre 5 sur 86 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

m'avez donné. Je l'accepterai cependant pour vous^ rendre service. Seulement je vous demanderai de vouloir bien m'ajouter quelques tirades sur les mœurs du moment ; cela fait toujours de l'effet.

Ne serait-on pas tenté de croire que cette lettre a été écrite par le même acteur, qui priait un auteur de tragédie «de lui placer, dans une tirade , plus de vers masculins que de vers féminins , attendu que les consonnances sourdes se perdent dans le vide ! »

Ce 3 3 avril 1833.

Si je n'avais que vingt ans, mon cher monsieur, c'est le rôle de l'Indiscret que j'aurais voulu jouer dans votre comédie. Je prendrai celui du ministre; mais il faut qu'à nous deux, nous en fassions quelque chose. J'ai, pour cela, d'excellentes idées.

Ce 33 avril 183a.

Ne comptez pas sur moi , monsieur , pour le rôle de Volmère , dans votre comédie. C'est le rôle de \ Indiscret qui pouvait seul me convenir. Je n'ai rien à dire, puisque c'est mon chef qui le joue •. mais dispensez-moi de paraître dans la pièce.

PREFACE. xxj

Ce 25 avril iSaa.

Il m'est impossible de jouer dans votre pièce; le rôle n'est pas de mon emploi. Celui du baron n'est pas un financier ; il me revenait de droit. Mais je sais qu'on vous a circonvenu : votre pièce ne peut pas aller distribuée comme cela.

Ce 2 5 septembre i8a4'

Je vous avertis qu'il y a complot contre votre pièce. M* * * à qui vous avez donné votre rôle, ( espérant être plutôt- joué) est l'ami intime de M***, ce jeune auteur, qui nous fait de si jolis proverbes en cinq actes; et toutes les pièces qu'il apportera passeront avant les vôtres. Il n'y a qu'un moyen de salut pour vous : c'est de changer la distribution de vos rôles , et de suivre les conseils que je vous donnerai.

Nourrie dans le sérail, j'en connais les détourr.

Depuis 1822, la comédie de V Indiscret éiait retenue dans les cartons de la censure , lorsque l'auteur se décida à faire les changeraens qui lui étaient demandés. Il remplaça le crime politique, pour lequel le comte avait été exilé, par une faute grave de discipline , qui entraînait aussi la

rxl] PRÉFACE,

peine de mort , et qui , en compromettant la gloire de la marine française , rendait la position du comte plus difficile et plus dramatique. On ne conçoit guères pourquoi la commission de censure a rejeté de nouveau ce moyen , qui ne présentait aucune allusion politique , et ne retraçait qu'un crime de pure invention. L'auteur fut enfin obligé de substituer un duel aux deux premiers moyens qu'il avait imaginés , et l'intérêt de son drame dut naturellement s'affaiblir, Dans les mœurs que la civilisation nous a faites , un chef d'escadron lue en duel unjieutenant général, et en est quitte pour ne se pas montrer de quelques jours. Quelle crainte peut donc inspirer au théâtre la situation d'un vieillard qui vient d'expier , par dix ans d'exil , les tristes résultats d'un combat singulier ?

Dans la première version, le comte était entré, dans \me conspiration contre les droits du monarque ; mais ce crime n'était point raconté dans tous ses détails. Volmère se contentait de dire , ^u premier acte : "*

Nos malhetir»

Ont été signalés par de grandes erreurs : Le père du vicomte et celui d'Amélie Ont payé de l'exil un moment de folie. Mais l'horisôn s'épure , et sans doute

Et, dans l'acte suivant, le ministre. disait gu comte poursuivi par ses remords :

PRÉFACE. XxUj

L* baron dAlmeville et le marquis ù'Orbell* Osèrent , comme vous , lever un front rebelle ; Le prince leur fit grâce , et tous deux aujouid'hui Du prince et de ses droits sont le plus ferme appui.

Qu'est-ce donc qui peut avoir effrayé la censure , dans un exposé si simple et si rapide d'une faute sur laquelle dix ans avaient passé ? Ce pea de vers suffisait pour donner , à la comédie de M. Théaulon, l'intérêt le plus puissant: les crimes politiques sont du moins une observation dis moeurs du jour.

Lassé des retards que la comédie française mettait à reprendre les répétitions de VIndiscret, depuis que la censure en avait autorisé la mise en scène , M. Théaulon se décida à rendre son ouvrage à l'Odéon , où le talent si remarquable de Perier lui faisait espérer que son premier rôle trouverait un brillant interprète. La pièce avait obtenu les plus honorables suffrages ; le théâtre comptait sur un grand succès. Les amis de l'auteur se félicitaient de le voir enfin marcber dans une carrière plus digne que l'opéra-comique et le vaudeville, de son imagination créatrice et de ses vues élevées. Un malheur éclatant est venu ajourner toutes ces espérances. La chute ou le succès d'un ouvrage de théâtre est sans doute pour !e monde un événement d'une bien petite importance ; mais pour un homme de lettres, dont la

ixiv PRÉFACE.

réputation n'est pas encore bien assise , la chute d'une comédie en cinq actes est un véritable revers de fortune ; et quels doivent être les regrets d'un auteur , si , par hasard , ce revers n'est pas mérité !

Page 1